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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 15:27

7/01/2011 3 h 45

Gluck, Orphée et Euridice

 

Hier soir, j'ai relu les 55 premières pages de mon journal. Il en fait 121 à ce jour. Je n'ai rien retouché, juste relu.

 

J'ai constaté que j'étais en permanence en déséquilibre dans ce que j'y mettais, ça change tout le temps.

- Des fois c'est très proche du journal intime, notamment au début. Puis je tente de faire coller, de mettre en relation ce que j'apprends avec ce que je vis. C'est notamment ce que j'ai essayé avec le collectif.

- Ensuite, c'est la relation entre la lecture des cours ou de livre et l'écriture du journal qui évolue. Ma première approche a été de lire, de prendre des notes manuscrites et à partir de ces notes d'en faire une synthèse pour poster sur le forum et noter dans mon journal. Puis, je me laisse happer par Montaigne où je sors de l'écriture à vif, je fais un récit de mon travail et des connaissances que j'ai recueillies. J'ai pris beaucoup de plaisir à faire ce récit mais cette distance de temps entre la lecture et l'écriture me trouble, je n'ai plus l'impression d'écrire un journal. Après Luca nous demande de faire un compte rendu des livres que nous avons lu et je tombe sur Lapassade et Groupes – organisations - institutions. Et là, j'abandonne le passage par des notes manuscrites et une retransformation pour l'écriture du journal. Je lis et prends mes notes directement sur mon journal ce qui lui enlève de l'intérêt pour un lecteur extérieur et pour moi. En effet, je perds cette digestion de la synthèse. Je crois aussi que la décision prise de retrancher mes réflexions des acquis de la lecture est une grossière erreur. Du coup, le mélange ne se fait plus. Je crois que plusieurs considérations se sont mêlées :

- la découverte de cet auteur et du contenu de l'ouvrage : c'est un choc! L'introduction de Remi Hess et l'avant propos de Lapassade m'emballent. Je voulais y travailler sérieusement car j'estimais fondamentales les connaissances qu'il m'apportait et je voulais en faire une approche systématique, pouvoir retrouver ultérieurement ces connaissances. Et puis c'était un approfondissement du cours, cette lecture était destinée à pouvoir en faire une synthèse sur la séquence du cours s'y rapportant.

- l'ouvrage est difficile à lire, il demande beaucoup de concentration pour le comprendre. Du coup, je colle au texte dans mon journal, je m'y accroche.

- le temps : il passe, passe et j'ai abandonné le travail sur les autres matières. Je veux finir ce livre avant de passer à autre chose. Cette lecture commence le 27/11/10 et est interrompue une première fois le 11/12/2010 lorsque Luca nous apporte le texte du livre de Lapassade, l'Arpenteur et sur lequel je mets à travailler. Je reviens à Groupes-organisations-Institutions le 20/12/10 et j'arrête le 22 car les pressions de validation se font sentir.

 

Bref, en attendant, j'ai pris le pli de ne plus passer par des notes manuscrites de mes lectures pour écrire dans mon journal et c'est une erreur. Un de ces objectifs de digestion des connaissances est perdu

 

Intercalée avec Groupes-organisations-Institutions, il y a la lecture de L'Arpenteur.

 

Après le choc, c'est la claque et une grande exaltation. Je lis ce livre d'une traite sans prendre de notes.

 

C'est un bijou ce livre, il m'a rendue folle (il n'y a pas besoin de pousser beaucoup, mais Luca a eu vite fait de me remettre à la raison). Comme je me suis engagée à travailler avec une autre étudiante, j'y reviens. Je garde le pli de coller à la structure du texte mais comme j'ai l'acquis d'une première lecture, je peux m'en dégager un peu.

 

Augustin revient après une longue absence et passe sa commande pour la validation. En plus du journal, il faut lui rendre une note sur un ouvrage choisi dans une liste. Nous devons lui proposer deux choix et je n'en propose qu'un. Il l'accepte, je suis coincée. Il me faut en contre don valider sa matière. Avancer sur le cours que j'ai abandonné et lire L'entrée dans la vie. Je repars sur les grandes figures de la pédagogie mais mal. Tiraillée entre le temps qui passe et l'envie de les découvrir correctement. Je me laisse embarquée par la vie de Pestalozzi, si riche et pleine de rebondissements. Mais le mauvais pli de la prise de notes directes dans mon journal s'est installé.

