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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 14:22

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 8

 

QUESTION « RESPONSABILITÉS »

 

À la fin de la guerre, quelques psychiatres, Lucien Bonnafé notamment, tentèrent d’attirer l’attention sur cette « chose » : la mort de dizaines de milliers de malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France pendant la Seconde Guerre mondiale. En vain. Il faudra attendre 1987 pour que ce « trou noir » de l’histoire de France refasse surface. À cette date en effet, un psychiatre – Max Lafont – décida de publier les résultats d’une thèse réalisée en 1981. Scandale ! Il s’agissait alors d’un « lourd secret de famille » qu’il fallait taire ou n’évoquer qu’à voix basse. 

À propos des responsabilités ? Vichy ou l’institution psychiatrique, ou ni l’un ni l’autre (seulement la faute « à pas de chance »), est le point central du débat. Personne en effet ne remet en cause les morts ni la raison essentielle de l’hécatombe : la famine. 

Pour Henry Rousso, en 1989 (Vingtième siècle. Revue d’histoire) dans une analyse de 5 000 signes (espaces compris) il s’agit d’un problème « mal connu et qui ressort visiblement plus de l’histoire de l’institution psychiatrique elle-même que de celle d’un régime politique ». Pour Olivier Bonnet et Claude Quétel, autres historiens, dans une étude de 1991 (Nervure), leur réponse implicite est : « triste résultat des circonstances», ou, en d’autres termes, « pas de responsables ». Seules, des circonstances fâcheuses… auxquelles on ne pouvait rien. Points de vue, non démontrés, opposés à celui de Max Lafont.

 

Pour Mme von Bueltzingsloewen également, en 2007 dans L’hécatombe des fous, les 76 000 morts de faim recensés par Bonnet et Quétel : « triste résultat des circonstances ». Pour elle, Vichy « en faisant le choix de la collaboration, a fait celui de céder aux exigences grandissantes de l’occupant nazi qui a pu organiser le pillage systématique du pays pour soutenir son effort de guerre. Et donc prit le risque de compromettre la survie d’une partie de la population française ». Pour autant, rien ne « permet de conclure à une implication directe des autorités vichystes dans la mort des malades mentaux ». Ce qui est le degré zéro d’une analyse en Histoire. “Si ma grand mère en avait, je l’appellerais grand père” nous dit-elle ou, en d’autres termes, “si Pétain, Darnand, Laval et les autres en avaient, je les appellerais résistants”. Mais ces derniers, ils avaient fait le choix de la collaboration et de la soumission aux volontés du régime nazi, et non l’inverse.

 

On a vu, et on le reverra, que dans ce choix, Vichy avait mobilisé des intellectuels, devenus idéologues officiels du régime, justifiant et légitimant les lois et les actes d’ «effacement » et des juifs de France et des malades mentaux internés dans les hôpitaux psychiatriques. On a vu qu’une circulaire ministérielle de mars 1942, sous Darlan, refusait d’accorder des suppléments à la ration alimentaire des malades mentaux : « supplément qui ne pourrait être prélevé que sur les denrées déjà trop parcimonieusement attribués aux éléments actifs de la population ». On a vu qu’un Directeur régional de la Santé (représentant direct du ministre) préconisait en mai 1942, sous Laval, de ne nourrir que « les malades récupérables, c’est-à-dire ceux qui […] pourront […] reprendre leur place dans la société et leur activité antérieure : ce sont ceux là qu’il convient de réalimenter».

 

Lucien Bonnafé, voulant pointer la responsabilité essentielle de Vichy dans la catastrophe, lança cette formule, en forme de boutade : « responsabilités partagées, 51 % pour Vichy, 49 % pour l’institution psychiatrique ». Mais cela est peut-être une manière réductrice d’engager le débat. “Responsabilités partagées” disait Bonnafé. Certes. Mais le fonctionnement de l’institution psychiatrique sous l’occupation, s’il laissait beaucoup à désirer pour des raisons évidentes, on ne peut pour autant lui imputer la responsabilité de la mort des malades mentaux, morts de la faim, de froid et des maladies qui s’ensuivent. Le ravitaillement et les autres approvisionnements relevaient uniquement du pouvoir politique. Ce qui est certain, c’est qu’avant-guerre on n’y mourait pas de faim.

