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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 10:52

 

(...)

 

Deuxième exemple, celui que je connais le mieux et pour cause :

 

 

Cela fait un peu plus d’un an environ qu’a été publié un livre, celui d’André Castelli et de moi-même : «L’ABANDON A LA MORT… DE 76 000 FOUS PAR LE REGIME DE VICHY » (1). Si une presse régionale en a parlé – « La Marseillaise », « La Dépêche du midi» dans son supplément numérique -, d’autres encore, le silence est impressionnant par contre dans la presse nationale et parisienne. Le livre est-il inintéressant ? Le sujet épuisé ?

 

Exemple, un peu inattendu, de l’exercice de la censure : celui du «Monde diplomatique». « Depuis les années 1980, « Le Monde diplomatique » s’est placé à l’avant garde de la critique des médias» pouvait-on lire dans un communiqué diffusé par ce mensuel le 5 décembre 2013. Communiqué destiné à ses lecteurs pour les appeler à conforter son indépendance. Pourtant, «Le Monde diplomatique » n’est pas exempt, comme bien d’autres médias, de l’exercice de la censure, malgré son indépendance affirmée.

 

On comprendra son silence à propos du livre, dont il a reçu un service de presse (Evelyne Pieiller), quand on saura que pour ce mensuel il est difficile ou impensable de critiquer « Le Monde » (tout court). On ne fait pas partie du même groupe - groupe qui détient 51 % du capital du mensuel - sans qu’existe un pacte de non-agression. Là est la limite de l’indépendance du «Monde diplo» (« relative indépendance politique vis-à-vis du groupe » dit Wikipedia).

 

Il est vrai que dans le livre un chapitre entier, ravageur, est dédié au « Monde » (tout court). Chapitre d’abord consacré à son retournement de veste après 1987 et à son soutien alors à la thèse de l’irresponsabilité du régime de Pétain (pour faire plaisir à quelques-uns) dans l’abandon à la mort des fous par ce régime : « La bouleversante étude du Docteur Max Lafont sur ce qui ne fut pas autre chose qu’une mise à mort lente de quarante mille malades mentaux français sous le régime de Vichy ne pouvait être rendue publique de manière plus opportune… » y écrivait, le 10 juin 1987, Jean-Yves Nau.

 

Chapitre consacré aussi à la démolition, par le journal, d’un livre : celui d’Alexandre Jardin où celui-ci, (mauvais) petit-fils, s’interrogeait sur la connaissance par son grand-père de la déportation des juifs alors qu’il était Chef de cabinet de Pierre Laval, et sur son silence à ce propos (il obtint un droit de réponse dans « Le Monde»). Chapitre consacré encore au soutien du journal aux (bons) petits-enfants de Louis Renault demandant la réhabilitation, de leur grand-père, collaborateur avec l’armée allemande dont l’entreprise fut pour cette raison nationalisée. Réhabilitation morale s’entend disent-ils, moyennant quand même une forte indemnisation financière réclamée. Chapitre où est mise en évidence une ligne idéologique du « Monde ». Révisionniste. «Un bon révisionnisme » écrivait le 9 mars 2007 Jean-Paul Angelelli dans « Rivarol », journal pétainiste, rendant compte du livre d’une historienne («L’hécatombe des fous »), et se félicitant, en se fondant sur une analyse du « Monde » :

 

« Incroyable, mais vrai. Le régime de Vichy est enfin innocenté d’avoir programmé un “génocide” ».

 

On peut vérifier l’existence de ce pacte de non-agression, entre le « Monde diplomatique » et « Le Monde » (tout court). Par exemple, dans son numéro d’octobre 2013, au sujet de la Syrie. Le mensuel, dans un article intitulé « Cinglante débâcle de la diplomatie française » remarquait : « Les maladroits coups de menton en retraite, proposés in extremis par une France qui aurait « fait plier Moscou » et « entraîné » Washington, résistent peu à l’analyse, contrairement à ce qu’écrivent certains quotidiens de l’Hexagone ». Or c’était précisément et essentiellement la thèse du «Monde» (tout court), qui bien sûr n’est pas cité. Autre exemple, pris dans le même numéro, où Serge Halimi dans un « Appel aux dons » constate que l’État consacre à l’assistance de la presse des centaines de millions d’euros par an. « Miséricorde souvent mal ciblée » écrit-il. Et de citer « Le Figaro », « L’Express », « Le Point », le « Nouvel observateur » et «Libération». Mais oubliant, ou s’interdisant, pacte de non-agression oblige, de citer « Le Monde» (tout court), mais également « Télérama », gros bénéficiaire lui aussi de cette manne (10 millions d’euros), et qui fait partie du même groupe.

 

Pourtant, « Le Monde » est le journal bénéficiant le plus de cette « miséricorde souvent mal ciblée ». Plus de 18 millions d’euros, un peu plus même que « Le Figaro », «La Croix » en recevant plus de 10 millions, «L’Humanité » 6 et, il est vrai, « Le Monde diplomatique » seulement 188 000.

 

Ceci dit, Le Monde diplomatique » est ici la victime (consentante ?) d’un pacte de non-agression.

 

Imposé ? J’en suis un vieil abonné (des dizaines d’années), mais encore un membre de ses « Amis » depuis la création de l’Association. Je ne sais si le pacte de non-agression engage aussi celle-ci dans les différents débats qu’elle organise ?

 

 

Armand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

http://journalcommun.overblog.com/ 

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