 

L'heure du bilan a sonné notamment par une remarque d'une étudiante sur le forum des grandes figures et que je prends pour moi sans savoir si c'est le cas ou non.

 

J'ai vu aussi à la relecture de mon journal la manière dont je suis déstabilisée facilement par les interventions sur les forums, qui me donnent de l'énergie ou m'abattent totalement. Mes différents abandons, les décisions que je prends, celle que je tiens et celles que je ne tiens pas.

Je me décourage vite, je me bats en permanence.....

 

Mon journal est chaotique, comme moi. Je m'emballe, je m'enflamme quand je découvre, je me recroqueville et m'éteins à la moindre contrariété.

 

Je me rends compte à quel point il m'est difficile de gérer mon rapport au savoir et à l'institution. Cette envie de connaître et que ça me serve et le but institutionnel de cet enseignement qui est d'obtenir une licence et qui impose des contraintes de forme et de temps contre lesquelles je me révolte en permanence. Mais, je prends conscience aussi qu'elles sont importantes ces contraintes, qu'elles cadrent mes délires, mes obsessions et que ce n'est pas pour rien que j'ai besoin de cette institution. C'est un peu comme les murs du service d'hospitalisation sous contrainte dans lequel je travaille. Les patients psychotiques s'y heurtent en permanence, se révoltent contre l'enfermement et lorsque nous voulons les faire passer en service ouvert, ils refusent, veulent rester avec nous. Il y en a même qui posent des actes en service ouvert, cassent des portes, insultent les soignants, vont se saouler pour pouvoir revenir avec nous. Je me rappelle d'un patient, M., il était rentré chez lui depuis une semaine et il m'appelle au téléphone. Il me dit : « Hélène, il faut que vous me fassiez rentrer dans le service, signez-moi une HDT » et moi de lui répondre : Mais M, ce n'est pas possible, il n'y a pas de raison, il faut demander une hospitalisation en service ouvert, je peux voir ça avec le médecin », « je ne veux pas aller en service ouvert ». Alors il a bu et est allé avec un fusil chez le voisin qui a téléphoné à la gendarmerie et M. a réintégré notre service.

 

Alors, je crois que je suis un peu psychotique du côté des études, je n'étudie bien que sous contrainte, tout en me battant en permanence contre celle-ci.

 

Je suis impressionnée par la puissance du journal en tant qu'outil de formation.

 

Je me rappelle que j'avais tenté de le mettre en place avec une stagiaire en 2006, après avoir fait ma formation de formateur de terrain et découvert le livre de Remi Hess. On me l'avait confiée (on me confiait souvent les stagiaires à problème...) du fait de ses difficultés à écrire, de son absence de recul et de réflexion sur la formation. J'étais pleine d'enthousiasme pour cet outil et j'étais convaincue que cela allait l'aider. Mais je crois qu'on ne peut se servir de cet outil en tant que formateur que si, soi-même on en connaît la puissance. Or moi, je ne connaissais que la pratique du journal intime. En cours de formation, nous avons découvert qu'elle préférait les relations plus proches avec les patients, l'aide au quotidien, aider à ranger le logement, les papiers, aller faire des courses avec eux. Et moi, je n'ai pas réussi à accepter cette découverte qu'elle avait fait grâce au journal, je tentais de me battre pour qu'elle puisse passer en troisième année alors que j'aurais du l'accompagner dans un changement d'orientation. J'ai considéré cela comme un échec, alors qu'avec le journal, elle avait cheminé et trouvé sa voie.

 

Le temps passe et que je vais devoir me préparer pour aller travailler et je n'ai pas le temps de finir ce premier bilan d'étape : je note vite fait ce dont il ne faut pas que j'oublie quand je continuerais : journal brouillon (officiel/officieux), journal de travail, dissociation. Mettre des critères d'écriture du journal pour ne pas perdre l'objectif, les moments de vie, l'espace potentiel de Plazza; le tiers à qui on s'adresse, m'objectiver en objectivant ce qui m'objective.

 

Hélène M.

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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