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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 10:04

La gestion par crises

 

 

La grève est endémique à Vincennes. Elle fait partie en quelque sorte de l'expérimentation. Cela déroute assez les nouveaux venus, et provoque des abandons. Mais, on s'habitue à ces situations de « grèves » qui sont plutôt des situations de crises.

 

 

Ainsi, l'agitation de l'automne 1975, avec ces cours sauvages n'était pas une grève. Mais c'était une crise du fonctionnement dit « normal ». Ces crises sont l'occasion, souvent, d'une remise en question permanente de la pédagogie. Pour la pédagogie institutionnelle, la crise est une modalité privilégiée de formation : on peut soutenir, à ce titre-là, que l'ensemble de Vincennes, - avec ses collectifs, ses commissions, etc. - constitue une grande expérience plus ou moins «sauvage» de pédagogie institutionnelle.

 

 

On pourrait dire également que ces crises ne sont pas nécessairement, comme on pourrait le croire, contre le système, - si on admet que les systèmes sociaux actuels, dans les sociétés modernes, fonctionnent nécessairement par des crises de gestion, des séquences successives de « défis » et de «réajustements ». La gestion de Vincennes est une «gestion par crise». Naturellement, cela demande de la part des « clients » de l'université, les étudiants, et même de la part des enseignants, beaucoup de plasticité et de « tolérance à la frustration », une disposition à l'expérience imprévue et à la participation active. Dans la mesure où les crises sont bien supportées, ce système est finalement très formateur. Nous pouvons même allés plus loin et, en anticipant sur la chronologie des événements, dire que la seconde «grève», celle de mai 76, a eu des effets formateurs même au niveau de la désertion, par la désertion.

 

 

D'ailleurs, en déclarant publiquement, le jeudi 20 mai, que les examens seront finalement mieux contrôlés à l'issue de cette crise, Madame Saunier-Seité développe une certaine conception de la crisologie, - le terme est d'Edgar Morin, qui voit dans la crisologie les sciences de l'avenir. La mise en pratique de cette crisologie serait, pour nous institutionnalistes, une crise-analyse permanente. Cette vue s'oppose, bien sûr, à celle des nostalgiques de l'Ordre ancien, qui rêvent d'une université sans crises, bien homogène, sans conflits politiques ouverts. Mais elle ne s'oppose pas nécessairement aux vues de nos dirigeants réformateurs et il se pourrait bien que cette expérience de la crise endémique à Vincennes soit anticipatrice d'une « université » transformée, peut-être sans lieux fixes, refaisant ses normes de fonctionnement en permanence, seule capable de supporter les défis d'une société qui est depuis longtemps déjà, comme l'écrivaient Marx et Engels, « en révolution permanente».

 

 

Revenons à la situation du mois d'avril. Les Vincennois participent aux deux manifestations centrales contre la réforme, à Paris. Ils sont moins nombreux la seconde fois.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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