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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 20:42

 

Holocausto Brasiliero (3)

 

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Est-il possible de poursuivre l’État pour l’holocauste brésilien ? À cette question posée, sur le site Afropress, Daniela Arbex répond :

 

« Je perçois un mouvement qui gagne en dynamique, qui prend forme au sein des organisations des droits humains qui cherchent à établir les responsabilités. Cette mission ne consiste pas juste à chercher les responsabilités d’État. Oui, parce que en dehors des officiels gouvernants (28 à cette époque), il y a aussi la responsabilité des membres de famille qui ont abandonné les leurs, les directeurs qui sont passés dans l’hôpital, les employés. Cette omission est collective. Ils étaient à la garde de l’État, et il a une grande responsabilité, mais cette expérience est de l’ordre d’une responsabilité collective. Ce que je constate, c’est que des familles engagent des poursuites contre l’État ».

 

  Afropress : l’État peut-il toujours être tenu pour responsable ?

 

 Daniela Arbex : « l’État a pris note. En 1961, Janio Quadros, président à l’époque, a déclaré publiquement qu’il donnerait des fonds pour aider l’hôpital financièrement pour qu’il puisse remplir sa mission ».

  Rien de tel en France. Il y eut 76 000 morts dans les hôpitaux psychiatriques sous le régime de Vichy, morts de faim, de froid et des maladies qui s’ensuivent. Comme à la Colônia au Brésil. À la sortie du livre d’une historienne pour qui Pétain, Laval, Darlan, bref l’État français d’alors, n’y étaient pour rien. « Le régime de Vichy est enfin innocenté d’avoir programmé un génocide »s’écria Rivarol, reprenant le compte rendu d’une autre historienne dans Le Monde. Toute la presse nationale applaudit, de L’Humanité à Rivarol donc, en passant bien sûr par Le Monde,Le Figaro, Libération, L’Express, etc., etc… et fait toujours silence sur les thèses opposées à celle de l’historienne. Sauf La Marseillaise qui, il y a peu, a consacré une page à L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy (L’Harmattan, nov. 2012).

  Question responsabilités, comme au Brésil, en France aussi les culpabilités sont collectives. Ce qui jusque-là avait été un peu mis sous le boisseau. Certains, on l’a vu, ne voulant  pas impliquer le régime de Vichy, d’autres ne voulant impliquer ni Vichy ni l’institution psychiatrique en l’affaire. Sauf Lucien Bonnafé. Pour lui, les responsabilités étaient partagées : 51 % pour Vichy, 49 % pour l’institution psychiatrique disait-il en forme de boutade, voulant marquer la responsabilité principale du régime de Pétain.

  Personnellement, il me semble que mettre des pourcentages est de nature à jeter le trouble dans l’analyse. Mon point de vue est qu’il est quelques hôpitaux psychiatrique où on a fait beaucoup pour limiter la mortalité, par exemple à Saint-Alban où résistaient Bonnafé, Tosquelles et Balvet. Il est des hôpitaux où des psychiatres ont essayé de faire quelque chose, sans y parvenir, comme à Montdevergues-les-Roses. Il en est d’autres où c’est la lâcheté qui a dominé.

  En 1987, quand Max Lafont publia son livre qui brisa le « silence » et que le 10 juin Le Monde publia un article, d’une psychiatre (la Dr Escoffier-Lambiotte), article sans nuances certes mais qui reprenait des éléments du livre de Max Lafont, et qui mit le feu aux poudres dans le monde psychiatrique.

 

 Exemples, puisés dans l’article :

 « Un unique médecin, le Docteur Requet, à qui l’on doit ce témoignage sur l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron, près de Lyon, avait sous sa “garde”, avec l’aide d’un unique interne, 800 malades […]

 Ici, “les patients mangeaient toute l’herbe, pissenlits, trèfle ou plantain, qu’ils pouvaient arracher entre les pavés de la  cour”.

 Là, on se disputait les coquilles d’œufs de noix. Certains malades sont enfermés au moment des maigres “repas”, car ils se jettent sur les portions des autres et les attaquent sauvagement. […]

 L’hôpital psychiatrique du Vinatier  disposait, comme d’autres, en France, du plus grand domaine agricole de la région. […] Les hommes et les femmes mouraient de faim dans le même temps où […] le domaine appartenant à l’hôpital vendait à l’extérieur ses porcs, ses veaux, ses poulets, ses œufs et son lait ».

  Ces horreurs n’étaient donc pas réservées qu’au Brésil.

  Et la Dr Escoffier-Lambiotte continue : « La situation inspirait de la part des psychiatres et des soignants non de la révolte, l’indignation, les protestations, le désespoir, les démarches régionales ou nationales que l’on imaginerait, mais… des thèses ou des articles sur les mécanismes de la faim ou de l’œdème de dénutrition, sur “l’appétit exacerbé des aliénés (sic), sur l’origine exacte, physico-chimique, de la mort par cachexie. La preuve de cet “appétit exacerbé”, propre à la pathologie mentale, était donné par le fait que nombre de patients en étaient arrivés à manger tous les détritus qu’ils rencontraient ».

