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  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 16:28

 

 

L’ensemble constitue une thèse passionnante, dont on espère qu’elle donnera lieu à publications, certaines de celles-ci pouvant d’ailleurs se faire en soumettant certains des textes qu’à exhumés le candidat à des analyses et commentaires divers. Ce travail soulève bien sûr des points de débats ou de controverses, comme tous ceux qui, non seulement produisent de la connaissance, mais sont une source de travail de pensée. Jean-Yves Rochex souhaite évoquer plusieurs de ces points, dont le développement – qui ne peut être que trop bref dans le cadre d’une telle soutenance – ne doit aucunement être considéré comme réserves ou critiques à l’égard du travail de VS, mais comme visant à alimenter l’échange intellectuel, durant mais aussi bien au-delà de la soutenance.

 


Il fait part tout d’abord de son étonnement devant certaines absences ou ellipses dans le travail de VS : absence de reprise d’une définition synthétique de la notion ou du concept d’institution à laquelle pourrait conduire cette « archéologie » de l’AI, mais aussi, peut-être de certaines références importantes concernant ce concept dans le champ de la psychanalyse (on pense ici aux travaux de P. Legendre, mais aussi au concept – en acte – d’institution éclatée que Maud Mannoni utilise à propos de Bonneuil). Est également étrangement minorée et peu thématisée, non pas la figure de G. Canguilhem, mais la centralité dans l’œuvre de celui-ci de son travail sur les questions de normes et de normativité ; il serait passionnant de ce point de vue – eu égard aux relations qu’ont entretenues G. Canguilhem et G. Lapassade (qui ont co-écrit en 1962, avec J. Piquemal  et J. Ullman, le petit et brillant ouvrage Du développement à l’évolution au XIXe siècle, et dont tout laisse penser qu’ils ont continué de se lire, voire de se rencontrer, bien après la soutenance de G. Lapassade) – de voir s’il existe, dans leurs archives réciproques, des traces de ces lectures ou de ces rencontres et des discussions et controverses auxquelles elles n’ont pu manquer de donner lieu.

 


Un autre point de discussion porte sur le fait qu’on peut penser que VS a quelquefois tendance à réduire la notion d’objectivation ou d’aliénation à son seul versant oppressif ou figeant le devenir, que désigne le terme réification emprunté à une certaine tradition marxiste. Or – et le candidat ne l’ignore évidemment pas et en fait mention, même si c’est sur un mode mineur – l’aliénation, l’objectivation dans le travail et la production d’œuvres sont également, pour d’autres auteurs – s’inspirant du marxisme ou non – la seule possibilité pour « l’esprit humain » de s’incarner, de s’échanger et donc de se réfléchir (« l’esprit humain est dans ses œuvres », écrivait, pour ne prendre que ce seul exemple, Ignace Meyerson, dans la filiation de toute une tradition hegeliano-marxiste propre à fonder la psychologie historique qu’il appelait de ses vœux). Il semble qu’une prise en considération plus équilibrée du double sens, voire de l’ambivalence, propres aux usages du terme aliénation, qui font écho aux contradictions entre d’une part, l’activité humaine, ses différents domaines et leur « normativité propre » et d’autre part, les rapports sociaux dans lesquels elles s’inscrivent et qui les déterminent en partie, serait de nature non seulement à revenir sur certains débats propres aux auteurs influencés par la pensée de Marx, mais aussi sur les ambivalences de la notion d’institution et la dialectique instituant-institué comme productrice d’historicité, que VS met pertinemment au centre de son propre travail.

 


Cette discussion sur les notions d’aliénation et d’institution a son corollaire portant sur les conceptions, non seulement de ce qui résiste à l’emprise de l’institution ou de ce que celle-ci réprimerait, ou de ce que l’objectivation-réification empêcherait d’advenir, mais aussi des conceptions de la subjectivité, de la parole, du possible ou des formes de vie hétérogènes à l’ordre établi et de leur surgissement. Ne peut-on déceler comme une tentation vitaliste dans le travail de G. Lapassade et dans le fait qu’il y mobilise successivement ou simultanément des notions très larges – le désir, le corps, la parole pleine, la bio-énergie – qui mériteraient un examen circonstancié, au regard même de la théorie critique dont il vise la mise en acte autant que l’élaboration conceptuelle. Certes, et VS le dit fort justement, ce qui intéresse Lapassade dans l’emprunt de ces notions (et dans l’importation dans le champ de l’AI et de l’institution universitaire, de « techniques » d’intervention qui leur sont liées) est bien plus leur possible effet performatif que leur « statut de vérité ». Mais qu’en est-il pour lui-même, VS ? Quel statut de vérité accorde-t-il à ces notions ? Quelle conception de la subjectivité ou du possible soutiendrait-il au terme de son travail ? On croit déceler quelques hésitations ou ambivalences à cet égard. Ainsi fait-il référence, p. 48, à ce qu’écrivait Marx dans l’introduction de 1857 aux Grundrisse, d’après laquelle « le concret de la réalité sociale n’est concret que dans la mesure où il est traversé par une multiplicité de déterminations, qu’il faut d’abord poser abstraitement pour ensuite les articuler progressivement en une totalité adéquate et concrète », citation qui incite à considérer que le possible n’est pas de l’indéterminé, qu’il constitue une catégorie du réel et est le produit d’une pluralité de déterminations et des contradictions qui en résultent, et que ce qui demeure en deçà de toute détermination ne relève pas du possible mais de l’informe. Pourtant, quelques pages plus loin, on trouve des formulations quelque peu contradictoires, lorsque VS écrit par exemple que « ce qui caractérise toute conscience, c’est qu’elle peut faire l’expérience d’un désaccord entre les contraintes du monde réel, tel qu’il s’impose à elle dans ses formes massives de domination et le monde tel qu’il pourrait être selon ses désirs et ses pressentiments, autrement dit entre l’existant et le possible », ou encore lorsqu’il évoque la « confrontation permanente, éprouvée continuellement par les acteurs, entre les forces instituantes du possible et les formes instituées de l’impossible », formulations dont les passages ici soulignés pourraient laisser penser que l’institué ne peut avoir partie liée qu’avec l’impossible tandis que l’existant ne serait qu’une forme figée, arrêtée, a-historique, du possible, au détriment de toute pensée dialectique de l’institution et du réel, comme étant porteurs des deux sens contradictoires du concept d’aliénation et donc, possiblement, soit du développement, soit de l’arrêt de l’historicité des sujets, des institutions ou des formations sociales. Ce sont là, bien évidemment, des questions difficiles, qu’un seul travail de thèse ne saurait trancher et qui appellent des échanges, individuels et collectifs, plus soutenus. J.-Y. Rochex les évoque à la fois en tant qu’invite à ces échanges à venir, mais aussi parce que s’y fait entendre, selon lui, un écho possible aux remarques précédemment formulées portant sur les questions de normes et de normativité qui sont au centre de l’œuvre de G. Canguilhem.

 

 

 

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