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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 14:08

 

Pascal Nicolas le Strat, MCH HDR à l’Université Montpellier III, prend ensuite la parole comme suit :

 

 

« Valentin Schaepelynck retrace l'émergence de l'analyse institutionnelle au cours des années 1960 sur trois plans qu'il articule de manière maîtrisée et érudite tout au long de son texte de thèse.


Sur un plan conceptuel, il réinscrit la critique de l'institution dans le cadre des débats théoriques qui animent le marxisme de la fin des années 50 et du début des années 60 (les revues Arguments et Socialisme ou Barbarie) et souligne, par exemple, tout à fait justement l'apport des théories de la réification à la compréhension du phénomène institutionnel. L'auteur décrypte, par ailleurs, avec un grand soin d'argumentation, les efforts théoriques, réengagés à partir des sciences sociales (en particulier de la psychologie sociale), pour questionner le fonctionnement des collectifs et la vie des groupes afin de repenser les formes d'implication sur un mode plus autonome.


La thèse de Valentin Schaepelynck offre une lecture ambitieuse de ce foisonnement théorique des années 1960 au cœur duquel s'est construite une nouvelle énonciation de la question institutionnelle, dont de nombreux apports sont encore largement valides aujourd'hui.


Sur un plan socio-historique, l'auteur montre clairement que l'émergence de la question institutionnelle est marquée par une crise des modèles autoritaires et hiérarchisés et par l'apparition de nouvelles aspirations en particulier dans la jeunesse étudiante. Cette crise historique des modèles étatiques et institutionnels, qui culminera en Mai 68, est venue nourrir la réflexion sur l'institution, sur les dynamiques de groupe et sur les formes individuelles d'implication. Valentin Schaepelynck s'attarde, par exemple, à juste raison sur des expériences d'analyse institutionnelle qui vont s'engager à cette période dans le milieu étudiant (en santé mentale, en matière d'intégration d'étudiants issus du monde rural...).


Enfin sur un plan intellectuel, la thèse de Valentin Schaepelynck accorde une place privilégiée à deux auteurs, dont les travaux vont marquer durablement l'analyse institutionnelle. Ces deux figures intellectuelles, celle de Félix Guattari et celle de Georges Lapassade, cristallisent cette première séquence historique de l'analyse institutionnelle, à la fois par leurs écrits théoriques qui déterminent fortement le débat et par leur pratique d'intervention sous forme d'une critique en actes de l'institution, pour reprendre le titre principal de la thèse (cf. le travail de Guattari à la clinique de La Borde).


Valentin Schaepelynck montre de manière particulièrement convaincante que les enjeux de l'analyse institutionnelle émergent sous la forme d'un « ruissellement historique » qui parcourt toute la période et qui affecte aussi bien le champ théorique du marxisme, de la psychanalyse que des sciences sociales et qui interpelle fortement plusieurs secteurs de la société : l'école avec la pédagogie institutionnelle, la santé mentale avec la psychothérapie institutionnelle, l'université avec une aspiration à plus d'égalité dans les rapports enseignés / enseignants (sur ce dernier point, l'auteur s'arrête assez longuement, à juste raison, sur un débat emblématique ouvert par Althusser sur la question de la science, associée à une conception très classique de la fonction d'enseignement, qui heurte frontalement les revendications portées par les organisations étudiantes).


Valentin Schaepelynck n'a pas suivi un plan strictement chronologique pour restituer cette émergence plurielle et pluraliste de l'analyse institutionnelle, il a préféré procéder par « coupes » successives et par explorations thématiques ou problématiques. Il nous permet ainsi d'avoir une compréhension de ce mille-feuille théorique que constitue l'analyse institutionnelle. Chaque « coupe » de ce terrain historique permet d'explorer l'un de ces feuilletages, l'une de ces strates sédimentées par les nombreuses expériences d'analyse institutionnelle au cours de ces années (la dynamique de groupe, la pédagogie institutionnelle, la socianalyse...).


Cette construction méthodologique est adaptée à son objet. Le résultat est stimulant. Cette démarche méthodologique permet à l'auteur de dégager, au sein de chaque strate étudiée, ces « résidus » de l'analyse institutionnelle en quête desquels l'auteur a engagé sa recherche, et qu'il annonce dans son titre de thèse.


Valentin Schaepelynck met en lumière deux enjeux majeurs, longuement discutés et argumentés dans son texte. Le premier concerne la tension entre instituant et institué et la tentative de repenser l'institution afin qu'elle ne se ferme jamais à sa propre critique, qu'elle reste ouverte à sa dynamique instituante. L'auteur insiste sur le fait que la critique de l'institution relève d'une « analyse permanente », d'un processus continué de distanciation / réengagement. Valentin Schaepelynck dialogue, de façon fructueuse, avec les travaux contemporains de Luc Boltanski sur la critique sociale et la sociologie de l'émancipation. Le second enjeu concerne les « analystes » eux-mêmes. Qui a légitimité et compétence pour analyser l'institution ? Dans une filiation avec la recherche-action, qui plonge loin dans l'histoire des sciences sociales (K. Lewin, par exemple) mais aussi dans la perspective de la pédagogie institutionnelle et de la psychothérapie institutionnelle, les personnes concernées sont évidemment très directement partie prenante du processus d'analyse qui les implique personnellement et collectivement. De ce point ce vue, l'analyse institutionnelle porte une ambition égalitaire ; Valentin Schaepelynck rejoint ici les travaux contemporains de Jacques Rancière.


Enfin, il est important de souligner deux autres qualités de ce travail : d'une part un corpus théorique d'une grande richesse et parfaitement mobilisé tout au long du texte de thèse, d'autre part une grande qualité d'écriture et de rédaction.


Ce retour sociologique et politique sur l'histoire d'un courant théorique important de nos disciplines de sciences sociales est particulièrement bienvenu. Il est heureux qu'un jeune chercheur ait entrepris ce travail de recherche ambitieux, utile à nos disciplines et ouvrant de réelles perspectives pour des travaux contemporains.


 

En raison des nombreuses qualités que j'ai soulignées tout au long de mon rapport (pertinence et originalité du sujet, maîtrise de son traitement, envergure du corpus théorique, cohérence méthodologique et qualité de rédaction), je porte une évaluation très favorable sur l'écrit de thèse de Valentin Schaepelynck ».

 

 

Http://lesanalyseurs.over-blog.org

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