  Outré, un psychiatre, Charles Brisset, s’adressa alors, le 29 juin 1987, à Tosquelles, Balvet et Bonnafé : « Le livre de Max Lafont et surtout l’exploitation qui en  a été faite créent dans la psychiatrie un grand malaise. A-t-on le droit de jeter sur tous les psychiatres qui étaient dans les Asiles pendant la guerre, le regard dénonciateur indiqué avec un zeste de prudence dans le livre, mais affirmé sans aucune réserve (à partir du livre) dans les articles du Monde repris dans toute la presse ? ».

  Faut-il rappeler que sous l’Occupation allemande, la France avait fait retour à la dictature (les pleins pouvoirs à un Maréchal) et que sur les questions de libertés, des droits de l’homme, mais aussi du regard jeté sur les fous, le retour renvoyait à un âge antérieur. Et on voudrait que ce recul en matière de civilisation ait épargné en France les hôpitaux psychiatriques et leurs personnels ! Là, comme au Brésil, « la culpabilité est collective ».

 

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 Question d’Afropress : « Comment se fait-il que le régime militaire utilisa cette expérience ?

 Daniela Arbex : « La dictature utilisa l’hôpital parce que c’est là que les activistes politiques étaient envoyés. 5 000 patients, une réelle masse humaine. À cette période, l’hôpital était une zone fermée. Personne de la presse n’y entrait. En 1979, Iran Firmino, de l’État de Minas Gerais, mis sur le devant de la scène l’histoire de la Colônia. Mon livre et les articles, ce n’était jamais une histoire racontée à travers les yeux des survivants, mais par ceux des journalistes. Il est important de briser le silence et de demander à la société : quel genre de société voulons-nous construire ?

  Propos qui rejoint celui de Lucien Bonnafé, cité par la Dr Escoffier-Lambiotte en conclusion de son article : « Sur tout cela a régné une grande conspiration du silence sur le sens de laquelle je ne cesse de demander éperdument que l’on s’interroge ».

 

  Une vidéo parmi d’autres :

 http://www.youtube.com/watch?v=1xBQr5zFAHs

 

 

 QUELQUES MOTS SUR DANIELA ARBEX :

 C’est une journaliste qui a 18 ans de carrière. Elle est reporter spéciale du journal Tribuna de Minas. Elle a reçu, en 2013, pour son reportage « Un holocauste brésilien », le Prix Esso du Journalisme. Prix qu’elle avait déjà reçu auparavant pour d’autres reportages, en 2 000 et 2 002. C’est le plus prestigieux prix de la presse brésilienne. L’équivalent du Prix Albert Londres en France ou du Prix Pulitzer aux Etats-Unis.

 

 Sources :

 Bien sûr Holocausto Brasileiro, Tribuna de Minas.

 Les sites en français : Books, African History-Histoire Africaine, La Tchipie (site Caribbean).

 Les sites brésiliens : Otempo, La Parola, Obvious, Vice Media.

 

 Remerciements :

 Remerciements à Rafael, un ami sociologue brésilien. C’est par lui que cette histoire m’est parvenue, il y a un an environ. Ensuite, il me fit parvenir le livre de Daniel Arbex.

 « Bon, autre chose. Je veux te dire que récemment est paru un livre sur le même sujet que tu travailles en France. Il s’agit d’un hôpital à Barbacena, dans le Minas Gerais, où sont morts environ 60 000 malades mentaux et prisonniers qui ont été arrêté comme malades mentaux. Ce sont des histoires qui ont besoin d'être racontées. Ci-après le lien avec le site d’un journal de São Paulo traitant du livre » :

 http://www1.folha.uol.com.br/livrariadafolha/2013/06/1290146-holocausto-brasileiro-resgata-historia-de-60-mil-mortos-em-hospicio-mineiro.shtml

 Rafael Padua

 

 Information :

 Le 22 juillet 2013, j’ai reçu ce courrier :

 

 Holocauste brésilienne 

 Paulo Schmidt 

 editorial@geracaoeditorial.com.br,editorschmidt editorschmidt@gmail.com

A

Ajzenberg Ajzenberg@aol.com

  Cher Armand,

 Je suis editeur chez Geração, la maison d’editión qui a publié le livre Holocauste brésilienne, de Daniela Arbex. Votre intérêt pour cette oeuvre tellement importante nous rend très heureux, et nous sommes prêts à négocier les droits de publication avec votre maison d’editión en France.

 J’espère avoir bientôt de vos nouvelles.

 Cordialement.

 

 S’il se trouve un éditeur parmi les lecteurs de ce billet et que ce dernier l’a intéressé, et s’il a envie de prendre le risque de publier le livre de Daniela Arbex, à lui de jouer et de prendre contact avec Paulo Schmidt.

 

Si vous estimez que ce texte mérite une publicité plus grande, pourquoi ne pas reprendre l’information et la publier, un moment, sur votre propre site ou blog.

 

 

ARMAND AJZENBERG

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

 

 

http://journalcommun.overblog.com/

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Published by Benyounès Bellagnech - dans Annonce
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