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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 11:38

I) L'influence de Jean-Paul Sartre et de la théorie des groupes (Rogers, Lewin, Moreno) sur l’invention de l’AI par Georges Lapassade

 

Si l'on prend comme point de départ Groupes, organisations, institutions (1), on constate que cet ouvrage a été écrit en 1964-65 par G. Lapassade dans le prolongement d'une lecture approfondie de La critique de la raison dialectique, de J.-P. Sartre.

 

Dès la parution de La critique de la raison dialectique de Sartre en 1960, G. Lapassade rédige un long résumé commenté de cet ouvrage. Or, les trois grandes étapes du processus de l'institutionnalisation, à partir de l'instituant révolutionnaire décrites par Sartre étaient : le "groupe en fusion", l'organisation, et l'institution aboutissant à la bureaucratie. G. Lapassade retient finalement ce schéma pour donner un titre à son livre sur la bureaucratie.

 

On peut dire que c'est lors des colloques de Royaumont, dont les actes sont parus dans Le psychosociologue dans la cité, que G. Lapassade a inventé l'analyse institutionnelle. C'était en 1962. C'est donc trois ans plus tard qu'il publie Groupes, organisations, institutions. Ce livre installe la prophétie de l'analyse institutionnelle dans le "mouvement des groupes" qui se développe alors en France. Le livre oppose une alternative à la montée du phénomène bureaucratique : celle du mouvement des groupes. Si l'homme veut être sujet, acteur conscient de son histoire, il doit analyser les institutions dont il dépend, il peut analyser les institutions qui le traversent, et trouver dans l'action de groupe une issue à l'atomisation bureaucratique dont il est victime. Ce livre est très important dans la mesure où il a eu une postérité assez considérable.

 

Dans le courant de l'analyse institutionnelle, on a pu penser que Groupes, organisations, institutions n'était pas encore un ouvrage d'analyse institutionnelle au sens strict, que c'était un livre "pré-institutionnaliste", et que le premier livre fondateur de ce courant était celui de René Lourau, L'analyse institutionnelle, en 1970. Aujourd'hui, c'est dans Groupes, organisations, institutions que l'on trouve le véritable point de départ de notre courant, et ce point de départ, c'est la question de la bureaucratie. D'ailleurs, c'est sous ce titre qu'il aurait dû paraître puisque Jacques Ardoino qui avait demandé à G. Lapassade d'écrire cet ouvrage voulait très précisément un livre sur la bureaucratie. En effet, quand J. Ardoino a demandé à Georges Lapassade d'écrire ce livre, ce dernier venait de terminer la publication de sa thèse sur L'entrée dans la vie (Minuit, 1963). Il était très préoccupé par cette question de la bureaucratie, et cette préoccupation avait commencé bien avant.

 

G. Lapassade était, en effet en 1959, professeur conseiller à la résidence universitaire d'Antony. Et il s'intéressait de très près au fonctionnement de cette résidence universitaire. Il avait découvert, depuis peu, la dynamique de groupe. Il avait participé à des T-Groups et à des psychodrames, et il voulait transposer ce qu'il savait de la psychosociologie dans une analyse interne de la vie de la cité universitaire. Ainsi, G. Lapassade assistait régulièrement, mais dans la mesure où il y était autorisé, aux réunions de l'association locale des étudiants (AERUA) qui participaient à la cogestion de cette Résidence universitaire. Ces étudiants étaient élus sur la base des pavillons. Mais la vie administrative de la résidence était centralisée. G. Lapassade en avait conclu qu'il y avait une contradiction entre cette centralisation et la décentralisation des élections étudiantes. Il fit connaître cette opinion par quelques lettres qu'il adressait au président de cette association, dominée par les étudiants communistes de la RUA. Un jour, ces lettres furent publiées dans leur bulletin sous le titre : "De quoi vous mêlez-vous Monsieur Lapassade?".

 

Cette publication a beaucoup préoccupé G. Lapassade. Un petit groupe d'étudiants animé par un jeune intellectuel, Robert Paris, déjà spécialiste de Gramsci,et qui faisait de l'entrisme en tant que trotskiste dans la cellule communiste locale (les étudiants communistes de la résidence étaient inscrits à la cellule du PCF d'Antony) a aussitôt apporté son soutien à G. Lapassade. C'est à ce moment-là que G. Lapassade découvre qu'il est assez peu politisé. Robert Paris l'était davantage, et il aide G. Lapassade à décrypter cette, attaque des étudiants communistes à l'aide des analyses trotskistes de la bureaucratie. Avec Robert Paris et ses amis, G. Lapassade décide de diffuser massivement dans la résidence universitaire un tract qui était une riposte à l'article déjà cité. Ce tract a provoqué une crise interne de l'association, immédiatement suivie d'élections générales. Dans le même temps, G. Lapassade se donne une culture politique. L'un des problèmes politiques essentiels de ce temps-là était celui de la bureaucratie comme classe dirigeante en URSS et dans l'ensemble des pays communistes.

 

(45) - Cet ouvrage, épuisé, va être réédité début 2006 aux éditions Anthropos.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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