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  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 10:22

 

5 – Il y a ceux enfin pour qui, attribuer au régime de Vichy la mort des 76 000 fous internés ferait de l’ombre à la mémoire des 76 000 autres morts, les juifs de France. Ainsi, en réduisant la mort des premiers à un fait divers, leur mémoire passerait à la trappe et ne subsisterait alors que celle des seconds. Et disparaîtrait ainsi une soi-disant concurrence possible des mémoires.


Je me souviens avoir entretenu une correspondance avec un historien, c’était au printemps 2001, à propos de l’abandon à la mort des fous sous le régime de Vichy. Un jour, il m’écrit :

« … l’on m’a beaucoup reproché dans les milieux universitaires d’avoir signé une pétition dans laquelle se trouvaient comparés le sort des Juifs et celui des aliénés. Sur le fond, et pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, vous comprenez que je ne peux évidemment pas souscrire à un tel amalgame ».


Voilà en fait ce que disait la pétition intitulée « Pour que douleur s’achève » : « Alors qu'en Allemagne le nazisme, suite à un décret secret de Hitler et préludant ainsi à d'autres exterminations, éliminait les fous dans des chambres à gaz, mais aussi par un traitement dit «de la faim », en France, le gouvernement collaborateur de Vichy, sans loi ni décret, mais par l'application d'un mot d'ordre discret qui aurait pu être « laissez-les mourir », parvint à peu près au même résultat ». Comparaison ou simple constat ?


Et la pétition ajoutait : « La conduite de la société à l’égard de ceux qu’elle regarde comme différents ou faibles est révélatrice de l'état de sa civilisation en chaque moment de son histoire. Idéologies, politiques, pratiques sociales (et psychiatriques) se retrouvent ainsi dans un ensemble cohérent caractérisant la structure d'une société où l'abandon des malades mentaux, en 1940, rejoint les procédures d'« effacement » des juifs, des Tziganes et d'autres catégories de personnes placées en dehors ou en deçà des normes. Or ce qui condamne la « civilisation » de cette sinistre période condamnerait identiquement la nôtre à l'aube du nouveau millénaire si les “malades sans intérêt” d'hier étaient aujourd'hui maintenus dans leur condition de “morts sans intérêt ” ». Comparaison ou simple constat?


 

Et je répète : Pour moi, la question est : qu’en sera-t-il pour les générations à venir de cette histoire dans une Histoire du régime collaborationniste siégeant à Vichy, elle-même bloquée ou pas encore totalement révélée ? Un simple fait divers, oublié dans dix, vingt ou cinquante ans ? L’enjeu politique aujourd’hui, l’enjeu historique pour demain, est me semble-t-il, là : l’oubli de cette histoire ou son inscription dans la mémoire collective, avec la caractérisation des responsabilités des uns et des autres. Il ne s’agit pas de repentance, sa dénonciation est très à la mode aujourd’hui, mais de reconnaissance.


Mais, soyons optimiste, tabous et censures ne sont jamais définitifs. L’Histoire finit toujours par reconquérir ses droits. Il en va de la responsabilité des journalistes, des historien(nes), de toutes et de tous pour que cela soit aujourd’hui et non au siècle prochain.

 

 

Armand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

http://journalcommun.overblog.com/ 

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