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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 15:26

III – Une recherche collective en prise sur le biographique individuel

 

Une autre raison qui conduit à entretenir une certaine confusion concernant le paradigme de l'analyse institutionnelle vient du fait que l'institutionnaliste n'est pas un homme d'école. Comme le montre K. Illiade (1), l'institutionnaliste ne réduit pas son activité à la dimension unique de son appartenance au mouvement de l'analyse institutionnelle. Il a une transversalité large, et son appartenance à l'analyse institutionnelle n'est qu'un moment.

 

Si l'on accepte l'idée que l'analyse institutionnelle s'est instituée comme microsociologie en 1965, lorsque Georges Lapassade a publié la première édition de Groupes, organisations, institutions (2), on constate que si, depuis, G. Lapassade et ses disciples ont toujours pratiqué la microsociologie sous différentes appellations (3), cependant, cette pratique de la psychosociologie des groupes et des institutions s'est doublée, assez souvent chez les institutionnalistes, d'autres formes de recherche.

 

Ainsi, G. Lapassade a pratiqué l'ethnologie exotique des phénomènes de transe. René Lourau, s'inscrivant dans le prolongement des recherches d'Henri Lefebvre sur l'organisation politique et l'Etat (4), a développé une forme macrosociologique de l'analyse institutionnelle (5). Gérard Althabe a développé une anthropologie (6). Remi Hess, une exploration du bal et des formes de socialités autour de la danse sociale (7). Patrice Ville a mené de front une pratique de l'intervention socianalytique en entreprise, et le développement de l'autogestion pédagogique à l'université. Antoine Savoye développe une approche historique de la sociologie (8). Christine Delory-Momberger et Jean-Louis Le Grand pratiquent l'histoire de vie (9). Michel Authier utilise l'informatique pour développer les arbres de connaissance (10). René Barbier a travaillé la recherche-action et la philosophie orientale, Gaby Weigand a concilié le management et la philosophie, Robert Marty la sémiotique et l'analyse institutionnelle, Gérard Chalut-Natal le travail social et la formation, Cristian Varela la formation et l'intervention, Lucia Ozorio la psychologie et les pratiques préventives de santé dans les favelas de Rio. Lucette Colin pratique la psychanalyse, Thomas et Elisabeth von Salis pratiquent la psychanalyse et le travail dans les groupes opératifs, Christian Verrier la recherche sur la formation d'adulte et l'histoire de l'éducation, Jean-François Marchat la cuisine et l'autogestion, etc.

 

Il faut insister sur ce fait que l'institutionnaliste n'est jamais seulement un psychosociologue des groupes, des organisations et des institutions, mais parallèlement, et toujours : ou un ethnologue, ou un sociologue, ou un anthropologue, ou un historien, voire un artisan ou un artiste (danse, musique, peinture), un philosophe ou un économiste (C. Castoriadis). Certains ont même l'art de développer une transversalité disciplinaire assez variée. L'analyse institutionnelle se nourrit donc du croisement de la microsociologie avec l'anthropologie, la sociologie, l'histoire, la philosophie, les arts...

 

Un enseignement essentiel du travail de terrain de l'institutionnaliste, c'est de constater qu'il est impliqué dans son terrain, au point qu'il est un des constructeurs de ce terrain. Comme tout observateur -participant, l’institutionnaliste construit le terrain qu'il étudie. Ainsi, le néo-tarentisme italien qu'étudie G. Lapassade, et dont il est l'un des acteurs, est produit par les microsociologues et les artistes qui sont à la fois observateurs et auteurs du phénomène. Autre exemple, avec la Macumba, dans le candomblé de Bahia, les grandes prêtresses mettent sur leurs hôtels des livres d'ethnologie du candomblé. Ainsi, les observateurs ont-ils été les producteurs du candomblé : Pierre Verger en est un exemple. Il est ethnologue, et en même temps païdesantos; de même Nina Rodriguez qui produit l'objet observé. C'est la vérité pour tout anthropologue, même s'il croit à l'objectivité de son travail. L'ethnologue se regarde faire l'ethnologie. Il n'y a pas de terrain objectif, avec un observateur au regard innocent. L'observateur est dans son terrain. Le regard de l'anthropologue est producteur du terrain qu'il regarde. Cette théorie de l'implication ethnologique a tout naturellement été transposée dans la posture institutionnaliste dans les groupes, les organisations et les institutions.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 (1) - K. Illiade, Analyse institutionnelle et autogestion pédagogique, (à paraître).

(2) - G. Lapassade, Groupes, organisations, institutions, 5° éd., Paris, Anthropos, 2005.

(3) – G. Lapassade, Microsociologies, Paris, Anthropos, 1996.

(4) - H. Lefebvre, De l'Etat, Paris, 10/18, 4 tomes, 1976-78.

(5) - R. Lourau, L'analyse institutionnelle, Paris, Minuit, 1970, et surtout L'Etat

inconscient, Paris, Minuit, 1978.

(6) -Gérard Althabe, RemiHess, Ailleurs, ici, Paris, L'Harmattan, 2005.

(7) - R. Hess, La valse, Paris, Métailié, 2003 ou Le tango, 2 éd. Paris, Presses
universitaires de France, 1999.

(8) - A. Savoye, Les débuts de la sociologie empirique, Paris, Méridiens Klincksieck, 1994.

(9) - Christine Delory-Momberger, Les histoires de vie, de l'invention de soi au projet de formation, Paris, Anthropos, 2 éd., 2004. Ou encore : Histoire de vie et recherche biographique en éducation, Paris, Anthropos, 2005.

(10) - Voir références en bibliographie.

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