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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 11:48

 

Nadine Neiss

 


Nadine Neiss est décédée le mercredi 18 décembre à l’hôpital Courlancy de Reims où elle était soignée pour un cancer qui s’était généralisé.

 

 

Quand ai-je fait la connaissance de Nadine ? Je ne me souviens plus. Ce qui est sûr, c’est que je l’ai connue avant 1980 puisqu’à cette époque elle était mon étudiante à Saint-Denis où elle suivait aussi les cours de René Lourau, Georges Lapassade. Elle a soutenu une maîtrise en sciences de l’éducation à Paris 8.

 

 

A l’époque, elle était professeur d’éducation physique à l’Université de Reims. Elle y enseignait la danse, l’équitation. C’est dans ses cours de danse qu’elle avait introduit la pratique du journal. Les étudiants de Reims étaient invités à écrire leur vécu des expériences de dynamique de groupe de danse qu’instituait Nadine. Elle avait écrit un mémoire sur cette expérience. Et, en 1985, dans le N°9 de Pratiques de formation, Nadine avait publié un article dans lequel elle présentait cette recherche, à côté d’autres recherches conduites à Paris 8 par G. Lapassade, R. Lourau, P. Boumard, A. Coulon, R. Barbier et moi-même. Ce numéro fut une sorte de manifeste qui servit de référence pour tous les institutionnalistes souhaitant utiliser la méthode du journal comme analyseur de l’institution. Nadine voyait dans la tenue d’un journal par ses étudiants, une possibilité pour eux de s’affilier à l’université et de construire une réflexion sur leurs expériences. Son apport à la théorie du journal tel que nous le pratiquons aujourd’hui fut décisif.

 

 

En 1990, lorsque je fus nommé professeur de sciences de l’éducation à l‘université de Reims, je décidai de mettre en place un dispositif d’écriture de journaux pour les 700 étudiants de DEUG de la faculté de lettres et sciences humaines. Dans cette opération, de 1990 à 1994, Nadine me seconda très efficacement à côté d’autres chargés de cours comme Françoise Attiba.

 

 

Dès les années 1980, j’avais fait connaissance de Roby lorsque je passais à Cormontreuil. En 1990, je m’installais à Sainte Gemme. A l’époque, les Neiss habitaient une maison individuelle à la périphérie de Reims et Nadine ne pouvait pas avoir son cheval à domicile. Il était en pension bien loin d’elle. Vers 1994, je lui proposais de venir s’installer à Sainte Gemme où La Grange au bois cherchait acquéreur. Cette ferme était particulièrement bien équipée pour accueillir des chevaux… Sur le moment, Nadine n’entendit pas ma proposition de changement de mode de vie. Pourtant, quelques années plus tard, j’appris que nous avions de nouveaux voisins : Nadine et Roby étaient les nouveaux occupants de la Grange au bois.

 

 

En 1998, nous décidâmes de créer, ensemble, l’université de Sainte Gemme. D’abord groupe informel, cette université voulait permettre l’accueil d’universitaires, français et étrangers, de passage pour venir travailler dans notre bibliothèque et échanger, à cette occasion, avec les habitants de Sainte Gemme et des environs, qu’ils soient eux-mêmes universitaires ou pas.

 

 

Ainsi, vinrent à Sainte Gemme des personnes qui pouvaient rester un week-end, trois semaines, voire deux ans, comme ce fut le cas pour Paulo Schneider, un Brésilien de Rio qui voulait écrire une thèse sur l’analyse institutionnelle. Comme je n’étais alors à Sainte Gemme que le week-end, Nadine s’occupa de la prise en charge de Paulo qui n’avait pas de voiture. Elle lui faisait ses courses, l’emmenait à Dormans ou ailleurs, discutait avec lui de ses recherches. Le week-end, on accueillait d’autres chercheurs.

 

 

Nadine accueillait volontiers les groupes d’étudiants qui séjournaient à Sainte Gemme. Il y eut beaucoup d’Allemands impliqués dans les recherches de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse. Nadine déclenchait toujours des discussions passionnées. Elle provoquait la réflexion.

 

 

Parmi les grandes figures qui prenaient un plaisir fou à passer à la Grange au bois, le professeur Georges Lapassade qui jusqu’à sa mort, en 2008, aimait venir visiter la ferme, jouer avec les chiens, tapoter les chevaux… Les plus belles photos de Georges Lapassade, celles que l’on a mises en couverture des ouvrages de lui publiés aux Presses Universitaires de Sainte Gemme furent celles prises par Nadine Neiss à la Grange au bois.

 

 

Nadine était discrète. Elle avait renoncé à écrire une thèse, lorsque l’administration lui refusa une décharge pour se lancer dans ce chantier. Pourtant, Nadine avait rassemblé toute une documentation qui lui aurait permis d’écrire un ouvrage sur Jean-Marie Brohm et son école de critique du sport qui s’était constituée avant 1968 autour de l’écriture de numéros de Partisans, puis ensuite de Quel corps ?

 

 

Nadine avait été élève de l’Ecole normale supérieur d’éducation physique. Elle avait connu les grands penseurs de la critique du corps et du sport : Michel Bernard, Jean-Marie Brohm, Georges Vigarello, Christian Pociello et quelques autres.

 

 

Elle avait été en relation avec ces chercheurs et elle aurait pu proposer un travail de synthèse sur ce courant de pensée qui s’était imposé en 1968. Je rêvais encore ces dernières semaines de la voir se rétablir pour écrire un volume de notre collection « Figures », sur Jean-Marie Brohm.

 

 

Mais, finalement, à la Grange au bois, Nadine préférait s’occuper de ses chevaux, de ses chats, de ses chiens… Elle aimait arpenter à cheval les chemins alentours.

 

 

Ella accueillait aussi ses fils et ses petites filles… Mon fils Romain aimait bien passer voir Nadine. Sur la route de la Grange au bois, il apprit à conduire. A la Grange au bois, il jouait quelques notes de piano…

 

 

Avoir Nadine à dîner était l’assurance d’un repas animé. Nadine n’était pas facile dans la discussion. Elle avait un esprit critique qu’elle faisait vivre dans le quotidien. Dialecticienne, elle aimait porter la contradiction.

 

 

Nadine était une irrAIductible, une irréductiblement irréductible.

 


Sainte Gemme a perdu, cette semaine, une grande figure de la pensée critique.

Remi Hess

 

 

 

Obsèques à Sainte Gemme : lundi 23 décembre

 

Réunion des amis à la Grange au bois : 14 heures

Cimetière : 15 heures 

 

 

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