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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 10:16

Lettre aux institutionnalistes

 

Chers amis institutionnalistes,

 

Comme vous le savez, en novembre 2008, suite au refus de laisser soutenir sa thèse à Armando Zambrano, une crise s'est ouverte pour moi, pour nous, à Paris 8. Je ne pouvais plus avoir de garanties sur le travail que je cherchais à mener autour de l'analyse institutionnelle. On me refusait de prendre les étudiants de M2 en thèse, etc.

 

J'ai écrit au Recteur de la Catho de Paris qui m'a accueilli, en me confiant à Laurent Tessier. Nous avons fait affaire.

 

Jusqu'au 18 novembre dernier, je travaillais à la création d'un doctorat en ligne, que je ne pouvais pas monter à Paris 8.

 

Or, une nouvelle doyenne, un nouveau recteur qui ne me connaît pas, ont changé de politique en opérant un virage à 180%.

 

C'est consternant. J'ai dû démissionner. Je m'explique dans la lettre ci-jointe adressée à Didier Pauly, un institutionnaliste, comme nous.

 

Je vous tiendrai au courant des futurs développements de cette nouvelle socianalyse.

 

A très bientôt !

 

Remi.

 

 

Début du message réexpédié :


De : Remi Hess <remihess@noos.fr>

Date : 9 décembre 2011 14:23:00 HNEC

À : Didier Pauly

Objet : Rép : Doctorat ISP

 

Cher Didier,

 

Merci de ta lettre.

 

En fait, le 18 novembre, j'ai démissionné de la direction du doctorat en ligne, et de l'animation du séminaire en présentiel, constatant un désaccord profond avec la nouvelle doyenne de l'ISP.

 

J'ai appris hier, par Laurent Tessier, que j'avais aussi été démissionné de mes directions de thèse. Je ne sais pas ce qu'il en est des autres directeurs de thèse, professeurs d'université, que j'avais recrutés, pour constituer une équipe internationale de grand renom autour de la question de la pédagogie de la personne. Si j'en crois mes échanges avec l'un ou avec l'autre, aucun courrier ne leur a encore été adressé. On s'est contenté de les faire disparaître de l'ours de la revue Eduquer/Former pour le prochain numéro ! C'était pratiquement la seule question à l'ordre du jour du comité de rédaction de cette revue, une semaine avant le 18 novembre, avec aussi l'obsession de faire disparaître le titre de professeur, lorsqu'un signataire d'article est professeur ! Ce "travail éditorial" m'avait alerté sur la "réforme" en cours : remplacer les professeurs par des maîtres de conférence. "Toi, tu as fait ta carrière, eux ils doivent faire la leur", m'a dit la doyenne, à un moment où je croyais encore qu'elle était une amie.

 

La nouvelle doyenne est une collègue qui arrive de la Martinique. Elle est spécialiste d'éducation comparée.

 

Sans aucune concertation, ni avec moi, ni avec les professeurs qui dirigeaient des thèses l'an passé, ni avec les étudiants, elle a annoncé qu'elle créait un laboratoire d'éducation comparée, dans lequel elle a promu des maîtres de conférence comme chercheurs d'éducation comparée alors qu'ils sont des didacticiens... Tous les étudiants du présentiel ont été invités à changer de sujet, de directeur de thèse. C'est hallucinant ! On demande à quelqu'un qui travaille sur les enfants doués ou surdoués de faire du comparatisme, après deux ans d'engagement dans ses recherches, des heures de terrains, des centaines de pages écrites !

 

Elle a, en plus, demandé que les étudiants s'inscrivent en même temps dans une fac d'état pour obtenir une "double diplomation". Le fait qu'elle n'informe pas les étudiants en ligne de cette exigence est une discrimination inacceptable, entre les étudiants. Alors que j'essayais de valoriser la recherche à la Catho, elle oblige les étudiants à prendre une seconde inscription à Nanterre, disant que le doctorat de la Catho ne vaut rien !

 

Elle confie des directions de thèse à des maîtres de conférence non habilités, sur des sujets pour lesquels ils n'ont aucune compétence !

Elle oblige des enseignants spécialistes de didactique de la musique ou de l'informatique à diriger des thèses en éducation comparée, alors que les étudiants sont engagés depuis cinq ans en ethnographie de l'école, ou en pédagogie de la personne !

