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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:35

9/01/2011 7 h 15

Robert Wyatt   His greatest misses

 

La grippe s'est abattue sur moi hier après midi. Je suis donc ralentie. Incapable de lire et de me concentrer correctement. Hier après midi, je me suis dit qu'au moins je pourrais tenter de trouver des textes qui pourraient me permettre de replacer la pensée de Lapassade dans son contexte. J'ai repris sa biographie : fréquente les existentialistes et le Quartier Latin à la période de l'après guerre, la contre culture des années 60. Et puis de fil en aiguille j'en suis arrivée à Mai 68 et Vincennes. J'ai tiré quelques documents que je lirai plus tard.

 

Un peu plus tard, incapable de tout, j'ai regardé un reportage sur Arte sur Martin Luther et la naissance du protestantisme. Il était très bien fait et il m'a permis de faire des liens avec l'émergence de la pensée des grandes figures de la pédagogie Schleiermacher, Pestalozzi et Herbart.

 

Ce matin, non sans mal, j'ai travaillé sur le premier chapitre de L'entrée dans la vie, la prématuration. Mon ressenti est que dans ce chapitre, Lapassade nous invite à un déplacement. Alors qu'on éclaire d'habitude le destin (est-ce le mot?) de l'homme d'une certaine manière, celui de sa perfectibilité (je retrouve un élément étudié précédemment chez Rousseau), d'un but : être adulte. Lapassade propose, après d'autres (Bolk et Fromm) de pointer son inachèvement.

 

Chapitre premier : la prématuration pp17-32

 

Il part de la constatation que « L'homme naît inachevé» et que son développement d'une part nécessite des soins et d'autre part n'est pas linéaire. L'enfance serait la période qui permettrait d'achever le processus, d'arriver à l'âge adulte. Les philosophes des Lumières et notamment Rousseau auraient construit leur pensée sur cette idée de perfectibilité, d'éducabilité de l'homme.

 

L'adulte serait l'avenir de l'enfant.

 

Lapassade propose un déplacement en s'appuyant sur l'exemple d'un batracien, qui sous sa forme têtard s'appelle l'Axolotl et sa forme achevée, adulte, l'Amblystome. Dans certains pays, on constate que l'Axolotl a réussi à se reproduire avant même d'avoir acquis sa forme achevée, créant ainsi une nouvelle espèce néotène. La forme adulte, achevée serait donc son passé et non son avenir.

« Si le néotène est un adolescent qui a remplacé l'adulte, le progrès évolutif n'est plus la conséquence d'un perfectionnement continue des formes adultes. Au contraire : une nouvelle espèce peut naître d'une enfance conservée et substituée à la maturité. Dans l'histoire des vivants, l'enfant peut succéder à l'adulte au lieu de le précéder. » (1)

 

Lapassade se demande si il est possible d'appliquer cela à la nature humaine. Si l'homme était achevé, il n'y aurait plus de progrès car il serait adapté à son milieu, il n'aurait plus besoin d'inventer.

 

Citant Fromm, Lapassade souligne « La vie entière de l'individu n'est rien d'autre que le processus de donner naissance à soi-même : en vérité nous serons pleinement nés quand nous mourrons. »

 

Je regrette d'avoir le cerveau ralenti maintenant. Je sens bien cependant le basculement que cette découverte entraîne. Alors au plus simple je pense à trois exemples :

 

- j'ai une amie qui courre après la maturité. A chacune de mes visites, elle me raconte comment elle pense avoir trouvé la personne ou le moyen d'y arriver. A chaque fois c'est différent. J'aime assez l'entendre me raconter ses cheminements mais je me suis toujours dit qu'elle n'arriverait jamais à trouver ce qu'elle dit chercher, une sorte de repos.

 

- lorsque je lis les journaux des autres et même lorsque je relis le mien, je suis toujours surprise par cette enfance qui se montre. Je ne sais pas comment dire, mais même si les sujets sont sérieux, élaborés, des fois violents, le mouvement qui s'y lit, montre l'enfance qui persiste, une certaine fraîcheur qui découvre et redécouvre encore.

 

- à Noël, je suis allée dans ma famille et un matin très tôt, nous nous sommes retrouvés avec mon père dans la cuisine. Il a 79 ans. Je lui racontais que cela me faisait bizarre d'être maintenant la plus âgée dans l'un des services dans lequel je travaillais, que c'était le regard des autres qui me le signifiait et que même si mon avancée dans la vie m'entraînait à écarter certaines expériences, je ne me sentais pas vieille. Avec son regard fatigué, il m'a dit que pour lui aussi, c'était la même chose, même si pour lui, les limitations physiques s'ajoutaient au regard extérieur. Il disait qu'il avait changé tout en se sentant toujours le même.

 

(1) p 26

 

Hélène M.

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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