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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 16:05

Le relativisme pessimiste. Un IRM (au fil de citations) (1) du Pascal d'Henri Lefebvre (2)

 

 

"Chaque grande tendance théologique - le jansénisme à sa manière, le jésuitisme à la sienne - tente de s'emparer, pour la captiver, de l'individualité naissante." (1954:57)

 

"Nous allons donc étudier les thèmes des Pensées : la condition humaine - la grandeur et la misère de l'homme - l'infini et le fini - le «divertissement» - le Pari. Mais à travers cette distinction des thèmes et cette étude forcément disjointe, c'est un mouvement plus interne et plus profond que nous allons atteindre : celui de la conscience tragique, et de l'œuvre qui s'exprime. Nous verrons d'abord comment Pascal rabaisse l'homme et lui-même. Nous comprendrons ensuite comment en rabaissant le monde et les institutions (l'Etat et l'Eglise), il se met, lui, et avec lui l'individu chrétien privé de tout et cependant grand par sa pensée, au-dessus de ce qu'il transcende : la terre et le ciel. Nous comprendrons enfin comment il obtient la revanche, la compensation et la consolation absolues : l'identité avec Dieu. Non le Dieu vivant ou le Dieu de la vie, mais le Dieu mort ou le Dieu de la mort." (1954:103)

 

"La seule différence entre ces fragments des Pensées sur la misère de l'homme et les systèmes antérieurs - sous l'angle examiné ici - vient de ce que Pascal part de «valeurs», de faits «moraux» non de concepts abstraits ou de faits sensibles.

En vérité, sous l'apparence trompeuse d'une découverte des «structures» du réel humain (pour employer le jargon contemporain), Pascal applique méthodiquement une théorie préexistante." (1954:110)

 

"Une ivresse destructrice - le vertige - gagne Pascal. [...] Entre nous et nous-mêmes, Pascal glisse, lame tranchante et glacée, la pensée de la mort." (1954:121)

 

"Tous : amants déçus, adolescents inquiets devant un monde fuyant sur lequel ils n'ont pas de prise, ambitieux aigris, solitaires vieillis avant l'âge ou par l'âge, femmes inaccomplies, tous, jusqu'à ce que l'humain se réalise dans sa plénitude - jusqu'à ce que la vie sociale dépasse mystères et mystifications et atteigne la limpidité avec la plénitude. Ils trouvent dans les Pensées de quoi détruire et se détruire avec justifications : les articles d'un procès et d'un jugement multiforme sur le monde, l'homme, la vie sociale, et eux-mêmes, surtout dans une période où le déclin d'une société, de ses idéologies, de ses superstructures, rend plus saisissant l'amer tableau tracé par le maître du pessimisme." (1954:126)

 

"Le glissement du relativisme optimiste au relativisme pessimiste se produit donc dans l'interprétation de la nature et du naturel. Après avoir présenté la connaissance de l'infini comme une connaissance première et directe, encore que confuse - une sorte d'intuition ou d'évidence susceptible d'analyse indéfinie et indéfiniment féconde - Pascal retire à sa position initiale toute portée. La lumière naturelle cesse d'être une lumière directe. Seul le mensonge s'offre directement et immédiatement à la pensée humaine." (1954:160)

 

"Il ne voit plus que la mort et la lassitude. Et cela - ironie - dans une société qui commence à s'enliser, à s'immobiliser, et en sortira de sa somnolence qu'après un siècle de torpeur. C'est un être extra-social qui parle pour jeter l'anathème sur la vie et la société. «Cela étant bien compris, je crois qu'on se tiendra en repos, chacun dans l'état où la nature l'a placée.» Voilà le dernier mot lâche de cette sagesse mortelle : ne plus bouger, rester à sa place [...]." (1954: 167)

 

"[...] il utilise le caractère imaginatif de ces pseudo-concepts pour agir : pour persuader. Plus précisément, pour intimider." (1954:176sq)

 

"Pascal [...] peut orienter le choix, pousser l'homme agissant dans un certain sens." (1954:181)

 

"Sa volonté d'anéantir la nature devant le surnaturel, comme le néant devant l'infini, lui enlève la base de sa démonstration. Par exemple, si l'on détruit le désir naturel du bonheur (cf. éd. Br., p. 186), comment souhaiter le bonheur éternel ?" (1954:181)

 

"L'habileté et la ruse de Pascal sont infinies." (1954:193)

 

"Aucune action humaine, même la plus parfaite souffrance, n'a de valeur. Déjà bien auparavant s'étaient anéantis les autres liens, celui de la connaissance, et même celui d'une communauté humaine dans l'Eglise." (1954:216)

 

"A la pensée pascalienne nous pourrons opposer une maxime marxiste qui se formulerait à peu près comme suit : «Considérer les choses naissantes comme grandissantes et même déjà grandi.»" (1954:221)

 

Références :

 

Lefebvre, Henri (1954), Pascal. Tome deuxième, Paris : Nagel, 251p.

- (1949), Pascal. Tome premier, Paris : Nagel, 239p.

 

Leonore Bazinek (laboratoire ERIAC, Université de Rouen)

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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