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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 16:57

 

 

 

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LES PRESCRIPTEURS DE « CENSURE » : RAISONS ET PRÉTEXTES

 

Dans le précédent billet il était question de censure et de quelques exemples, incontestables et incontestés, s’agissant notamment de l’abandon à la mort des fous par le régime de Vichy. On ne peut traiter de ce drame sans le remettre dans son contexte historique : le régime collaborateur avec les nazis, antisémite, antirépublicain et qui avait aussi la volonté « de se débarrasser des fardeaux inutiles » (Rita Thalmann) : les malades mentaux internés. On ne peut non plus en traiter sans le remettre dans son contexte idéologique et politique actuel : une certaine revichysation des esprits.

 

Rappels :

- À propos du Monde diplomatique, qui par son appartenance financière au groupe Le Monde peut développer, s’il le veut et il le veut, une ligne idéologique et politique opposée à celle du quotidien mais pour autant ne peut jamais le citer et encore moins le critiquer nommément (voir le billet précédent). Celui-ci a été envoyé à 37 correspondants dans les régions des Amis du Monde diplomatique. Pas un démenti, pas une réaction.

 

L’existence du groupe Le Monde, qui vient encore d’acquérir Le Nouvel Observateur et Rue89, constitue une concentration capitalistique telle qu’elle représente, à mon avis, une menace pour la liberté d’opinion dans les autres publications du groupe. L’État, en limitant son assistance à la presse, « miséricorde souvent mal ciblée » a écrit Serge Halimi, aux groupes ne dépassant pas trois publications traitant d’idéologie ou de politique pourrait contribuer à un peu mieux assurer cette liberté d’opinion. Une loi antitrust s’agissant de la presse en quelque sorte.

 

- À propos de L’Humanité, où le retournement de point de vue sur le sujet - l’abandon à la mort des fous sous le régime de Vichy - a été révélé en 2003, à la mort de Lucien Bonnafé, sous la plume d’Elisabeth Roudinesco censée lui rendre hommage, et qui gomma l’engagement de toute une vie pour la révélation du drame et la reconnaissance des responsabilités du régime de Vichy en la matière. Changement de point de vue confirmé, en 2007, après la publication d’un ouvrage: L’hécatombe des fous de Mme Von Bueltzingsloewen. Révisionnisme sur le sujet que Rivarol a magnifiquement résumé, se fondant il est vrai sur un long compte rendu du Monde, toujours d’Elisabeth Roudinesco :

« Le régime de Vichy est enfin innocenté d’avoir programmé un “génocide”. Celui des pensionnaires des asiles d’aliénés ». Révisionnisme sur le sujet – « Un bon révisionnisme » a ajouté Rivarol - avec l’utilisation d’un argument se voulant décisif chez la psychiatre en rendant compte dans L’Humanité: « le contexte eugéniste ».

 

À L’Humanité, que n’a-t-on lu Le train des fous de Pierre Durand. Résistant à 18 ans, déporté à Buchenwald… et journaliste à L’Humanité de 1947 à 1983. Le « contexte » ? Il n’y avait pas moins, sous le régime de Pétain, d’antisémitisme que d’eugénisme. Faudrait-il alors aussi comprendre et excuser ce régime d’avoir livré le juif de France, enfants et adultes, au nazi au prétexte du contexte ? Que n’a t-on lu alors à L’Humanité la préface de Patrick Tort à la réédition en 2001 du livre de Pierre Durand sous-titré «D’un usage sordide du “contexte” en histoire » : « Deux historiens de Vichy (1), qui en cette occasion ne firent pas preuve d’un grand discernement, crurent décent de voler au secours de leur collègue (2) en évoquant la non-responsabilité directe de Carrel dans la mort des malades mentaux du fait de sa non participation au gouvernement de l’État français, appelant à distinguer entre le « contexte » de l’Occupation et la politique dudit gouvernement dans l’étiologie de cette effroyable surmortalité, niant que les malades aient été «sciemment exterminé par Vichy », mettant en place le système qui servira à d’autres pour innocenter Carrel par ledit « contexte », et tirant de cette recette désespérément banale l’espoir d’une disculpation de l’intéressé et d’un rétablissement de la sérénité académique un instant troublée par l’écho des cris des agonisants (3). Pourquoi donc développant cette logique, nos historiens n’ont-ils pas excusé de même les égarements du Chancelier du Reich, probablement victime lui aussi, et victime éminente du « contexte » ? Il en est quelques-uns en France qui n’aperçoivent l’énormité de ce qu’impliquent certaines de leurs appréciations que si une ironie extérieure l’en fait jaillir. Et qui, dans une marche funèbre, ignorent volontiers le compositeur et le chef d’orchestre pour ne considérer que la responsabilité des exécutants ».

 

(1) Rousso et Conan, Vichy, un passé qui ne passe pas, Fayard, 1994, p. 27 et suiv., et p. 280, texte et note. Une seule citation de l’ouvrage prescripteur de Carrel en 1935 aurait raison de ce discours éhonté contre « les militants tardifs de la mémoire » (sic, p. 280), expression qui mériterait les honneurs d’un journal satirique.

(2) Il s’agissait d’Alain Drouard.

(3) Vichy n’a pas « sciemment exterminé » les malades mentaux. En dépit de cris d’alarme réitérés, Vichy les a sciemment laissés mourir. Cela pour les amateurs de «distinctions» rédemptrices.

 

 

Armand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

http://journalcommun.overblog.com/ 

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