Moi qui ait publié 50 livres sur le thème de l'éducation interculturelle (collection "Exploration interculturelle et science sociale"), donc très proche de l'éducation comparée, je ne comprends pas cette épuration, cet ethnocide thématique. L'ISP qui avait une tradition pédagogique de soixante années se trouve décapité.

 

Un des étudiants du séminaire fait l'hypothèse qu'il y a chez la doyenne une haine de la pédagogie nouvelle, de l'analyse institutionnelle, de G. Lapassade, etc. Je ne pouvais l'imaginer, après avoir vécu avec elle plusieurs colloques tant en France qu'à l'étranger.

 

Tu n'es pas le premier à m'écrire. La plupart des étudiants qui ont travaillé leur sujet sont en désaccord avec la réforme du doctorat de l'ISP. Ils sont encore atomisés. Certains cherchent une solution individuelle au chaos actuel. D'autres commencent à s'organiser. Certains disent qu'ils vont demander le remboursement de leurs frais d'inscription de l'année passée et de cette année. D'autres, mettant en avant le préjudice qu'il y a à se retrouver sur la paille veulent même demander des réparations.

 

Pour ma part, je me suis trouvé mis le 18 novembre devant le fait accompli. J'ai été soufflé !

 

Il faut un peu de temps pour comprendre le but de ce passage à l'acte de la doyenne, apparemment soutenue par le Recteur, qui imagine que ces méthodes vont être appréciées par l'agence d'évaluation des recherches (AERES) !

 

On se trouve en fait dans une situation d'analyse institutionnelle.

 

Pour ma part, bien que terriblement outré par les procédures en cours, je ne souhaitais pas mettre sur la place publique ce qui se passe, mais c'est tellement inédit que je pense que les choses ne peuvent en rester là.

 

En effet, il y a, dans les discours de la doyenne, des aspects vraiment révoltants en matière d'éthique, notamment un mépris pour la recherche, les chercheurs, la relation pédagogique, les personnes des professeurs et des doctorants.

 

Pour ma part, je ne savais pas comment agir. L'an passé, j'avais une excellente relation avec le doyen, Laurent Tessier, devenu vice-recteur. Je m'aperçois qu'il avait compartimenté les niveaux. Les maîtres de conférence enseignaient en master, les profs en doctorat. Maintenant, je ne sais pas s'ils mettent des étudiants pour encadrer le master, puisque ces maîtres de conférence encadrent les doctorats. Je dois constater que je ne connais pas vraiment cette équipe pédagogique sur laquelle la doyenne s'appuie, comme sur une garde rouge !

 

Danielle fait son doctorat sur la mise en place du doctorat en ligne à l'ISP. Cela lui donne de la matière ! Cela fera un bon livre, si on ne l'oblige pas à retirer, à changer son sujet !

 

Tu es le premier auquel j'ose apporter quelques éléments de réponse. Jusqu'à maintenant, j'étais tellement stupéfait que je ne parvenais pas à écrire !

 

Mon retrait n'est donc pas de mon fait. Je n'ai fait que reconnaître et accepter ce qu'a dit la doyenne : "Je ne pourrai jamais travailler avec Remi Hess". Elle est en poste, moi pas. Je devais partir, d'autant plus qu'elle refusait que je fasse circuler mes livres auprès des collègues : "les réunions ne sont pas des endroits où l'on fait sa pub !", a-t-elle dit, alors que je me faisais le plaisir d'offrir mon dernier livre à mes collègues.

 

L'affaire est suivie par toute la corporation des sciences de l'éducation, car mes collègues étaient souvent surpris de mon engagement à la Catho, et ils ne comprennent vraiment plus rien ! En fait, si l'on y réfléchit, on peut voir que ce n'est pas la première fois dans l'histoire de l'institution. En effet, un colloque sur l'histoire de l'ISP a montré l'année dernière que ce genre de psychodrame a été vécu à plusieurs reprises dans l'histoire de l'institution. Le Père Faure, après 10 ans de loyaux services à la direction de l'ISP (1947-57), s'est fait jeter, de la même manière que moi, de l'établissement. Relire sa vie, éditée aux éditions Don Bosco, m'aidera à comprendre la mienne !

 

Du point de vue de l'analyse institutionnelle, ce que je peux percevoir de la place que j'occupe, c'est qu'il y a deux types d'étudiants dans ce doctorat.

