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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 10:08

Comment présenter les auteurs ?

 

Gabriele Weigand

 

Gabriele Weigand, docteur en sciences de l'éducation, a été cinq ans maître de conférence de philosophie de l'éducation à l'université de Wùrzburg, puis elle a enseigné l'allemand, les sciences politiques et l'histoire, en lycée. Auteur de travaux en philosophie et histoire de l'éducation, notamment d'une habilitation sur L'école de la personne, spécialiste de la pédagogie pour les enfants surdoués, elle est actuellement titulaire d'une chaire de philosophie et pédagogie à l'Université de Karlsruhe.

 

Je connais Gabriele Weigand à travers ses ouvrages, en particulier son histoire de vie : La passion pédagogique qui vient de paraître en France (1). Dans cet ouvrage, elle raconte sa vie de pédagogue. Le contexte de cette biographie, c'est une rencontre avec Remi Hess qui décide G. Weigand à lui raconter sa vie de pédagogue, ce qu'elle a d'abord résisté à faire, ne trouvant pas son histoire suffisamment intéressante ou significative. Mais R. Hess lui montre le rôle qui est le sien dans la dynamique de la pédagogie institutionnelle, et l'intérêt qu'il y a, pour soi-même, à dégager le sens d'un cheminement.

 

En Algérie, comme en France, on ne connaît pas le vécu du système éducatif allemand. L'Europe s'est construite autour de l'économie du charbon et de l'acier, puis plus largement autour des questions d'économie, mais les Européens ne connaissent pas bien la réalité de l'école de leurs voisins. L'éducation comparée propose des comparaisons de systèmes, mais la description des structures ne permet pas de partager vraiment les logiques internes, et le vécu des pratiques éducatives. Ce fut donc une des motivations de R. Hess pour explorer le vécu d'une enseignante allemande : faire connaissance avec un autre système éducatif. Certes, dans la vie de G. Weigand, il y a des projets un peu exceptionnels qui donnèrent à R. Hess la motivation de se lancer dans ce travail, mais il y a aussi et surtout la description du quotidien éducatif allemand le plus banal, que nous ne connaissons pas. J'évoque cette histoire de vie, car dans le présent ouvrage, dans le chapitre 9, nous pouvons lire des extraits de cet ouvrage.

 

Derrière cette expérience, se pose d'ailleurs la question du biographique dans l'aventure pédagogique. Pour la personne elle-même qui raconte sa vie, le sens n'est pas univoque. Il se fait dans la production de moments biographiques variés, mais dans lesquels la personne s'est constituée en investissant des intensités. G. Weigand raconte des intensités qu'elle a vécues. Elle choisit ces intensités en fonction de son interlocuteur, un enseignant qu'elle connaît bien, qu'elle a lu, qu'elle a traduit. Les chapitres s'enchaînent presque naturellement. Il y a l'histoire d'avant leur première rencontre, et puis ceux qui la suivent. Il y a une curiosité de la part de R. Hess pour découvrir la vie de Gabriele, avant 1985, date de leur première rencontre.

 

Dans cette biographie, G. Weigand apparaît alors comme une pédagogue allemande institutionnaliste. G. Weigand est effectivement l'une des grandes figures de la pédagogie institutionnelle contemporaine (2).

 

Ce mouvement international fut fort éprouvé, entre 2000 et 2004, par la disparition de plusieurs pionniers. En 2000, René Lourau et R. Fonvieille sont morts. En 2004, Gérard Althabe disparaît à son tour. G. Weigand nous apparaît donc comme la relève du mouvement de l'analyse institutionnelle.

 

Sa découverte de la pédagogie institutionnelle et de l'analyse institutionnelle n'avaient pas été simples. Dans l'Allemagne de l'Ouest, sûre d'elle-même, après le miracle économique des années 1950-1970, il n'était pas évident de porter un intérêt à une pensée dialectique des institutions. S'investir dans cette pensée pédagogique critique, en Bavière, était donc un défi, que peu de membres du mouvement perçurent, du fait de leur distance de la réalité allemande.

 

Une autre dimension de l'histoire de vie de G. Weigand qui nous intéresse : elle est restée quelqu'un qui est toujours parvenue à concilier la théorie et la pratique. Elle est professeur d'université depuis 2004, mais avant, elle a été professeur de lycée, tout en produisant de la théorie. Réussir à mener de front théorie et pratique est suffisamment rare pour être souligné. De plus, cette expérience de théoricienne praticienne se développe à une époque où, moins qu'à d'autres, on conçoit que des praticiens puissent être des penseurs, ou que des penseurs puissent être praticiens. Dans le monde d'aujourd'hui, l'idée de pouvoir se réaliser comme personne dans toutes les dimensions de l'être (l'intellect, le travail manuel, l'art) semble difficile. G. Weigand, de ce point de vue, peut apparaître comme une exception : une humaniste cultivée qui se pense comme personne, faite de moments variés, qu'elle tente d'assumer. Elle veut être intellectuelle, mais aussi exercer un métier, être une mère de famille présente à ses enfants, pratiquer le sport, se donner du temps pour le voyage ou la rencontre, s'intéresser à ses élèves et étudiants !

 

Dans l'analyse institutionnelle, ce travail de conciliation entre la théorie et la pratique avait été le fait de tous les pionniers : G. Lapassade, M. Lobrot, R. Lourau. Remi Hess, lui-même, peut être fier de sa carrière qui l'a fait mener de front le travail de professeur de lycée, de formateur en Ecole Normale et en IUFM, et un engagement constant dans l'enseignement supérieur depuis 1973. Un autre était parvenu à concilier théorie et pratique : Raymond Fonvieille, autre figure du mouvement qui est parvenu à produire quatre livres, après son départ en retraite de son métier d'instituteur, exercé entre 1947 et 1975 à Gennevilliers.

 

On voit donc que l'analyse institutionnelle n'est pas une théorie coupée de la pratique, mais au contraire un effort pour penser la pratique et la construire dans un mouvement théorique qui puisse à nouveau stimuler les pratiques.

 

(1) G. Weigand, La passion pédagogique, récit de vie recueilli et présenté par Remi Hess, Paris, Anthropos, XXXII + 186 pages, préface de Jean-Louis Le Grand, postface de Augustin Mutuale.

 

(2) Gabriele Weigand, Erziehung trotz Institutionen? Die pédagogie institutionnelle in Frankreich, Würzburg, Königshausen+ Neuman,1983. Institutionnelle Analyse, Theorie und Praxis, (éd. avec R. Hess et G. Prein), Athenäum Verlag, Frankfurt-am-Main, 1988. Schule der Person, Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule, Wurzburg, Egon,2004,430 p.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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