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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 10:44

 

Holocausto Brasiliero (suite)

 

6_-_Prison.jpg

 

 

Le livre de Daniela Arbex, Holocausto Brasileiro, fournit un compte rendu impressionnant de la vie quotidienne vécue par les internés. Les souris pullulaient et buvaient les mêmes eaux usées, voire, l’urine, que celles des patients. Dans les nuits glaciales de la région de la Serra de Montiqueira, beaucoup dormaient, nus, dehors sur l’herbe pour économiser de l’espace. Mais il y a encore plus révoltant. Si entre 1969 et 1980 on comptait en moyenne seize décès par jour, et que disparaissaient ainsi des individus sans valeur, leurs cadavres cependant, eux, rapportaient de l’argent.

 « Ce que nous ne savions pas et que nous avons mis à jour avec l’aide du Museu da Loucura, est que 1853 corps ont été vendu à 17 écoles médicales du pays pour la somme moyenne de 50 Cruzeriros (une ancienne monnaie). Ceci représente un total de 250 000 dollars américains […] De janvier à juin d’une année par exemple, l’Université Fédérale de Minas Gerais a reçu 76 “pièces”, comme on appelait les corps ». La référence au mot “pièce” est la même que celle donnée aux africains mis en esclavage à leur arrivée dans les ports brésiliens.

 

  Autre exemple signalé par Daniela : entre les 4 et 19 novembre 1970, 45 cadavres ont été négociés pour 2250 cruzeiros. En une décennie a-t-elle calculée, la vente de cadavres a atteint la somme de 600 000 dollars. Sans compter le commerce des os et des organes.

 

7_-_brazilian-holocaust-7.jpg

 

 

Interrogée sur l’attitude du gouvernement de Minas Gerais, après la publication par Tribuna de Minas de la série de reportages ayant conduit à la publication de son livre, Daniela Arbex indique : « C’est une histoire qu’on ne peut plus nier. D’abord parce qu’elle est très bien documentée. Les images de Luiz Alfredo sont la preuve de ce  qui s’est passé. Si elles n’existaient pas, il aurait été peut-être difficile de convaincre aujourd’hui, malgré les témoignages recueillis et malgré une bonne documentation. Les images donnent beaucoup de force au livre ».

 

 Effectivement : « Le choc des images, le poids des mots ». Il faut remarquer qu’en France, s’agissant de l’abandon à la mort des fous sous le régime de Vichy, l’absence de photos (sauf une, voir le billet précédent) fait argument pour taire « la chose ».

 

 Interrogée quant aux responsabilités de l’holocauste brésilien, Daniela répond : « La culpabilité est collective. Ces atrocités n’ont pas posé question à ce moment là. Au début du 20e siècle, il y avait un mouvement, une théorie eugéniste de nettoyage social accepté dans tout le Brésil ».

 

  Mais il n’y avait pas qu’au Brésil. En France aussi l’eugénisme était à l’honneur. Volontaire, certes, disait-on. En 1936, sous le Front populaire, on pouvait lire ceci à propos de prophylaxie mentale par l’eugénisme volontaire : « La commission de surveillance des Asiles publics d’aliénés de la Seine , dans sa séance du 8 juillet 1936 a adopté, sur proposition de M. Eugène RAIGA, l’importante motion suivante » :

 « Considérant que le nombre des aliénés augmente dans des proportions alarmantes, qu’il n’est pas douteux que l’hérédité soit l’une des causes principales de cette déplorable progression, et estimant qu’il appartient aux Pouvoirs publics de prendre d’urgence des mesures tendant à préserver l’avenir de la race française, a l’honneur de demander à M. le ministre de la Santé publique de rechercher les moyens de faire pénétrer dans les familles françaises, en vue d’encourager la pratique de l’eugénisme volontaire, la notion de l’hérédité propagatrice des maladies mentales ». Alexis Carrel n’était pas loin. Ces gens étaient-ils les mieux préparés, quelques années plus tard, à résister à l’abandon à la mort des malades mentaux sous le régime de Vichy ?

 

 Mais retournons au Brésil.

 

À la question posée par le site CartaCapital, quelle est l’histoire de l’asile ?

 Daniela répond : « L’hôpital a été créé en 1903 par le gouvernement de l’État pour répondre à la maladie mentale. Des documents de 1914 montrent la surpopulation et des administrateurs se plaignant des conditions d’accueil des patients arrivant dans des wagons bondés. Ainsi, dès le début la Colônia ne pouvait remplir sa fonction de re-socialiser et rencontrer les patients. Sept patients sur dix ne souffraient pas d’une maladie mentale. Nous pouvons dire que les patients, qui ne répondaient pas aux normes sociales en vigueur, étaient de ceux dérangeant le pouvoir : alcooliques, militants noirs, pauvres ou politiques. Colônia est devenu ainsi un lieu de ségrégation locale… » […] Beaucoup des admissions ont été faites par des délégués des administrations. La jeune fille qui a perdu sa virginité  avant le mariage et envoyé à l’hospice par son père. Surtout, les médecins étaient rares sur le site jusque dans les années 50. Les employés embauchés comme gardiens y suffisaient. Si une cuisinière pouvait être transformé en infirmière, pourquoi embaucher d’autres personnes ayant des qualifications plus élevées ? Il n’y avait pas de soins médicaux, et Colônia était un dépôt pour personnes humaines ».

 

  Pourquoi ces violations n’ont-elles pas été remises en cause ? 16 morts par jour, c’était une chose naturelle ?

 « À cette époque, au début du 20e siècle, il y avait une théorie eugéniste de nettoyage social accepté dans tout le Brésil, qui en fait existe peut être encore aujourd’hui. Il y avait encore l’acceptation du fait que certaines vies valent moins que d’autres, parce que ces vies n’étaient pas considérées comme des personnes. Ces gens étaient l’écume sociale, la racaille dont il fallait nettoyer la société. L’éthique n’existait pas, de sorte que ces abus ont perduré aussi longtemps. Il y avait déshumanisation.

 

  Le scénario que vous décrivez rappelle les prisons d’aujourd’hui. Êtes-vous d’accord avec la comparaison ?

 « La Société admet encore que certaines vies valent moins que d’autres. Donc, si un méchant meurt, c’est un de moins de ceux qui méritent la peine de mort. Tous ces meurtres, depuis la prison de Carandiru à Sao Paulo à celle de Chatuba à Rio, sont de nouveaux noms pour de vieilles façons d’exterminer. Les meurtres de masse se produisent encore, et nous semblons ne pas les voir ».

 

  Le massacre de Carandiru s’est produit le 2 octobre 1992. 111 prisonniers furent tués à la suite d’une rébellion.

 

8_-_images.jpg

 

(...)

 

ARMAND AJZENBERG

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

 

http://journalcommun.overblog.com/

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Published by Benyounès Bellagnech - dans Annonce
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