 

Les hôpitaux psychiatriques et le personnel y travaillant n’étaient pas responsables si, dès 1940, les malades mentaux internés étaient les grands oubliés des attributions en tickets de rationnement supplémentaires (évalués, insuffisamment, à 400 calories par jour). Les hôpitaux psychiatriques et le personnel y travaillant n’étaient pas responsables si, malgré les protestations véhémentes de certains médecins (dès le printemps 1941), les malades mentaux (les 2/3 étant déjà morts) ne bénéficièrent qu’en décembre 1942 de suppléments, nettement insuffisants, évalués à environ 200 calories par jour, ce qui ralentit mais n’arrêta pas l’hécatombe et conduisit à la mort du dernier tiers des malades. La responsabilité de la famine régnant dans les hôpitaux psychiatriques incombait, sous le régime de Vichy, au pouvoir politique de l’époque et seulement à lui. À 100%. Pas à la plupart des médecins, des infirmiers et du personnel, même administratif, des hôpitaux psychiatriques. Ce qui aurait été pour ceux-ci scier la branche sur laquelle ils étaient assis. 

Quand Henry Rousso attribue la responsabilité totale des 76 000 morts à l’institution psychiatrique, on oublie un peu que derrière l’institution il y a des femmes et des hommes. C’est-à-dire des équipes soignantes (médecins et infirmier(e)s) et des équipes administratives. Tous fonctionnant dans le cadre de règlements et de lois fixés par d’autres hommes : les pouvoirs (État, ministres, administrations, les représentants de ceux-ci dans les Régions, etc.). Pour moi, j’indique dans « L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy » que sous l’Occupation il y a eu des psychiatres et du personnel soignant qui ont fait quelque chose pour remédier à la famine (par exemple Balvet, Bonnafé, Tosquelles à Saint-Alban-sur-Limagnole), d’autres qui ont essayé de faire quelque chose (par exemple à Montdevergues-les-Roses comme on peut le voir dans le livre qui vient d’être cité) et d’autres qui ont été lâches. Comme ailleurs.

 

Je n’ai pas de statistiques concernant les proportions des uns et des autres, mais s’agissant d’autres institutions ou corporations, celle des sociologues par exemple (autre « lourd secret de famille »), une étude récente montre qu’il y avait approximativement 1/3 de Collaborateurs et 1/3 de Résistants. Le 1/3 restant n’étant ni l’un ni l’autre.

 

Armand Ajzenberg

 

 

Autres informations :

 

1. Je vous souhaite une bonne lecture de mon récit en espérant qu'il vous plaira et que vous saurez alors recommander son lien http://xpatny.free.fr à vos amis, proches, et contacts professionnels.

 
Je vous en remercie d'avance.


Cordialement, 

Francis Dumaurier

www.imdb.com/name/nm0241500/ 
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2. DE ANNE M. GERITZEN, Producer RTBF / Vice Présidente de La Pensée et les Hommes/ Contempory Painter.

 

Je fais suivre vos chroniques très pertinentes.


Merci de bien vouloir me soutenir dans mon travail….

 
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http://www.facebook.com/pages/GeritzenArt/330266173685647 
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3. De Armand Ajzenberg

 
RAPPEL 
Mes chroniques diffusées jusqu’à ce jour ont été réunies dans un document unique au format PDF intitulées CHRONIQUES POLITIQUEMENT INCORRECTES (1).

Autour de “L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy” ». En effet, la graphie autorisée par Linkedin est limitée : pas d’italiques, pas de soulignement possible ni de gras… Les chroniques regroupées dans ce document sont ainsi plus faciles et agréable à lire.

 

Le sommaire en est le suivant :

 
1 - Entre Résistance et Collaboration… sous Vichy. Un exemple politiquement incorrect. 

 
2 - Idem (suite).

 
3 – Socialement « irrécupérables », donc « inutiles ».

 
4 - Unité de l’eugénisme, du racisme, de l’antisémitisme et mythe de leur incomparabilité. 

 
5 – Belle excuse : « c’était dans l’esprit du temps ».

 

Ceux qui souhaitent recevoir ce document peuvent me le demander via Linkedin. Il leur sera envoyé via leur adresse Mail qui figure dans le profil Linkedin de chacun. 

On peut également voir et télécharger ce document sur les sites suivant :


http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2013/05/20/chroniques-politiquement-incorrectes-1-autour-de-labandon-a-la-mort-de-76-000-fous-par-le-regime-de-vichy/ 

http://pierre.assante.over-blog.com/article-chroniques-politiquement-incorrectes-l-abandon-a-la-mort-de-76000-fous-par-le-regime-de-vichy-117772596.html

 

 

Transmis par Armand Ajzenberg

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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