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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 11:34

UNITÉ DE L’EUGÉNISME, DU RACISME, DE L’ANTISÉMITISME 
ET MYTHE DE LEUR INCOMPARABILITÉ

 

 

Pour des anthropologues – ceux ayant « pignon sur rue» sous Vichy – le problème était de «sauver la pureté de la race française ». Il fallait, dans un même mouvement, éliminer… « les déficients, les déviants et empêcher tout métissage avec des étrangers, le juif étant l’étranger absolu ». Sans distinction. 

- « On » nous dit qu’il ne faudrait en rien comparer les fous gazés et empoisonnés en Allemagne et les fous morts de faim et des maladies qui s’ensuivent en France. Pourtant. Il faut savoir, si on n’a pas encore eu le temps de lire « L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy » - http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38711 -, qu’il y eut en France 1,81 mort de faim pour 1 000 habitants dans les hôpitaux psychiatriques et en Allemagne entre 1,54 et 1,85 morts (selon les sources) par les moyens radicaux déjà cités pour 1 000 habitants.

 

- « On » ajoute qu’il faudrait encore moins comparer les 76 000 fous abandonnés à la mort sous Vichy et les 76 000 juifs de France (hasard) envoyés à la mort par le même régime de Vichy. « Vous niez la spécificité – irréductible – du génocide perpétré à l’encontre des juifs» s’écrie une historienne (Isabelle von Bueltzingsloewen). Pourtant, les anthropologues collaborationnistes français, reprenant les arguments des anthropologues nazis – les premiers parlant de «pureté de la race française » et les seconds de celle de la « race germanique » - ne faisaient pas la distinction des catégories à éliminer : les déficients et les déviants, les gens de couleur et les juifs. Une même idéologie, camouflée sous les oripeaux de la science, intervenait alors avec la force d’un fait concret, s’agissant des uns et des autres. 

 

L’un des anthropologues racistes et antisémites les plus actifs sous le régime de Vichy, et il n’était pas seul, est George Montandon. Il publie « en 1939 dans la revue raciste italienne « La Difesa della Razza » un article-manifeste dans lequel il milite contre le métissage de l’«ethnie judaïque », qualifiée d’« ethnie putaine » et appelle à la dépossession de leurs biens avant la transplantation des juifs dans un « pays autonome ». Auparavant, en 1938, il avait préconisé la création d’un État israélite « dans le but d’éviter le métissage des juifs avec les autres peuples, proposant que ceux qui enfreignent cette loi subissent la peine de mort ou la castration », et, en ce qui concerne les femmes, « la répression consisterait à les défigurer en leur coupant l’extrémité nasale, car il n’est rien qui enlaidisse davantage que l’ablation de l’extrémité du nez ». Ses propositions seront reçus 5/5 par Vichy. Sous l’occupation, il devient l’un des principaux «scientifiques» officiels du régime. En décembre 1941, il est nommé «ethnologue» officiel du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), organisme créé en mars 1941 par l’amiral Darlan, à la demande des autorités allemandes et dirigé par Xavier Vallat (puis par Louis Darquier, dit de Pellepoix, à partir du 11 mai 1942). C’est ce que nous raconte Régis Meyran dans le chapitre 3 de son ouvrage : « Le mythe de l’identité nationale », Berg International, 2009. Montandon, nommé en 1943 directeur de « l'Institut d'études des questions juives et ethnoraciales », fait distribuer une traduction, destinée aux étudiants en médecine, du «Manuel d'eugénique et d'hérédité humaine » du nazi Otmar von Verschuer, responsable de l'Institut d'anthropologie à Berlin.

 

 

C’est pendant les années 1941 et 1942 que les idées forces des professeurs de l’École d’anthropologie vont se développer. L’eugénisme, non pas cet eugénisme «à la française » dont certains auteurs ont dit qu’il était plus « positif » que « négatif », mais l’eugénisme nazi est présenté comme une morale bienfaisante » écrit Régis Meyran. Qui ajoute : « Il est un autre lieu où une utopie raciale, comparable à celle préconisée par les gens de l’École d’anthropologie, a été pensé : il s’agit de la Fondation pour l’étude des problèmes humains, institution créée par le médecin Alexis Carrel en 1941 ». Celui-ci recommandait dans « L’Homme, cet inconnu » de créer « un établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés », pour éliminer « ceux qui ont tués, qui ont volé à main armé, qui ont enlevé des enfants, qui ont dépouillé les pauvres, qui ont gravement trompé la confiance du public » ainsi que les « fous qui ont commis des actes criminels » rappelle encore Régis Meyan. Il résume ainsi le projet carrélien : « mettre dès leur naissance les individus en fiches, contrôler les naissances et l’immigration, permettre le développement des doués et supprimer les fous ou les faibles, autant d’intentions qui auraient pu avoir des conséquences réelles dans la France nouvelle de Vichy». Elles en eurent pourtant. 

 

Vichy avait besoin de cautions scientifiques pour pratiquer sa politique d’effacement et des juifs de France (avec les lois antijuives de Vichy d’abord) et des fous internés dans les hôpitaux psychiatriques. Il les a trouvé et à l’École d’anthropologie de Montandon et à la Fondation pour l’étude des problèmes humains de Carrel. 76 000 morts dans chaque cas. S’agissant des fous, pas de problème ils étaient déjà enfermés. Il suffisait de les laisser mourir de faim. S’agissant des juifs, une partie était elle aussi déjà enfermée : à Pithiviers, Beaune-la-Rolande et d’autres camps. Une autre partie le fut au Vélodrome d’Hiver avant d’aller à Drancy. Ce fut une aubaine pour le régime de Vichy que les nazis les réclament, et un soulagement financier. Sinon il eut fallu les mettre dans des camps de concentration – je dis bien « de concentration », qui était la formule des prisonniers (et je peux le prouver) et non «d’internement » qui était la formule vichyste reprise par des historiens, pour ensuite leur faire subir le même sort qu’aux fous : mourir de faim.

 

 

Vous faites « le jeu des négationnistes toujours à l’affût de pseudo-arguments comparatistes pour minimiser les crimes nazis en général, et la Shoah en particulier » s’écrie encore l’historienne déjà citée. Autant ou plus de fous morts en France par « extermination douce » qu’en Allemagne par « extermination dure », autant de fous morts dans les hôpitaux psychiatriques que de juifs envoyés vers les camps de la mort. Tous ces morts au prétexte d’une même idéologie, eugéniste et antisémite. De pseudo-arguments comparatistes ? À vous de juger.

 

 

 

Transmis parArmand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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