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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 14:33

 

LUTTE DES CLASSES OU PARTENARIAT SOCIAL ?

 

26 OCTOBRE 2014 |  PAR ARMAND AJZENBERG

 

 

LES RÉPONSES DE FRANÇOIS HOLLANDE, MANUEL VALLS, JEAN-LUC MÉLENCHON, NOËL MAMÈRE

... EN 2007

 

 

 

En décembre 2007, une revue éditée par la Fondation Gabriel Péri - nouvelles FondationS – interrogeait des personnalités politiques. Parmi les questions posées (huit), trois me semblent les plus révélatrices des clivages philosophiques et politiques existant alors. Et qui existent toujours, plus que jamais. Et qui feront peut-être débat à un prochain Congrès du PS ? En effet, parmi ces personnalités, l’une est devenue depuis Président de la République et l’autre Premier ministre. Ces derniers s’affirment de « gauche », les autres interrogés sont aujourd’hui classées sous l’appellation « gauche de la gauche ».

 

Toutes les réponses à ces trois questions sont ici constituées d’extraits. Elles portaient sur la « lutte des classes », la remise en cause de la « propriété privée », le « dépassement du capitalisme ». Aujourd’hui, ceux qui nous gouvernent et qui s’affirment de « gauche » préfèrent utiliser l’expression « partenaires sociaux » (d’où le titre de ce billet) - expression largement utilisée par la « classe politique » (ce qui révèle une prise de position révisionniste de cette « gauche ») – plutôt que celle d’« adversaires sociaux ».

 

L’expression « partenaires sociaux » est aussi largement utilisée par les journalistes de la presse écrite, parlée et télévisuelle (ce qui est une soumission à cette idéologie révisionniste, et une participation à la mise en condition idéologique de ceux qu’ils sont chargés d’informer, tout en s’affirmant objectifs et impartiaux). En effet, préférer l’expression « partenaires sociaux » à celle d’« adversaires sociaux », permet d’évacuer  la « lutte des classes », ce qui n’est pas innocent. Voici donc les questions posées par la revue que j’ai retenues :

1 – « Le camp de la gauche s’est historiquement structuré à partir de l’analyse de la société en termes de classes sociales. Estimez-vous que le concept de lutte des classes soit toujours pertinent pour décrire les mécanismes du corps social ?

2 – La mission de la gauche a longtemps consisté à réduire les inégalités. Pour ce faire, elle remettait en cause la propriété privée des moyens de production. La nationalisation de certains secteurs industriels, comme ceux qui produisent les biens de première nécessité, vous paraît-elle encore souhaitable, voire envisageable ?

3 – Le dépassement du capitalisme est-il votre objectif ? Si la réponse est positive, comment comptez-vous y parvenir au sein d’un pays pleinement intégré à l’économie capitaliste mondialisée ? Si elle est négative, quelle est votre philosophie d’encadrement du marché ? »

 

 

ooooo

 

 

 

François Hollande, alors Premier secrétaire du Parti socialiste et député de Corrèze :

 

(1) « S’il s’agit de savoir si nous retenons la philosophie marxiste de l’histoire fondée sue le concept de lutte des classes, la réponse est non. Nous savons en effet que la réalité sociale est beaucoup plus complexe aujourd’hui. Nous sommes dans une société dite postindustrielle qui fragmente le corps social et le salariat de manière plus globale. Malgré tout, nos sociétés sont partagées dans un conflit majeur entre ceux qui n’ont que leur force de travail comme source de rémunération, et l’ensemble des revenus lié à ce que l’on appelle la « sphère financière » et à la rente. […] L’appartenance à une classe sociale est bien évidemment une question de niveau de revenu, mais pas seulement ; cette appartenance se définit aussi par le sentiment que chacun éprouve d’appartenir à une classe sociale ou on est catalogué comme appartenant à une classe sociale ; »

 

(2) « La logique de l’appropriation collective des moyens de production, et donc la remise en cause de la propriété privée des moyens de production, ne peut plus être posée en ces termes aujourd’hui. D’abord, parce que, historiquement, ce système n’a pas prouvé son efficacité en termes de créations de richesses ; l’économie de marché a une force créatrice qui nous conduits à en accepter les mécanismes tout en cherchant à les réguler… »

 

(3) « La question posée sur le dépassement du capitalisme consiste à imaginer une autre organisation du monde. J’émets donc deux objections.

La première, c’est que le capitalisme revêt aujourd’hui plusieurs formes différentes. Qu’y a-t-il de commun entre le capitalisme financier que l’on connaît aujourd’hui et le capitalisme industriel du début du XXe siècle ? N’y a-t-il pas aujourd’hui des formes de « capitalisme d’État » comme celui de la Chine qui vient de créer un fonds financier d’État pour investir demain dans le monde ?

La seconde, pour moi, c’est que le dépassement du capitalisme est indissociable de la question démocratique à l’échelle du monde, car la priorité, c’est la maîtrise par les hommes  de leur destin qui ne peut être subordonné aux logiques capitalistes qui n’ont que pour seul objectif le profit, la rentabilité financière. Il nous faut donc éviter que les logiques capitalistes ne finissent par nous dépasser, c’est à dire  qu’il nous faut protéger les enjeux de l’humanité des logiques du profit… »

 

 

Manuel Valls, alors député socialiste de l’Essonne :

 

(1) « Non. Il me semble d’ailleurs que cette question a déjà été tranchée, il y a plus de cent ans, à l’occasion de la controverse entre Karl Kautsky et Edouard Bernstein. Les thèses du second – auxquelles le premier se rallia lui-même à la fin de sa vie – ont désormais été largement démontrées. Si les inégalités sociales demeurent, et parfois même s’aggravent, elles ne justifient pas les conceptions binaires de la société opposant une poignée toujours plus réduite de capitalistes à une masse toujours plus nombreuses de prolétaires.

Au début du XXe siècle, contrairement aux prédictions de Karl Marx, les sociétés occidentales ont été marquées par l’émergence des classes moyennes. Profitant d’une partie des richesses, ces dernières ont enrayé le mouvement dialectique de la lutte des classes, car elles n’avaient pas que des chaînes à perdre ».

À la fin du XXe siècle, une seconde évolution a définitivement ruiné la pertinence pratique de la lutte des classes. Un puissant processus d’individualisation a fait imploser le concept même de classe sociale. »

 

(2) « … L’idée d’abolition de la propriété privée est un projet totalitaire ! L’objectif supérieur d’une politique économique de gauche n’est pas de nationaliser pour nationaliser ; c’est, en premier lieu, de rendre plus compétitive notre économie. »

 

(3) « Non. Les socialistes ont depuis longtemps abandonné l’idée de révolution ou de renversement du système capitaliste. Cette inflexion s’est inscrite très concrètement, en France, lors du tournant de 1983 et de la politique de rigueur menée par Mauroy et Jacques Delors. Non qu’il s’agisse d’un renoncement mais plutôt de la constatation selon laquelle, pour paraphraser Churchill : « Le marché est le pire des systèmes d’allocation des ressources, à l’exception de tous les autres. » Cela invite tout homme de gauche, non à se réfugier dans le confort stérile du romantisme révolutionnaire, mais plutôt à mettre les mains dans le cambouis capitaliste. »

 

(...)

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/armand-ajzenberg/261014/lutte-des-classes-ou-partenariat-social

 

 

Armand Ajzenberg

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

http://journalcommun.overblog.com/

 

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Published by Benyounès Bellagnech - dans Annonce
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