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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 14:19

(...)

 

Troisième exemple, le plus surprenant

 

 

On comprend moins le silence de « L’Humanité », qui elle aussi a reçu un service de presse (Patrick Apel-Muller), à propos de « L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy ». Censure pour d’autres prétextes que ce qui a été décrit précédemment.

 

« L’Humanité » avait été, en mars 2001, le seul quotidien à publier intégralement une pétition sur le sujet – « Pour que douleur s’achève » - et « L’abandon à la mort… » est à situer dans son sillage. Elle en fit alors un événement : un bandeau en première page et deux pages intérieures. « Le moment n’est-il pas venu aussi de percer à jour, comme le demandent les signataires, “l’enchevêtrement des responsabilités” qui ont permis le crime ? Si tant est, comme le souligne Lucien Bonnafé (…) que “le comportement d’une société à l’égard de ses rejetés est (toujours) un signe incisif de son degré de civilisation”. Hier, comme aujourd’hui… » écrivait ce jour là Jean-Paul Monferran. Ce qui reste d’une singulière actualité.

 

« Je me félicite de la relance de la campagne pour ramener à la mémoire publique l’abominable “traitement final” de ces quarante mille “fous” durant le régime de Vichy», écrivit alors le philosophe Lucien Sève. « On ne peut oublier cette hécatombe. L’action aujourd’hui contre l’oubli et pour les droits de l’homme est partie prenante du combat des communistes et des gens de coeur pour l’émancipation humaine. Dans cet esprit en tant que dirigeante du PCF ayant en charge la coordination des activités pour le développement des libertés et des droits de l’homme je souscris complètement à votre appel » ajouta Nicole Borvo Cohen-Seat qui fut longtemps présidente du “groupe communiste, républicain et citoyen” au Sénat. Cependant, «L’Humanité» à la mort de Lucien Bonnafé, en 2003, gomma complètement l’extermination douce des fous sous Pétain, Darlan, Laval dans la page qu’elle consacra au psychiatre. C’était pourtant le dernier témoin vivant de ce drame et un acteur important et constant pour la reconnaissance des responsabilités de ce régime dans le drame. Ce silence est critiqué dans le livre. Pas un mot dans « l’Humanité » de ce qui avait été l’un des grands combats de Lucien Bonnafé, tout au long de sa vie. Mensonge par omission ? Ainsi en tout cas s’en sont allées ce jour-là dans « L’Humanité » la rigueur historique, et le respect dû à la mémoire d’un mort.

 

On peut s’étonner ici de ce que « L’Humanité » se soit prêtée à ce jeu : l’occultation d’un fait historique et d’une partie de la biographie d’une personnalité communiste, pratiques relevant d’un autre âge. Il est vrai que «L’Humanité» se rangea ensuite, à la sortie d’un livre qu’elle loua, à la thèse d’une historienne exonérant le régime pétainiste de toute responsabilité dans l’extermination douce des fous pendant la guerre : « … à la différence de l’Allemagne nazie, qui a froidement et scientifiquement organisé l’extermination des malades mentaux, le régime de Vichy n’a pas « programmé » cette hécatombe des fous. Néanmoins, il est indubitable que le contexte eugéniste de l’époque n’a pas été sans effets sur la manière dont les hôpitaux psychiatriques ont eu à pâtir, beaucoup plus que les hôpitaux « normaux », des restrictions dues à la guerre et à l’Occupation allemande » pouvait-on lire dans « L’Humanité » du 30 mars 2007. On comprend mieux alors le silence de «L’Humanité» à propos de « L’abandon à la mort… ». Ce livre est-il pour autant inintéressant ? Le sujet épuisé?

 

Le contexte comme prétexte ? Il n’y avait pas moins, sous le régime de Pétain, d’antisémitisme que d’eugénisme. Faudrait-il comprendre et excuser ce régime d’avoir livré les juifs, enfants et adultes, aux nazis au prétexte du contexte ? Et encore plus excuser l’abandon des fous à la mort pour la même raison ? Si la réponse de « L’Humanité » est non à la première question et oui à la seconde, c’est qu’alors, pour elle, un être humain fou vaut moins qu’un être humain juif. Non ? Ce que, bien que juif, je n’oserais soutenir.

 

 

Armand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

http://journalcommun.overblog.com/ 

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