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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 09:47

 

(...)

 

Une autre piste était et est toujours à explorer : « Cette circulaire dite « Bonnafous » est une "preuve" de l'"innocence" de Vichy pour les uns ["la preuve absolue, la seule, de ce que Vichy n'avait aucune volonté génocidaire s'agissant des fous internés" pour Mme von Bueltzingsloewen, écrit l'auteur p.78], qui serait "contrebalancée" par une autre "preuve" qui est ce courrier de mai 1942 - découvert par S. Odier - d'un Directeur régional de la Santé et de l'Assistance (XXe région) [du « Secrétariat à la Santé », écrit Robert Redeker dans Le Web de L'Humanité du 20 novembre 2000 après M. Lafont, L'extermination douce, 2000, p.254 :

« Secrétariat d'État à la Santé (XXIIe région) cabinet du Directeur Général »] adressé au directeur de l'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève, recommandant aux médecins de désigner les bénéficiaires d'un régime de réalimentation en fonction de leur curabilité (p.56), ce qui, implicitement, revient à "laisser mourir" les autres » écrit encore dans son analyse Michel Caire.

 

Mme von Bueltzingsloewen n’a pas emprunté cette piste, et pour cause : « Les positions de S. Odier sont aisément récupérables. En 2005 encore, il conclut son article paru dans le collectif “Morts d’inanition”. Famine et exclusions en France sous l’Occupation par cette phrase pour le moins ambiguë (p.93) : Si l’État français n’a pas particulièrement cherché à exterminer les malades mentaux internés, il paraît en revanche relativement évident qu’il ne les a pas suffisamment assistés et ce, en toute connaissance de cause » écrit-elle. Il est vrai que Samuel Odier « … compte d’ailleurs parmi les signataires de la pétition Pour que douleur s’achève ». Ses travaux « sont infiniment mieux accueillis par tous ceux qui cherchent une caution scientifique à la thèse de l’abandon à la mort » dit-elle encore. De plus, il « est d’ailleurs le seul historien à trouver grâce aux yeux d’Armand Ajzenberg… ». Ce Samuel Odier, il a vraiment beaucoup de défauts. On peut ici apprécier l’objectivité de l’historienne, sa scientificité et son honnêteté intellectuelle.

 

Ce que l’historienne ne dit surtout pas, c’est qu’à cette date le cours de la guerre changeait.


Von Paulus était encerclé dans Stalingrad. Les américains avaient débarqué en Algérie et au Maroc. En France, les attentats contre les troupes allemandes et la Collaboration se multipliaient et la Résistance s’organisait. Laval était un pragmatique et il lui fallait autant que possible conserver la cohésion du peuple français pour pouvoir poursuivre sa politique de collaboration avec les nazis. L’attribution de quelques suppléments alimentaires, en quantité insuffisante et trop tardive, est un revirement par rapport à une circulaire précédente qui les refusait. « Dans les conditions actuelles, il est difficile de faire obtenir à ces malades un supplément à la ration qui leur est octroyée, supplément qui ne pourrait prélevé que sur les denrées déjà trop parcimonieusement attribuées aux éléments actifs de la population, en particulier aux enfants et aux travailleurs » disait en effet une circulaire du 3 mars 1942 et elle est à rapprochée du courrier retrouvé par Samuel Odier, et peut-être inspiré par cette circulaire. L’attribution de quelques suppléments était donc une marche arrière, et il y en eut d’autres, similaire à celle qu’avait effectué Hitler en 1941 quand il interrompit le gazage des malades mentaux en Allemagne, suite également à des protestations. Il continua les mises à mort par d’autres méthodes, gardées secrètes. Mais il lui fallait avant tout conserver la cohésion du peuple allemand.

 

Il y a au moins doute quant aux raisons ayant poussé Laval a accordé quelques suppléments alimentaires aux internés des prisons et des asiles psychiatriques. Ce qui semble certain, c'est que Max Bonnafous n'y était pour rien. Ce qui est non moins certain, c'est que des recherches restent à effectuer, s'agissant aussi bien des détails que de toute l'histoire. Et cela ne relève plus seulement des historiens mais d'une recherche interdisciplinaire : historiens certes, mais aussi philosophes, sociologues, anthropologues, etc... et praticiens de la santé.

 

ooooo

 

Pour moi, la question est : qu’en sera-t-il pour les générations à venir de cette histoire dans une Histoire du régime collaborationniste siégeant à Vichy, elle-même bloquée ou pas encore totalement révélée ? Un simple fait divers, oublié dans dix, vingt ou cinquante ans ? L’enjeu politique aujourd’hui, l’enjeu historique pour demain, est me semble-t-il, là : l’oubli de cette histoire ou son inscription dans la mémoire collective, avec la caractérisation des responsabilités des uns et des autres. Il ne s’agit pas de repentance, sa dénonciation est très à la mode aujourd’hui, mais de reconnaissance.

 

Mais, soyons optimiste, tabous et censures ne sont jamais définitifs. L’Histoire finie toujours par reconquérir ses droits. Il en va de la responsabilité des journalistes, des historien(nes), de toutes et de tous pour que cela soit aujourd’hui et non au siècle prochain.

 

 

Armand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

http://journalcommun.overblog.com/ 

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