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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 10:13

Le pouvoir et les conflits

 

 

Un autre aspect expérimental concerne les problèmes du pouvoir, de l'autorégulation et des conflits.

 

 

- Le problème du pouvoir à Vincennes se pose à différents niveaux - et notamment à ceux du pouvoir de gestion et du pouvoir pédagogique. On a vu que le pouvoir de gestion est officiellement entre les mains du Conseil, de son Bureau et de son Président. Mais l'importance du courant non participationniste et anti-participationniste fait qu'un équilibre assez particulier s'est établi dans le système, comme on a essayé de le montrer ci-dessus à partir de quelques cas particuliers. Le pouvoir pédagogique est toujours détenu par les enseignants, non seulement pour l'attribution des U.V. -même s'il y existe des autoévaluations de groupe -, mais encore dans l'animation des groupes et dans les modes de transmission du savoir (il existe beaucoup de cours magistraux ou semi-magistraux). Mais en même temps, la tradition vincennoise issue de Mai tempère ce pouvoir davantage qu'ailleurs : il est des limites qu'on ne peut pas dépasser, et des interdictions impossibles. Le pouvoir pédagogique peut être interpolé à chaque instant, contesté, et remis en question pour autant que la majorité des étudiants le désire, ou le tolère.

 

 

Dans l'ensemble, on peut dire qu'à Vincennes la pratique pédagogique est plus libérale que dans les autres universités françaises, avec toute une gamme de variations. En ce sens, la « normalisation » y est beaucoup moins effective que dans l'ensemble de notre système universitaire.

 

 

- La question de l'autorégulation du système est liée à la précédente. On a déjà indiqué comment l'équilibre reste toujours instable, - avec cependant des points forts de stabilisation.

 

 

Ces points forts, on les voit par exemple dans la fermeture des départements sur eux-mêmes (mise à part la gestion collective dans les commissions). Ces départements constituent des lieux institutionnels stabilisés, avec leurs traditions, leurs équipements, leurs collectifs d'enseignants, leurs modes de cooptation. De plus, on dit à Vincennes que ce qui est acquis l'est définitivement : un local par exemple, un lieu d'enseignement, des heures de cours, des vacataires. Dans les moments où l'on tente une redistribution de l'espace, ou des personnels, on voit se manifester aussitôt des mécanismes d'autodéfense, et chaque groupe défend son bien, « ce qui est acquis ». Il y a eu, dans les années précédentes, des luttes pour le statut du personnel administratif, par exemple du corps des «vacataires». Le résultat, c'est l'existence pratiquement inamovible de ce corps, à peu près aussi stable que celui des enseignants qui sont, eux - les « mensuels » - protégés par le statut officiel de la fonction publique. Ainsi, on assiste à une auto-production de normes par le milieu (1).

 

 

- Enfin, les conflits. Ils ont des formes variées. Ils existent en permanence, et ils sont perçus généralement, sinon assumés, par l'ensemble de la collectivité. (2)

 

 

Les considérations qui précèdent sont encore beaucoup trop générales. Comment peut-on aller plus loin ? Des statistiques, des questionnaires ne seraient pas suffisants pour accroître réellement notre connaissance institutionnelle de Vincennes. Une telle connaissance ne commence à devenir possible que si l'ensemble des participants de l'expérience sont appelés à se prononcer dans un processus de recherche active. En même temps, ce processus modifiera l'objet de notre étude...

 

 

(1) On sait que tous les groupes dits marginaux ou déviant sont des normes internes fortes, produites par le groupe lui-même (la loi du milieu).


(2) Les grêves sont nombreuses à Vincennes. Elles donnent lieu –lorsqu’il s’agit des grêves du personnel de Services (entretien, nettoyage, employés, secrétaires) _ à de longues négociations, où la collectivité intervient sans cesse (professeurs, étudiants, etc). C’est alors le lieu de « gestion par crises ».

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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