 

Certains ont fait de solides études en sciences de l'éducation. Ils sont entrés en doctorat, comme toi, parce qu'ils avaient fait un master brillant, parfois ancrés dans des sujets solides. Ces personnes ont lu parfois jusqu'à 200 livres, ont tenu des journaux de recherche. Certains ont un back ground de 700 pages de journal de recherche tenu sur 4 ou 5 ans, depuis leur M1. En général, ce sont les étudiants que j'ai recrutés.

 

D'autres sont des étudiants qui sont à la Catho pour avoir une carte de séjour. Quand je suis arrivé, il y avait 17 inscrits en doctorat. Patrick Tapernoux, qui me précédait à la responsabilité du doctorat, me dit : "Aucun de ces étudiants ne travaille sérieusement". Ces étudiants, si la doyenne leur dit : "vous changez de sujet !". Ils répondent : "D'accord ! Pas de problème. Ils n'ont pas lu un livre ; ils n'ont pas écrit une ligne en 2 ou 3 ans". Ils sont curés dans une paroisse de Paris. Ils préfèrent être à Paris plutôt qu'à Bamako ou à Brazzaville. J'en ai écouté plusieurs, pendant de longues heures, et si on leur demandait de changer de sujet pour traiter de "la reproduction des fourmis en Andalousie entre 1414 et 1415", ils signeraient tout de suite. En fait, ils ont un sujet, mais ne le travaillent pas. Certains n'avaient même pas de directeur de thèse. Ce n'était pas très important, pour eux

 

Donc, il y a ceux qui sont avec la doyenne, qu'ils soient indigents étudiants ou enseignants. Ils changent de sujet comme de chemise. J'ai été recruté comme didacticien. On me dit maintenant que je suis expert d'éducation comparée, pas de problème. C'est la chef qui l'a dit. A vos ordres !

 

Et puis, il y a une quinzaine d'étudiants qui disent : "Ah, non. Je ne suis pas d'accord. Je n'en ai rien à faire de l'éducation comparée ; moi, ce qui m'intéresse, c'est de faire de l'analyse institutionnelle d'établissement. Et je ne veux pas changer de directeur. C'est avec toi, Remi Hess, auteur de 40 livres sur le sujet qui me concerne que je veux travailler. Que pourrait m'apporter un didacticien de la musique ?"

 

On en est là. La doyenne croit être forte parce qu'elle réussit à faire basculer quinze étudiants en éducation comparée. Je ne pense pas que les experts de l'AERES seront dupes de cette affaire ; pour les connaître assez bien, je crois même qu'ils vont trouver idiot de se séparer des étudiants et enseignants les plus sérieux.

 

Voilà mon analyse.

 

Pour le moment, je vais essayer de rencontrer le recteur. En effet, si 15 étudiants doivent quitter le doctorat, il faut que ce départ se fasse en bon ordre, en direction d'une université qui reconnait le travail déjà accompli et qui n'oblige pas les étudiants à se réinscrire en première année.

 

Est-ce que la Catho d'Angers serait prête à accueillir ce groupe d'étudiants sérieux ?

 

Je vais demander à Constantin Xypas et Bertrand Bergier de bien vouloir servir de médiateurs entre moi et le Recteur d'Angers, à moins que je demande au Recteur de Paris de s'occuper lui-même du dossier. Ce serait à lui de gérer ce problème.

 

Je vais demander conseil à Laurent Tessier. Je vais lui demander de m'obtenir un rendez-vous auprès du recteur.

 

Voilà l'état des choses.

 

Je te tiendrai au courant des développements futurs.

 

En te priant de bien vouloir m'excuser d'avoir peut-être été un peu long, sois assuré de tout mon dévouement pour continuer à suivre ton travail.

 

Bien à toi,

 

Remi

 

 

Le 9 déc. 11 à 11:57, Didier Pauly a écrit :



Bonjour Remi,


J'ai appris par l'ISP et par Danielle que tu quittais le dispositif du doctorat en ligne. C'est bien dommage! Tu as sûrement de bonnes raisons. Je suppose que beaucoup de doctorants se posent la question de leur devenir dans cette structure. 

A partir de là, que peut-il en être d'un doctorat sur l'Analyse institutionnelle dans une organisation comme l'ISP? Qui peut reprendre une direction de thèse sur un sujet aussi engagé quand le  Professeur "historique" de ce thème,  a claqué la porte ! Dans quel état d'esprit sera le prochain directeur de recherche par rapport  aux questions posées par cette situation ?

 
Bien d'autres questions peuvent se poser...


J'espère que j'aurai le plaisir de te lire rapidement.


A bientôt,


Didier

Http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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