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  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 18:51

 

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 23



« L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy ».

 

L’avis du Dr Michel Caire

(suite 4 et fin)

 



Le nombre des morts ?

 


Une autre question est celle du nombre des morts, dont tout le monde s'accorde pour le chiffrer à plusieurs dizaines de milliers entre 1940 et 1945. Mais est-ce de l'ordre de 40.000, de 45.000 (I. von Bueltzingsloewen), de 48.000, près de 50.000, 76.000... plus encore... ? Ce dernier chiffre est celui de la totalité des décès dans les établissements psychiatriques pour la période considérée. Mais si la presque totalité a souffert de la faim (comme d'ailleurs les survivants), d'autres causes de mortalité ne doivent-elles pas être retenues que celle de l'inanition ?


« Si le système asilaire n'avait pas entassé, dans ses concentrations bureaucratiques, 120.000 citoyens avant la grande expansion des passions ségrégatives et discriminatoires, il n'y aurait pas eu, dans ce grand renfermement, 76.000 morts, parmi lesquels un excédent de 40.000 sur la mortalité "ordinaire", imputable à une sur-mortalité tragique, effet plein de sens des inhumanités anti-"aliénés" ». [ Lucien Bonnafé, 1er juin 191 , in : « Nervure », IV, n°5, p.81]



Ce chiffre de 40.000 a été très longtemps retenu : par Daumézon et Bonnafé dès l’après-guerre, Louis Pauwels dans son article de novembre 1947, Max Lafont en 1981. Il fut repris notamment dans «Le Monde» du 10 juin 1987, « Libération » du 16 décembre 1994, « Santé Mentale » septembre 1999, Le «Quotidien du Médecin » du 12 octobre 2000 et dans la Pétition «Pour que douleur s’achève », 2001. Il est difficile de savoir comment le chiffre a été obtenu. Ce qui est certain, c'est qu'il ne vient pas d'une simple soustraction de 64.641 [nombre des présents en 1945] à 105.000 environ [nombre des hospitalisés en 1940]. En effet, il y eut entre 1940 et 1945, comme auparavant bien qu'en moins grand nombre, des entrées et des sorties dans les hôpitaux psychiatriques (rappelons qu'à l'époque, les établissements psychiatriques - hors maisons de santé ou cliniques privées - se répartissent en : 57 hôpitaux psychiatriques départementaux, 7 hôpitaux psychiatriques autonomes, 17 hôpitaux privés faisant fonctions d'hôpitaux publics, 14 "quartiers d'hospice" et un "établissement national", la Maison de Charenton). Il existe toutefois bien d'autres évaluations, certaines manifestement erronées : - 30.000 selon F. Tosquelles, dans un extrait de « Une politique de la folie », «Chimère », 1991 n°19, cité in : « La Bord’Eclair », juin 2002

- Entre 44.162 et 45.161 (arrondi à 45.000) pour Isabelle von B., 2007 : le taux de surmortalité calculé par soustraction du taux observé pendant les années 1940 à 1944 au taux moyen des années 1935 à 1939, rapporté à la population exposée au risque : d’une part la population totale soignée dans l’année (malades présents au 1er janvier + malades admis dans l’année), d’autre part la moyenne du nombre de malades présents au 1er janvier et à la fin de l’année.

 
- 45.486 par rapport à l’évolution concomitante dans la population générale civile, compte-tenu des caractéristiques des malades par sexe et par âge, ou 48.520 « dans l’absolu » (en incluant 1939, et en prenant en compte la baisse intervenue en 1947 par rapport à 1938) : F. Chapireau, « L’Encéphale » 2008.


 
- 48.588, chiffres dits « officiels » («Revue de la SFHH » n°94, 1999, 2, p.45), repris en les arrondissant à 48.000, entre autres dans un article du « Patriote Résistant » (FNDIRP), septembre 1998. Ce qui correspond aux « près de 50.000 », d'entre autres, R. Guyotat, « Le Monde », 16 octobre 2003, C. Faesch, «Le Quotidien du médecin », 31 octobre 2003, suite à la communication des conclusions de la recherche de Mme von B.

 
- 76.000 avaient proposé sans doute par erreur Bonnet et Quétel (« de tous nos chiffres, seul celui de 76.000 morts de faim sera retenu ») dans leurs conclusions de 1991, confondant le nombre total de décès et celui des personnes concernées par la surmortalité. C'est le chiffre retenu par M. Ajzenberg.

 
- « Plus de 100.000 », a-t-on pu lire dans un texte du syndicat CGT de Maison-Blanche, 1999.


- 115.000 pour Horst Dilling, « L’Information Psychiatrique » 2007, « selon Kringlen (2001) » (sans autre référence), chiffre fantaisiste qui pourrait n'être qu'une erreur typographique ou un lapsus.


Remarque : j’ai retenu (c’est Armand Ajzenberg qui écrit) le chiffre de 76.000 morts – nombre total, peut-être inexact ? – parce que, selon moi, même ceux qui statistiquement devaient mourir sont morts, des suites de la famine et des maladies qui s’ensuivent, avant l’heure fixée par les statistiques. Ceci dit, dans l’ouvrage, « L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy », j’utilise généralement l’expression «dizaines de milliers de morts » et non le chiffre de 76.000 morts. Pour moi, la question est moins celle de connaître précisément le nombre des morts et plus celle de la responsabilité ou non de Vichy dans ces morts là.




Après cette chronique il y aura une pause, celle des «confiseurs ». Elles reprendront à la mi-janvier 2014. Elles porteront, pour commencer, sur la censure s’exerçant aujourd’hui à propos de l’abandon à la mort de 76.000 fous par le régime de Vichy. Censure qu’il faut expliciter et dénoncer, comme acte de résistance.
Une correspondante historienne, Isaline Amalric, (fille de Maurice Choury, grand résistant qui participa activement à la Résistance en Corse, et qui rédigea et lança l’appel à l’insurrection le 9 septembre 1943 à Ajaccio, et aussi nièce de Danielle Casanova, c’est dire si en matière de Résistance elle s’y connaît) m’écrit opportunément « Il faut dénoncer cette conspiration du silence autour d’un véritable crime contre l’humanité ».

 
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À SUIVRE…

 

 

Transmis par Armand Ajzenberg

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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