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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 14:20

 

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 18



Et les livres d’histoire à l’école sous Vichy ?



« Français, si le Gouvernement qui a recueilli l’héritage de la défaite, ne peut prétendre toujours obtenir votre adhésion, du moins ses actes tendent-ils à continuer l’Histoire de France. Leur place est marquée dans les manuels qui l’enseigneront à vos enfants. Faites que cette place reste une place d’honneur, que ceux qui viendront après vous n’aient à rougir ni de la Nation ni de leurs chefs » (message du maréchal Pétain prononcé sur les ondes le 1er janvier 1942). Ce message est révélateur de l’importance attribuée aux manuels scolaires par le Chef de l’État. « … le manuel demeurait, au service d’un régime autoritaire un puissant instrument d’endoctrinement de la jeunesse, instrument d’autant plus précieux que le corps enseignant lui était majoritairement opposé » écrit Alain Choppin dans une étude publiée en mai 1987 (« Histoire de l’éducation », No 34, Service d’histoire de l’éducation de l’I.N.R.P.).



« En 1940-1942, Vichy suit de très près l’évolution des programmes scolaires et plus particulièrement des programmes d’histoire. Une liste “noire” est même dressée, par Vichy et les Allemands, interdisant un certain nombre de livres et de manuels d’enseignement primaire, à défaut d’avoir les moyens d’en imprimer de nouveaux, faute de papier. C’est en histoire que les interdictions sont les plus nombreuses » écrit en 2010 Éric Alary (professeur d’histoire en classes préparatoires, chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po Paris) dans TDC (« La revue des enseignants »)



« Le 30 août 1940, une semaine après la parution au «Journal officiel » du décret pris par le gouvernement de Vichy le 21 août , le chef de l’Administration militaire en France prenait une ordonnance concernant l’interdiction de livres de classe français » écrit Alain Choppin : 


« En vertu des pleins pouvoirs qui m’ont été conférés par le Führer et Chef Suprême de l’Armée, je décrète ce qui suit :


1. En raison des propos offensants et injustifiés qu’ils contiennent contre le peuple allemand et son armée, les livres de classe mentionnés ci-après seront interdits dans toutes les écoles françaises du territoire occupé.


2. Les éditions existantes desdits livres seront confisquées et détruits.


3. Cette ordonnance entrera en vigueur le jour de sa publication.

 
4. Le personnel enseignant qui se servira, pour ses cours, de ses livres de classe interdits, sera frappé d’emprisonnement allant jusqu’à une année et d’une amende, ou bien de l’une de ces deux peines ».



Cette interdiction frappait quatre ouvrages d’histoire de France : ceux de L. Brossolette, H. Guillemein et l’Abbé Le Ster, M. Guiraud et A. Lechevalier. « Pour tenter d’éviter les préjudices qu’une censure « a posteriori » aurait causé à l’exercice de la profession, le Syndicat des éditeurs signa, avec les autorités d’occupation, le 28 septembre 1940, une convention aux termes de laquelle chaque éditeur français était entièrement responsable de sa propre production. Il devait prendre soin que les ouvrages qu’il publiait “ne puissent, ni ouvertement, ni d’une autre manière dissimulée sous quelque forme que ce soit, nuire au prestige et aux intérêts allemands » et qu’ils « ne soient l’œuvre d’aucun auteur dont les œuvres étaient interdites en Allemagne”» […] En application de la convention fut publié en septembre une première liste, dite “liste Otto”, des ouvrages retirés de la vente par les éditeurs ou interdits par les autorités allemandes. Elle comprenait deux manuels scolaires publiés chez Hachette qui ne figuraient pas dans l’ordonnance du 30 août précédent».



Le 13 décembre 1940, le gouvernement français aligna la procédure en matière de contrôle des livres de classe sur les pratiques des autorités d’occupation : 
« Art. 1er. – L’usage de certains livres scolaires peut être interdit dans les écoles primaires élémentaires publiques, dans les cours complémentaires et dans les écoles primaires supérieures, par arrêté du secrétaire d’État à l’Instruction publique pris après consultation d’une Commission instituée à cet effet ». Alain Choppin ajoute, en note : « La note du Commandant militaire allemand ne fut transmise à Vichy que le 20 décembre. Il est difficile d’imaginer que le décret - qui ne parut au «Journal officiel » que le 1er janvier 1941 – fût antidaté car la chute du ministère Laval, le 13 décembre précisément, avait entraîné le remplacement, au secrétariat d’État à l’Instruction publique, de Georges Ripert, signataire du décret, par Jacques Chevalier. Il est plus probable que le gouvernement du maréchal Pétain chercha à prévenir, en un moment particulièrement délicat, toute détérioration des relations avec les autorités allemandes ». À la suite de ce décret, d’autres arrêtés suivirent étendant l’interdiction de ces quatre livres d’histoire (d’autres y furent ajoutés) aux établissements d’enseignement secondaire, technique ainsi que dans les colonies.



Dans une note Alain Choppin signale qu’en vertu de la convention d’armistice les prescriptions de la liste Otto ne devaient pas être appliquées en zone libre. Mais le gouvernement de Vichy, estimant ces mesures «compatibles avec les directives qui devaient présider à la création d’un nouvel État français », les étendit à la zone non occupée. Ainsi les forces d’occupation allemande et le gouvernement collaborationniste de Vichy s’accordaient pour censurer ou interdire les manuels scolaires d’histoire de France et, s’agissant de Vichy, pour réécrire cette histoire dans le sens de la Révolution nationale. « le 15 août 1940, le maréchal Pétain, dans un article de «La Revue des deux mondes», exposait les principes qui devaient y présider. «L’école française de demain enseignera avec le respect de la personne humaine, la famille, la société, la patrie. Elle ne prétendra plus à la neutralité. La vie n’est pas neutre ; elle consiste à prendre parti hardiment […] L’école primaire […] substituera à l’idéal encyclopédique de l’homme abstrait, conçu par des citadins et pour des citadins, l’idéal beaucoup plus large, beaucoup plus humain, de l’homme appuyé sur un sol et sur un métier déterminés » (cité par Alain Choppin).



Quand Vichy accordait tant d’importance à la réécriture de l’histoire de France, à quoi pouvait bien travailler les historiens d’alors, et que publiaient-ils ? Pas d’ouvrages à ce propos des historiens ayant depuis abondamment publié sur Vichy.


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À SUIVRE…

 

 

Transmis par Armand Ajzenberg

 

 

 

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