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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 10:41

Après avoir lu le texte mis en ligne le 5 février 2012, Valentin Schaepelynck nous a demandé de préciser que le séminaire n'était pas le sien, mais celui celui coordonné par Luca Paltrieneri et Giuseppe Bianco, "Archives de la philosophie française " ? http://www.ciepfc.fr/spip.php?article206

 

 

Il a lieu les vendredis, 17h-20h, Salle séminaires, dép. de Philosophie, 1er étage du Pavillon Pasteur, École normale supérieure.

sous la direction de Giuseppe Bianco (University of Warwick) et Luca Paltrinieri (ENS Lyon)

 

 

Séminaire  Althusser-Lapassade

 Réaction de Michel Lobrot

 

 

Hier, vendredi 3 Février 2012, j’ai été au séminaire de Valentin Schaepelynck à l’Ecole Normale Supérieure. Il s’agit d’une étude sur les rapports entre Althusser et Lapassade dans les années soixante du 20ème siècle…

 

A nouveau j’ai pris conscience de la proximité entre les deux théoriciens, que j’ai bien connus : Althusser et Lapassade….

 

Cependant à l’époque où se situe le conférencier, dans les années 63-64, Lapassade adhère totalement au message léwinien et reproche à Althusser de se contredire, en pratiquant une pédagogie magistrale, tout en contestant l’Autorité régnante. Althusser lui répond en invoquant la valeur d’une méthode d’après lui efficace, qui ne peut être mise en question par une réflexion qui se situe à un tout autre niveau. L’enseignement ne serait donc, d’après lui, qu’un instrument utile, ce qui est typiquement une position que je qualifierais de « chosiste », en reprenant un terme de Bergson. Cela veut dire qu’un rapport humain fonctionne comme une « chose » et non comme un échange de subjectivités. Critique, à mon sens, tout à fait valable, encore aujourd’hui.

 

Cependant, quelques années après, dans les années 70, Lapassade développe toute une théorie de l’Institution, qui, d’après moi, tombe dans le « chosisme » qu’il reprochait à Althusser. D’après cette théorie, l’institution serait à détruire la plupart du temps, pour être remplacée par l’Autogestion. Mais elle serait en tout état de cause, totalitaire. Cela veut dire que les individus qui en font partie sont totalement formés, déterminés par elle, ne lui échappant en aucune manière. Cela veut dire, dans la pratique, que si l’on veut changer les gens, il faut commencer par changer les institutions. Toute autre méthode est illusoire.

 

Cette argumentation, qu’il m’oppose sans cesse, à moi qui prétend changer les individus dans les institutions actuelles est, à mon avis un «  cercle vicieux » et surtout contraire à toutes les expériences de changement dans l’Histoire.

 

Elle est vicieuse, car comment changer l’institution, telle qu’elle est actuellement, sans passer par les gens ? L’action politique, qu’il préconise, n’est pas une machine de guerre anonyme et non humaine….

 

Mais surtout l’étude de l’histoire montre que constamment les révolutionnaires et ceux qui ont fait changer les choses ont été formés dans l’état antérieur, qu’ils ont ensuite contribué à détruire et qui n’aurait pas dû normalement leur permettre simplement d’exister. Par exemple les révolutionnaires de 89 sont nés pour la plupart dans les années 1740-1770, sous le régime de la Monarchie absolue, qui contrôlait tout jusqu’au moindre détail. Comment ont-ils pu concevoir, imaginer, vouloir un autre état de choses, eux qui n’avaient comme maîtres que des monarchistes convaincus ?

 

La réponse est évidente et doit servir de modèle. C’est qu’un régime quelconque, aussi totalitaire soit-il, ne couvre jamais toutes les pensées, volontés, sentiments, actions des gens qui en font partie, car ceux-ci ne sont pas la résultante mécanique de forces abstraites en jeu dans la société (position durkheimienne), mais sont la résultante de situations singulières, où interviennent des positions minoritaires (Moscovici), où des positions opposées se neutralisent, où des situations nouvelles émergent. Cela veut dire qu’il faut abandonner une vision durkeimienne comme celle de la « conscience collective » totalitaire, pour adopter une vision interactionniste, qui fait sa place aux subjectivités et à leurs relations.

 

Lapassade, heureusement, ne s’est pas cantonné dans ces réflexions « chosistes » et dépassées. Il a fait une oeuvre littéraire d’un intérêt considérable, a contribué à réhabiliter la transe, a pratiqué une pédagogie de choc et enfin s’est démarqué nettement, in fine, de «l’Analyse institutionnelle ». Il faut le suivre jusqu’au bout et ne pas prendre qu’une partie de son message, qu’il a développé dans une période de transition où son génie n’était pas encore complètement achevé.

 

Michel Lobrot

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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