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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 11:27

IV. - UNE METATHEORIE ?

 

Les socianalystes partagent en commun l'idée qu'une situation peut être éclairée de différents lieux. Pour eux, aucun discours, fut-il très cohérent, ne peut rendre compte totalement de la réalité vécue. On travaille donc toujours sur des théorisations partielles, qui ne sont pensées que comme des moments de l'effort théorique collectif. Plus qu'une théorie, l'analyse institutionnelle serait donc plutôt une "métathéorie". Mais cette métathéorie est de l'ordre de l'implicite (partagé par les membres du mouvement) plus que de l'explicite. D'où la difficulté pour les "non membres", de comprendre la force et l'énergie de ce mouvement qui ne peut pas s'expliquer lorsque l'on cherche ses fondements dans des livres. Entre la conception de l'analyseur d'un G. Lapassade ou celle d'un Patrice Ville, entre la conception de l'implication de René Lourau, de Remi Hess ou celle de Gérard Althabe, il y a des différences de définitions extraordinaires. Pour le lecteur, ces différences apparaissent comme des incohérences du mouvement. Or, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que sur chaque concept, les différences de définition délimitent un cadre de réflexion, un champ théorique en élaboration où des débats - parfois très durs - opposent les différents chercheurs.

 

Pour l'observateur extérieur qui cherche à comprendre cette recherche, les institutionnalistes auraient un travail urgent à faire : expliciter dans une œuvre philosophique de synthèse, les fondements théoriques sur lesquels reposent tous les allants de soi qui sous-tendent leurs pratiques. Dans ce projet théorique, la question des fins serait également à expliciter. Jamais, sinon sous forme d'allants de soi, les institutionnalistes n'abordent la question des "valeurs" sur lesquelles reposent leurs pratiques ou même qui justifient ces pratiques. Où veulent-ils aller ? Pourquoi? Quel projet de société partagent-ils en commun (1)?

 

Ce qui est évident pour eux ne l'est pas à l'extérieur. Là encore, il s'agit de formulations d'un registre philosophique que les socianalystes évitent. Même si certains institutionnalistes peuvent se sentir concernés par ce questionnement, la plupart disent leur méfiance vis-à-vis de ce travail d'explicitation. Nommer les choses leur enlèverait une énergie instituante. Il y aurait un danger à définir le paradigme !

 

On perçoit chez les institutionnalistes une tension entre deux pôles de recherche : l'un plus scientifique (où la confrontation avec l'extérieur se fait par des sortes de théorisations partielles) et un autre plus pragmatique où justement le danger est de tenter de se définir (de ce point de vue, les connivences de posture entre l’AI et la psychanalyse, pour ne donner qu'un exemple, sont frappantes). C'est pourquoi l'Ai occupe une place "pragmatique" chez les théoriciens et une place théorique chez les praticiens. On aura compris que nous définissons l'Ai comme un espace d"'entre-deux" particulièremenf instable dont la productivité est certaine mais dont le "sens" est jusqu'à maintenant "indécidable".

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

(1) Voir W. Böhm, Theorie und Praxis, eine Erörterung des Pädagogischen Grundproblems, Würzburg, 1985.

 

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