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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:20

G. Lapassade a regroupé sous le terme de Microsociologies, un certain nombre de pratiques institutionnalistes, visant à faire l'analyse des groupes, des organisations et des institutions. Pour comprendre l'intérêt de cette bi-ou multi-valence de l'institutionnaliste, on peut s'intéresser au travail sur les établissements scolaires qui fut constant depuis 40 ans. Dans sa confrontation à l'ethnographie de l'école, sur le terrain des établissements d'éducation, sur la vie scolaire, sur la culture des jeunes, G. Lapassade confronte la tradition française des socianalystes aux apports de Peter Woods, Hugues Mehan et son ethnographie constitutive, ainsi qu'à l'ethnométhodologie de Garfinkel et Cicourel (1). G. Lapassade a fait du terrain avec P. Boumard et R. Hess (2). Mais il a travaillé, aussi, dans un collège voisin de l'université de Paris 8. Au bout d'un an de démarche psychosociologique et ethnographique, il est passé de l'observation de phénomènes scolaires, l'abandon des études ou l'absentéisme (3), à l'étude de la culture des jeunes présente au collège, mais qui déborde largement l'établissement. Il a alors étudié la culture hip hop, le graphe, les graffitis et la break dance, phénomènes qui permettaient de revenir sur le terrain des établissements avec une posture nouvelle (4). En 2005, il était encore observateur du groupe des anthropotes, un groupe d'étudiants contestataires, occupant l'université de Paris 8, pour protester contre la mise en place de la réforme universitaire (LMD).

 

Cette expérience constante de G. Lapassade de double implication (la culture des jeunes et l'ethnographie exotique), peut être rapprochée de l'itinéraire de R. Hess qui a fait travailler l'école du point de vue de l'analyse institutionnelle, tout en explorant le thème des danses sociales ou de celui de Patrice Ville qui développe une pratique de consultant socianalyste à EDF depuis 25 ans, tout en gérant des dispositifs d'autogestion pédagogique à l'université, de Cristian Varella qui mène parallèlement à sa carrière d'universitaire argentin une réforme de la formation de la police de Buenos Aires, ou encore de Lucette Colin qui intervient comme consultante dans les organismes interculturels tout en gardant son ancrage de psychanalyste, etc. S'agit-il, chez les institutionnalistes, d'une dissociation mal maîtrisée, ou plutôt d'une manière d'être dans la culture et dans l'organisation ?

 

Elliot Jaques avait déjà fait la théorie instituante de cette posture en expliquant qu'il voulait diversifier ses sources de revenus, pour ne pas être dépendant de ses commanditaires d'interventions. Mais cette question de l'argent n'est qu'une dimension de la ressource que présente la dissociation des terrains. On retrouve une autre forme de dédoublement (cette fois-ci dans la durée) également chez Gérard Althabe. Dans Ailleurs, ici, l'anthropologue étudie la tromba, et ensuite il fait du terrain en France, dans des quartiers, des écoles, des entreprises. Le mouvement de sa recherche va de l’ailleurs àl'ici.

 

L'analyse institutionnelle a foi au changement institutionnel. Par exemple, à la question "peut-on changer l'école ?", les institutionnalistes répondent qu'ils ont cru que, par l'autogestion pédagogique, ils allaient changer l'institution. Mais ce mouvement n'a pas donné tous les fruits que l'on en attendait. Pourtant, les institutionnalistes s'intéressent toujours à ce thème. G. Lapassade visite régulièrement le lycée autogéré. Il en suit l'analyse interne. Sans faire appel à des consultants, les acteurs font l'analyse de leur établissement scolaire. Au début de l'analyse institutionnelle, l'analyse interne (5) était pratiquée dans les hôpitaux psychiatriques. Les médecins voulaient faire l'analyse de l'établissement sans faire appel à des consultants. L'idée s'est développée que pour soigner les malades, il fallait soigner l'institution de soin. Cette analyse interne est pratiquée dans les années 1950 par la psychothérapie institutionnelle et dans les années 1960 par la pédagogie institutionnelle. Quand on parle de pédagogie institutionnelle, on pense surtout au dispositif de l'autogestion pédagogique. Mais ce dispositif ne fonctionnerait pas, s'il n'y avait pas une autoanalyse permanente du fonctionnement de cette autogestion. De ce point de vue, la démarche de Raymond Fonvieille était un phare, un point fort de l'autogestion pédagogique (6).

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

(1) G. Lapassade, L'ethnosociologie, Paris, Méridiens Klincksieck, 1990.

(2) P. Boumard, R. Hess, G. Lapassade, L'université en transe, Paris, Syros, 1987.

(3) G..Lapassade, Microsociologie de la vie scolaire, Paris, Anthropos, 2000.

(4) G. Lapassade, Le rap, Loris Talmart, 5° éd. 2003.

(5) - Le mouvement institutionnaliste prépare à ce sujet un numéro des irrAIductibles

(6)- Voir les ouvrages de Raymond Fonvieille sur cette question, notamment : L'aventure du mouvement Freinet, Paris, Méridiens Klincksieck, 1989, et Naissance de l'autogestion pédagogique, Paris, Anthropos, 1998.

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