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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 15:48

La réforme du second cycle

 

 

Revenons à ce qui se passe à Vincennes lorsque éclate la crise liée à la réforme du second cycle, à la mi-janvier.

 

 

a) Rien ne se passe entre la mi-janvier et la mi-avril. L'activité universitaire est, comme on dit « normale ». Comme d'habitude, les listes d'U.V. sont établies à la mi-février, avant les « congés » inter-semestriels.

 

 

A la commission pédagogique centrale, on ne prépare pas encore les maquettes. Mais, on a procédé à l'examen détaillé de cette réforme, en la situant (Rapport Vincent Vidal) dans son contexte économique, politique, et social. On n'est pas ouvertement opposé à l'examen des filières et ce pourrait conduire, - on est prudent dans la formulation -, à la rédaction des fameuses maquettes, c'est à dire des demandes d'habilitations pour les nouvelles licences.

 

 

Une mise au point est nécessaire. La circulaire d'application (dite « circulaire Quermonne ») prévoit que l'ensemble des demandes, sauf exceptions, doit être déposé seulement le 10 décembre 1976. La date du 15 avril 1976 ne concerne que les maîtrises de sciences et techniques, ainsi que les universités qui voudraient dès octobre prochain ouvrir des filières nouvelles d'enseignement pour le second cycle, - ceci à titre quasi-exceptionnel. Comme, selon toute vraisemblance, le régime vincennois de la licence en 30 U.V. sera reconduit l'année prochaine, il n'y a pas lieu de se presser, du moins jusqu'en décembre.

 

 

On met cependant en place, à l'intérieur de la commission pédagogique, une sous-commission dite «des sciences sociales», elle-même divisée en sections chargées d'examiner et de faire avancer différents projets :

-  Politique sociale,

-  Service social,

-  Sciences de la société,

-  Etudes africaines.

 

 

Cependant, vers la mi-janvier, l'U.N.E.F. (ex-­renouveau) a engagé une agitation contre la réforme: l'U.N.E.F. demande l'abrogation de l'arrêté sur le second cycle. Le bureau national du S.N.E.Sup est plus long à réagir. Certes, on peut lire dans son Bulletin des critiques de plus en plus vives et, finalement, le thème de l'abrogation est repris par le S.N.E.Sup. Mais, pour ne donner qu'un exemple, en février-mars, lors d'un colloque national réunissant des enseignants de Sciences de l'éducation à ceux des autres disciplines, un responsable national déclara :

- Nous ne nous battrons pas pour l'abrogation. Presque tout au long de la crise, d'ailleurs, l'U.N.E.F. et le S.N.E.Sup adopteront assez souvent des tactiques assez divergentes, l'U.N.E.F. étant plus violente que le S.N.E.Sup.

 

 

Vincennes semble donc se tenir en dehors de la crise... A la veille des congés de Printemps (22 mars-5 avril), au cours d'une réunion informelle entre le Président de l'Université et les responsables des départements de Sciences Politiques et de Sciences de l'éducation, il est décidé (il s'agit là de donner un exemple, et non de polémiquer), qu'une commission se tiendra assez vite pour faire avancer et mettre en forme le jet « travail social (second cycle) ».

 

 

Il est vrai que d'autres enseignants qui ont rencontré Cl. Frioux à propos de ces « urgences » ont manifesté déjà des réticences. Mais le travail des commissions ne s'est pas arrêté jusqu'au 22 mars. Simplement, à la fin, on prend la précaution de dire de plus en plus, qu'on «réfléchit » sur les filières, mais que cela ne signifie pas l'élaboration des maquettes.

 

 

b) La rentrée de Printemps a lieu le 6 avril. Ce jour-là, les cours reprennent à Vincennes. Entre-temps, la seule « crise » dans l'établissement a été déclenchée par le conflit qui a éclaté dans les services locaux du CROUS (au restaurant universitaire de Vincennes) entre le chef de cuisine et les travailleurs immigrés.

 

 

Vincennes entre dans la grève dans la semaine qui va du 5 au 12 avril. Il semble bien que cette entrée dans la « grève » soit essentiellement une décision des enseignants. Le S.N.E Sup parle d'arrêts de travail et de journées d'action ; d'autres parlent de grève, La situation n'est pas très nette. Mais il existe un consensus pour commencer à riposter.

 

 

La fronde des Présidents (35 présidents d'Universités demandent le retrait de la réforme) va relancer réellement et renforcer le mouvement à Vincennes. En même temps commence le cycle des manifestations de rue et des coordinations nationales enseignantes, puis étudiantes. Pour la coordination étudiante de Censier, l'U.N.E.F. et les militants de la L.C.R. sont mis en minorité : la délégation de Vincennes est formée de maoïstes et d'inorganisés. Elle est invalidée à Censier.

 

 

Vincennes commence alors à se dépeupler. Les assemblées générales centrales réunissent un public de moins en moins nombreux et, comme cela se passe depuis quelques temps déjà ce public, lassé des querelles interminables entre les groupuscules, quitte les assemblées sans attendre la fin.

 

 

On finit par être incapable de voter dans ces assemblées. Progressivement, on arrive à une situation assez singulière : ce sont les assemblées générales d'enseignants qui « officialisent » l'arrêt des cours.

 

 

Cependant, comme ailleurs, il existe un consensus étudiant pour la grève. Il se traduit par la désertion.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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