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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 09:58

 

 

Il revient à Jean-Yves Rochex, président du jury, de prendre la parole en dernier. Il tient tout d’abord à remercier Valentin Schaepelynck (VS) et Rémi Hess pour leur invitation à participer à ce jury, et à découvrir ainsi un travail de thèse tout à fait passionnant, riche et dont la lecture est réjouissante, tant la virtuosité intellectuelle du candidat et sa grande culture sont pour le lecteur une invite et une source pour développer sa propre pensée. Cette thèse est très riche, fort bien écrite (même si un effort de structuration des différents chapitres entre eux en aurait facilité la lecture), et foisonnante. Elle s’appuie sur une érudition impressionnante, mais jamais gratuite. Si tout n’y est pas également nécessaire ou central pour l’élaboration et la progression du propos, rien n’y est pour autant inintéressant. Au-delà du projet – réalisé de manière très convaincante – de faire « une archéologie » de l’Analyse institutionnelle, son auteur nous introduit dans des débats – théoriques, institutionnels et politiques – ayant marqué les années 1960, dans lesquels on peut penser que s’originent nombre de controverses, de divergences, de scissions, voire d’anathèmes ou au contraire d’ignorances réciproques, qui marquent encore les débats intra- ou inter-disciplinaires propres aux SHS aujourd’hui.

 


 

Cette thèse se propose donc de restituer et analyser l’émergence, au cœur des années 1960, de l’AI (Analyse institutionnelle) « au croisement entre les problématiques de la folie, de la jeunesse, de l’éducation et de l’émancipation politique », au cœur des années 1960, en en restituant non seulement les amonts et les origines ou influences conceptuelles, mais aussi la double dimension théorique (visant à l’élaboration d’une théorie sociale critique et d’une approche renouvelée de la notion d’institution), et pragmatique ou politique – critique en acte –, visant à permettre la réappropriation par ses protagonistes de l’analyse de l’institution et du travail de mise au jour des rapports de pouvoir qui la traversent. Cette pensée critique ne vise donc pas seulement (voire pas en premier lieu) à se développer au travers de ses concepts et arguments, mais également au travers de ses effets performatifs, en tant qu’expériences et dispositifs d’intervention, voire en tant que ressaisies narratives d’événements ou de conflits. Le travail de VS restitue donc de manière très informée la genèse de l’AI, au carrefour entre différents champs conceptuels et disciplinaires (le marxisme et ses courants non orthodoxes, critiques du stalinisme et du jdanovisme, représentés principalement dans les années 60 par les revues Arguments et Socialisme ou Barbarie ; la psychanalyse ; la psycho-sociologie ; la sociologie ; la philosophie d’inspiration sartrienne…), entre des inscriptions et préoccupations institutionnelles et d’intervention et de vigilance pragmatique concernant les domaines de la maladie mentale et de la clinique, de l’université, de l’éducation et de la pédagogie, du débat social et politique. Il en donne à voir les amonts, les filiations, les divergences et controverses, voire les scissions, et les figures majeures, parmi lesquelles il choisit, pertinemment, de développer le travail spécifique, le rôle et l’influence intellectuels et institutionnels de Félix Guattari et de Georges Lapassade, figures organisatrices des « deux naissances » de l’AI à partir, d’une part, de la psychothérapie institutionnelle (et des expériences fondatrices de l’hôpital de Saint-Alban et de la clinique de La Borde) et, d’autre part, de la pédagogie insitutionnelle. Il en restitue également les principaux concepts – champ, dialectique instituant-institué, analyseurs « naturels » ou non, dispositifs visant à la mise au jour des rapports de pouvoir, groupes-sujets, dialectique du concept et de la pratique…. Il s’appuie pour cela sur la lecture et l’analyse de nombreux textes – publiés ou non, théoriques et/ou narratifs – et sur des entretiens – formels ou informels – avec des acteurs ou des témoins de cette genèse. Il aurait néanmoins été souhaitable que l’auteur précise un peu mieux la manière dont il a travaillé pour constituer l’ensemble de ce corpus et pour l’analyser, par exemple en récapitulant en annexe l’ensemble des matériaux (entretiens ou archives) produits ou analysés spécifiquement pour cette thèse, ou en distinguant, dans sa volumineuse bibliographie, les textes, ouvrages ou articles, qui ont un statut de matériaux (et non seulement de ressource ou d’outils de travail) pour ses analyses. Mais cette insuffisance relative demeure mineure au regard de l’ampleur du travail réalisé et du caractère très informé et convaincant des analyses proposées, y compris quand elles appellent à débat. L’ensemble constitue dès lors un apport précieux, non seulement à la connaissance de la genèse de l’AI, mais à celles des contextes intellectuels, institutionnels et politiques, dans lesquels elle survient. Il convient de souligner ces deux « morceaux de bravoure » que sont la redécouverte et l’analyse, par VS, d’une part, des échanges polémiques ayant eu lieu entre G. Lapassade et L. Althusser, à propos d’un incident survenu lors d’un séminaire tenu par P. Bourdieu et J.-C. Passeron à l’ENS Ulm, incident et échanges « analyseurs » de conceptions radicalement différentes de la pédagogie universitaire et des rapports entre « science » et pédagogie, voire entre science et rapports sociaux ; d’autre part d’une conférence faite en mai 1955 à l’ENS par G. Canguilhem, sous le titre « Y a-t-il encore des adultes ? », que VS analyse fort intelligemment en relation avec l’ouvrage de G. Lapassade L’entrée dans la vie, publié quelques années plus tard, en 1963, et que VS considère comme une sorte d’écho ou de réponse à l’intervention de G. Canguilhem. Le commentaire de l’article publié par F. Châtelet, rendant compte, dans la rubrique Sciences humaines du journal l’Express, de la soutenance de thèse de G. Lapassade (au jury de laquelle participait G. Canguilhem) est également fort intéressant, même si on aurait souhaité que VS y associe une analyse de cet autre mode de compte-rendu qu’a été le rapport établi par les membres du jury de cette soutenance que F. Châtelet décrit comme mouvementée.

 

(...)

 

 

Http://lesanalyseurs.over-blog.org

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