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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 09:42

 

(...)

 

La presse écrite est en crise. Le quatrième pouvoir s’effrite. Également je crois pour les raisons évoquées ci-dessus. Cependant, en dehors du sort réservé à notre livre, qui n’est qu’un exemple – et exception faite du cas singulier de « L’Humanité » - c’est la question générale de l’assujettissement d’une partie de la presse à un journal privé, certes « d’élite, sûr de lui-même et dominateur », qui est posée. On a là des exemples de censure à propos d’un même sujet. Bizarre, non ? Pire, c’est ce même assujettissement de fait d’une partie des médias de service public à ce même journal privé qui est aussi posé et qui devrait aussi faire débat.

 

Ceci dit, ce billet n’a pas pour objet d’agresser les journalistes, ni ceux des publications citées ni les autres, mais de les interpeller. Ce qui y est dit ne sont pas affirmations gratuites mais sont à chaque fois, je crois, démontré. Censures, et tabous, traduisent la difficulté qu’a notre société encore aujourd’hui à se mettre à jour avec un passé pas toujours glorieux. D’où la précipitation des médias cités, et de tous les autres, à avaliser la thèse d’une historienne exonérant de ses responsabilités le régime de Vichy dans l’abandon à la mort de dizaines de milliers de malades mentaux. Sans preuve.

 

L’historienne ? C’est bien sûr de Mme Von Bueltzingsloewen qu’il s’agit. Sa preuve, elle la résume ainsi (« Le Monde », 25 juillet 2010) : « Non… La preuve que Vichy n’a pas voulu les exterminer, c’est la publication, en décembre 1942, de la circulaire «Bonnafous» (du nom de Max Bonnafous alors ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement). Ce texte, précisément, attribue aux malades des suppléments alimentaires qui permettent de faire reculer la mortalité dans les asiles ». Circulaire qu’elle attribue à l’influence de la femme de Max, psychiatre.

 

Ce que l’historienne ne dit pas, c’est que le ministre en question, à cette date et depuis un certain temps ou un temps certain, avait quitté son épouse. Pour une actrice célèbre : Gaby Morlay. Ils abritèrent alors leur bonheur dans une villa de la Côte d’Azur.

 

Ce que l’historienne dit dans son livre mais ne commente pas, c’est que les pensionnaires des prisons, qui mouraient pareillement aux fous, bénéficièrent de suppléments alimentaires quelques jours avant la fameuse « circulaire Bonnafous ». Ce qui donne à penser que la décision n’émanait pas d’un ministre mais venait de plus haut : d’une décision de Pierre Laval peut-être ?

 

Le psychiatre Michel Caire, dans son analyse de «L’abandon à la mort… » écrit : « Préférée à la « fable Bonnafous », « l'hypothèse Heuyer » fait l'objet d'un développement intéressant (pp.81-99). A. Ajzenberg nous rappelle que le président Laval avait commandité auprès de son ministre de la santé Raymond Grasset la création d'un « Conseil technique de l'enfance déficiente et en danger moral », où siègeront Louis Le Guillant, médecin directeur de l'hôpital de La Charité, Jean Dublineau et Georges Heuyer, qui tous trois réclamèrent par ailleurs des mesures pour sauver les malades des hôpitaux psychiatriques. L'auteur postule que ces trois importantes personnalités purent, avant-même la mise en place de ce Conseil (25 juillet 1943) faire des démarches auprès de l'autorité centrale : Heuyer lui-même "fréquenta Vichy dès 1941" (p.83). Laval, tenant à ce projet, aurait ainsi par intérêt, "nécessité politique" oblige, accordé ces suppléments alimentaires.

 

Nous avions nous-mêmes suggéré le rôle possible des psychiatres membres du Conseil Supérieur de l'Assistance de France, avec les docteurs Georges Demay, Paul Gouriou, Charles Perrens et Jean Lauzier notamment (voir sur ce site : Pages d'histoires : Sous l'Occupation : Hécatombe par carence). Il pourrait être intéressant par ailleurs d'étudier celui de la Société de médecine légale, qui tint sans discontinuer ses séances sous l'Occupation, comme le fit la Société médico-psychologique ».

 

Ce que l’historienne ne dit pas, c’est qu’à la date de cette circulaire les 2/3 des 76 000 malades mentaux (chiffre total) étaient déjà morts, et que le dernier tiers de ceux-ci mourra encore après la circulaire, toujours de faim, de froid et des maladies qui s’ensuivent.

 

 

Ce que l’historienne ne dit pas, c’est que c’est le ministre Bonnafous qu’il a fallu apparemment convaincre car il s’opposait, depuis plusieurs mois, aux attributions de suppléments alimentaires demandées par le secrétaire d’État à la santé, suite aux réclamations des milieux psychiatriques. « J’ai l’honneur de vous faire connaître que les démarches effectuées depuis plusieurs mois auprès du Secrétaire d’État à l’Agriculture et au Ravitaillement en vue de l’attribution supplémentaire de denrées contingentées viennent d’aboutir » est-il écrit dans la circulaire du 4 décembre 1942. Qui est le menteur ou la menteuse ?

 

 

 

Armand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

http://journalcommun.overblog.com/ 

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