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  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 10:19

 

Disparition de Louis Porcher

 

Cher-e-s collègues,

 

Ce courriel pour vous annoncer une bien triste nouvelle. Dominique GROUX (Présidente de l'AFDECE) vient de m'informer  de la disparition de Louis Porcher. Je vous transmets le message infra.

 

Cordialement à toutes et à tous,

Bernard

 

 

Cher(e)s collègues,

 

C'est avec une grande tristesse que nous venons d'apprendre la disparition de Louis Porcher, survenue le 13 juillet. L'Association française d'éducation comparée, dont il a été le co-fondateur et le président d'honneur, témoigne à Elisabeth Guimbretière, son épouse, et à sa famille, ses condoléances et son soutien. En signe d'adieu à cet homme exceptionnel qui nous était si cher, nous souhaitons partager avec vous l'épilogue d'un de ses ouvrages, Enseignant, chercheur, expert.   


 

" Quel bilan tirez-vous de votre cursus justement ?

 

Avant tout, et c’est de loin mon premier sentiment, que je suis un rescapé. Sociologiquement d’abord : quand je me penche vers mon enfance, je n’avais aucune chance d’accéder au plus haut niveau scolaire, au plus haut niveau académique, au plus haut niveau institutionnel. Ma vie a été, tout au long, en pleine contradiction avec ce que à quoi j’étais destiné.

 

Médicalement ensuite : j’ai été sept fois condamné à mort. Deux fois dans mon enfance où j’ai entendu le médecin, du fond de mon coma, annoncer à mes parents que j’allais passer l’arme à gauche dans les heures suivantes. A 29 ans ensuite, où j’ai eu trois cancers d’un coup, dont chacun était mortel dans les deux années suivantes. Il va y avoir 35 ans… A 52 ans, puis à 55 ans, où, à la surprise générale, j’ai resurgi d’une mort prononcée. A 56 ans, où une septicémie a été traitée à deux heures de ma mort. A 58 ans enfin où j’ai manifesté un diabète gravissime pour lequel les spécialistes m’ont donné une année à vivre. Au total, vous savez, c’est très dur à supporter et, bien entendu, ma vie en a été complètement chamboulée (mais je ne saurai jamais en quel sens). 

 

Ensuite que, malgré ces avatars, mon existence de rescapé m’a offert de belles compensations : voyages et séjours dans 92 pays, livres, journalisme, carrière plutôt réussie dans le service public, séjours dans le privé, nombreux témoignages d’amitié vraie et, parfois, d’admiration. J’ai toujours voulu ma liberté, au détriment de toute carrière et n’ai, à ma connaissance, jamais consenti aucune concession. J’ai toujours été passionné par les gens et je me suis, donc, efforcé d’être un professeur "passeur", comme l’écrit Todorov, cherchant à aider les étudiants à devenir eux-mêmes, à ne pas avoir peur, à ne pas se laisser prendre aux pièges sociaux qui sont multiples et à mener leur existence de manière adéquate à ce qu’ils souhaitaient eux, sans se préoccuper des tentations et des mirages.

 

C’est pourquoi les maîtres-mots de mes enseignements (qui ont toujours connu un succès disproportionné) sont les mêmes que ceux de ma vie, parce que je n’ai jamais compris la différence qu’il pouvait bien y avoir entre une discussion et un cours.


- La confiance. Il faut avoir confiance en soi, en ceux chez lesquels vous repérez une aide sincère, avoir confiance en ce qu’on fait et se dire qu’on est capable de le faire.

- La lucidité. Elle constitue sans doute la qualité principale et la plus difficile à conquérir. Voir les choses et les gens, se voir soi-même, comme ils sont et comme on est, c’est une condition d’une vie achevée. A chaque instant il faut fournir l’effort parce qu’on est au bord, toujours, de perdre sa lucidité.

 

 

De quoi êtes-vous le plus fier, de ce que vous avez fait ?

 

D’abord, je ne regrette rien. C’est déjà bien. Je suis allé beaucoup plus loin que je ne pensais. Si j’essaie de classer, cela donnerait :


- d’avoir été, dans beaucoup de domaines où l’on m’a presque oublié, un précurseur, quelqu’un qui anticipait, voyait avant les autres : l’audiovisuel, d’abord, l’interculturel ensuite, l’éducation comparée enfin. J’y ajoute aussi les domaines que je n’ai pas approfondis, mais où j’ai été le premier à accrocher le grelot : l’école et l’écologie, l’éducation civique, l’éducation diététique, l’éducation économique.

- J’ai toujours perçu les évolutions avant les autres et, à l’autre bout, les conservateurs ou les gangsters me font horreur.

- Je suis fier enfin de la diversité extrême (et rarissime) de ma vie : philosophie, psychologie, cinéma, sociologie, français langue étrangère, migrants, enseignements multiples (y compris secondaire) et aussi de mon oblativité, c’est-à-dire de mon attention à l’autre sans perdre conscience de ma propre identité. J’ai été plusieurs et un seul, fédérateur et négociateur. C’est, au total, plutôt bien. " 


Louis Porcher, Enseignant, chercheur, expert, L'Harmattan, 2003, pp. 213-214

 

 

Transmis par Bernard Jabin

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

http://journalcommun.overblog.com/

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Published by Benyounès Bellagnech - dans Annonce
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