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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 15:02

Chapitre 3 :

 

L'identité de l’Analyse institutionnelle

 

Lors du colloque de juin 2005, la question de l'identité institutionnaliste a été posée par Thomas von Salis (Zurich). Les intervenants constataient par exemple que certains institutionnalistes étaient diaristes et d'autres hostiles à la pratique du journal ; certains se réclamaient de la socianalyse, d'autres la dénonçaient, etc. Pour Th. von Salis, même si l'identité institutionnaliste est difficile à définir, celle-ci existe, et est même très forte. C'est une appartenance. Peut-on tenter de la définir ?

 

I) Une identité de l’extérieur

 

En 1988 (1), G. Weigand constatait que l'Ai a souvent trouvé son unité à l'extérieur d'elle-même. Et cela à deux niveaux :

1) Le mouvement de mai 1968 : à l'issue de ce mouvement auquel les institutionnalistes prirent une part active, un vécu d'échec largement partagé suscita une demande de réflexion et une difficulté de dispersion.

À la longue, dans le contexte politique qui conduisit au pouvoir un gouvernement conservateur, l'émergence d'une dynamique de rassemblement des praticiens critiques put apparaître.

2) L'émergence de l'analyse institutionnelle comme discipline autonome à l'université (dans les années 1970 et plus particulièrement dans les sciences de l'éducation à Paris VIII à partir de 1973). Par cela, l'Ai est officiellement acceptée et institutionnellement renforcée.

 

Ce fait que l'unité du mouvement soit conquise de l'extérieur par de tels facteurs de "pseudo consensus" (J.-R. Loubat) a eu pour effet que l'Ai n'ait pas fait un effort collectif de clarification de ses finalités, de ses buts et de ses méthodes. J.-R. Loubat a pu caractériser l'Ai comme "une référence implicite, une connivence, pas toujours claire, une façon de voir ou d'être " ayant du mal à se définir (2). Lorsqu'il met en relief le manque de débat fondamental pour théoriser, pour définir le paradigme de l'Ai, on ne peut que partager sa préoccupation. Ce point de vue de J.-R. Loubat reflétait bien la situation au début de l'année 1986... Elle durait depuis de nombreuses années.

 

Aujourd'hui, la situation a-t-elle changé? Entre juillet 1985 et fin 1986, un mouvement de réflexion collective sur les difficultés internes amena l'ensemble des institutionnalistes à souhaiter l'organisation de lieux de rencontres, de confrontations ayant pour objectif de faire le point sur ce que les institutionnalistes ont justement en commun depuis l'origine du mouvement.

 

Cet effort prit naissance dans des rencontres d'été de 1985 et 1986 au Château de Ligoure. Cet effort prit ensuite la forme de la naissance de la SAI (Société d'Analyse institutionnelle) dont l'activité (jusqu'au début des années 1990) se caractérisa - entre autres - par la mise en place régulière de conférences et de débats où les principaux chercheurs et théoriciens de l'analyse institutionnelle vinrent exposer l'état de leur recherche. Le succès de la société fut l'adhésion du plus grand nombre à ces rencontres. 35 à 40 personnes se sont retrouvées ainsi régulièrement pour "penser' collectivement de nouveaux objets, de nouvelles méthodes et de nouveau : problèmes de l'analyse institutionnelle (3).

 

Ce travail prit une ampleur imprévisible du fait de l'émergence du mouvement étudiant de novembre  1986 en France (4). Lors de ce mouvement en effet émergea une demande étudiante à l'adresse des institutionnalistes. Une vingtaine d'étudiants de sciences de l'éducation demandèrent    aux    universitaires  institutionnalistes de travailler collectivement à la formation d'une nouvelle génération d'institutionnalistes. En plus d'une formation théorique, les étudiants exigeaient d'aller sur le terrain, de pratiquer l'analyse institutionnelle dans des établissements. Cette demande de la "base" obligea les institutionnalistes à multiplier les lieux d'intervention et donc aussi de réflexion. Les étudiants imposèrent aux enseignants de coordonner leurs enseignements, donc de dégager desconcepts, des techniques, des méthodes sur lesquels ils puissent être d'accord. Là encore, on voit l'importance de l'"extérieur" dans l'effort de définition de l'analyse institutionnelle par elle-même. A partir de 1987, R Hess et A. Savoye publièrent une collection "Analyse institutionnelle", dans laquelle ils proposaient quelques ouvrages qui renouvelèrent les "perspectives de l'analyse institutionnelle" (5).

 

(1) G. Weigand : "L'analyse institutionnelle une forme de recherche-action éducative? Enquête sur le paradigme", Op. cit.

 

(2) J.R. Loubat, "Eléments d'analyse du statut actuel de l'Ai", in Bulletin de la Société d'analyse institutionnelle, Paris, juin 1987, p. 19.

 

(3) Un bilan de ces recherches est paru sous le titre Perspectives de l'analyse institutionnelle (ouvrage collectif rassemblant une quinzaine de contributions et coordonné par A. Savoye et H. Hess), Méridiens Klincksieck, 1988.

 

(4) P. Boumard, R. Hess, G. Lapassade, L'université en transe, Syros, 1987.

 

(5) R. Hess et A. Savoye, Perspectives de l'analyse institutionnelle, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988. Cet ouvrage rassemblait une quinzaine de contributions importantes des principaux auteurs français de l'Ai.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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