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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 10:35

Les diaristes arpenteurs

 

 

Dans le texte précédent, l’accent est mis sur la liberté dans l’écriture du journal et sur le passage du journal tout court, du journal intime, du journal fourre tout, au journal de recherche. Il faut préciser que cela ne doit pas être compris comme une demande pressante susceptible d’être interprétée comme un devoir scolaire au sens classique du terme. Il ne s’agit que d’une suggestion dans la perspective de la recherche, suggestion soumise à la discussion.

 


Partant du constat que les étudiants qui participent à ce forum des diaristes sont acquis à «la cause» de l’écriture du journal, et qu’ils sont amenés, soit dans leur travail, soit dans la suite des études, à mener des recherches théoriques ou pratiques, j’ai souhaité ouvrir le débat sur comment passer de l’écriture du journal en général à l’écriture d’un journal orienté vers une recherche. Mon propos ne verse pas dans le vague, mais émane d’une pratique concrète de ce que j’appelle la discipline du journal. J’ai fait l’expérience du passage de l’écriture du journal total (5 volumes) au journal de recherche. J’avoue que cela n’a pas été simple car j’étais confronté à la problématique du tri et de la sélection: qu’est-ce qui relève de ma recherche délimitée dans un champ par des frontières réelles et imaginaires. J’ai fini par ne pas choisir en poursuivant l’écriture de plusieurs journaux à la fois en fonction des thèmes et de mes préoccupations au jour le jour. Le journal de recherche m’a servi et me sert toujours de repère, d’appui, d’accompagnement du développement d’un travail sur un sujet, un thème, une problématique ou encore à trouver une réponse à une question précise.


Il m’arrive de comparer l’écriture du journal au travail d’un artisan, qui par des petites touches au quotidien, crée des œuvres. Cela peut paraître paradoxal de citer cet exemple alors que le contexte de notre temps plaide plutôt pour la vitesse, la course et la concurrence…Pourtant, l’écriture du journal au jour le jour, ce qui ne veut pas dire nécessairement tous les jours, permet d’avoir de la distance par rapport au temps qui court; elle permet de le suspendre, voire même d’en faire un sujet de méditation au lieu de vivre le temps comme une aliénation.

Je prends l’exemple du journal de lecture qui est un support qui permet d’établir un type de rapport avec la lecture en interrogeant le texte lu, l’auteur, le style, les idées exprimées dans le texte, l’analyse du texte, le sentiment éprouvé à la suite de la lecture, la position à avoir vis-à-vis des idées ou des propos exprimés dans le livre. Il reste toutefois une question de discernement ou de choix de lecture. Qu’est-ce que je dois lire et pourquoi? Eh bien lorsque j’ai en vue une recherche, une question, une hypothèse, un problème à résoudre, j’oriente mon choix de lecture en fonction de ce type de préoccupation.


Anne-Valérie pose la question de savoir pourquoi on ne demande presque jamais aux élèves leur avis lorsqu’il s’agit de réformer l’école ? Pour tenter de répondre à la question, elle envisage une méthodologie : questions écrites, entretiens, décryptage… Son journal de lecture prendra désormais une direction dans le sens de la recherche envisagée. Le choix de textes à lire se fera en fonction de cette recherche en priorité, mais le journal de lecture peut être maintenu et même poursuivi car il contient des traces de toutes les lectures possibles et imaginables, tandis que le journal de recherche sera centré presque exclusivement sur le domaine de recherche choisi. Je peux dire la même chose à propos du thème choisi par Theano : La dyslexie. Ses observations, ses analyses et ses lectures seront orientées par et vers ce sujet et son journal de recherche en sera le support principal, support qui lui permettra plus tard d’avoir les matériaux à exposer dans sa rédaction du mémoire de recherche en M1.


La recherche est un processus évolutif et complexe dans le parcours de formation. La conception dominante et tranchée de la recherche consiste à décréter que le début de la recherche se fait le premier jour du cours de M1 et se termine par une thèse pour la majorité, sauf pour quelques chanceux qui poursuivent la recherche. Cette conception relève d’une certaine philosophie de l’homme : enfant jusqu’à 18 ans et adulte à partir de cet âge, en somme la vie de l’homme est découpée en tranches : enfance, jeunesse, vieillesse et son rôle est enfermé dans ces schémas. A l’opposé de cette philosophie, nous adoptons une autre conception de l’homme inachevé, théorie développée par Georges Lapassade entre autres. Globalement, la relation pédagogique s’inscrit dans la perspective de l’inachèvement et notre approche de la recherche s’inscrit dans cette même perspective. Cette dimension est à prendre en considération lorsqu’il s’agit, et d’éducation, et de recherche. Anne-Valérie aura sans doute à faire face à cette question lorsqu’il s’agira de répondre à la question de savoir pourquoi l’avis des enfants n’est pas pris en compte lorsqu’il s’agit de traiter de l’école qui est supposée faite pour eux.


Avant de conclure, je rappelle que ce forum, bien qu’il soit dédié aux diaristes, reste néanmoins ouvert aux critiques, notamment aux critiques de ceux qui ont du mal à écrire le journal et aussi de ceux qui s’opposent à cette pratique et qui estiment que l’on peut entrer dans la recherche sans écrire de journal.


Quant aux questions concernant le blog, les irrAIductibles, vous pouvez m’écrire directement à:

benyounes3@wanadoo.fr


Benyounès Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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