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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 15:33

 

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 17



Et les historiens sous Vichy ?



On a vu dans des chroniques précédentes que des bouches, récemment, s’ouvraient. À propos de la Collaboration dans nombre d’institutions et corporations, avec les nazis et Vichy, pendant la Seconde guerre mondiale. Les bouches s’ouvraient et la publication de livres à ce sujet se multipliaient : « Le mythe de l’identité nationale » (Régis Meyran, 2009) où étaient décrits les turpitudes de nombre d’anthropologues sous Vichy, «Les sociologues sous Vichy » (Jean Ferrette, 2012), «Nos ancêtres les germains, les archéologues au service du nazisme » (Laurent Olivier, 2012), «La musique en France sous l’occupation » (François Coadou, 2005). Et j’en passe… Avaient précédé ces ouvrages, et s’agissant des hôpitaux psychiatriques sous Vichy : «L’extermination douce » (Max Lafont, 1987), « Le train des fous » (Pierre Durand, 1988), «Droit d’asile» (Patrick Lemoine, 1997)…

Aucun de ces livres n’est l’œuvre d’un historien. Il s’agit à chaque fois d’un spécialiste de la corporation concernée (anthropologue, sociologue, archéologue, musicologue, psychiatre). Ils se sont fait historiens. Un livre pourtant déroge à la règle, non cité jusque là dans cette chronique : celui de l’historienne Isabelle von Bueltzingsloewen. Il s’agit de « L’hécatombe des fous » (2007). Mais pour elle l’objectif est de discréditer les auteurs l’ayant précédés pour pouvoir disculper Vichy de cette hécatombe (« Dans son contenu, le livre de Max Lafont, souvent présenté comme un scoop, ne contient pourtant aucune révélation », « Pour les psychiatres – communistes et non-communistes – […], la référence aux morts de faim sous Vichy participe d’une stratégie militante […] L’enjeu n’est pas de faire la vérité sur ce qui s’est passé, mais d’exploiter l’horreur de l’événement et la mauvaise conscience qu’il suscite pour faire bouger les choses... »). Je n’en traite pas ici car cela est largement développé dans « L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy » (2012). Pour ceux que ça intéresse :

http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&isbn=9782336006239

J’ai cherché un livre traitant de la communauté « des historiens sous Vichy ». En vain.


Certes, il y eu Jérome Carcopino. Historien et ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Darlan de février 1941 jusqu’en mai 1942, date à laquelle Laval remplaça Darnan. Les quinze mois passés à Vichy n’ont rien d’une parenthèse dans la carrière de Carcopino. En témoigne cette lettre de Roger Kann, neveu de Salomon et Théodore Reinach, à l’occasion d’une cérémonie organisée en l’honneur de Salomon et où participait l’ancien ministre de Pétain : « En devenant ministre de Vichy vous avez apporté à l’exécution en France des lois dites de Nuremberg, à l’antisémitisme, à la haine raciale, tout le poids de votre crédit, de votre talent, de votre personnalité hautement respectée jusque là. Loin de restreindre l’application de mesures si néfastes, vous avez parfois aggravé les restrictions édictées antérieurement et pourtant déjà bien sévères. Supposons un instant Salomon Reinach encore en vie à l’époque de votre ministère. Vous l’eussiez privé de ses fonctions de directeur de musée, vous l’eussiez empêché d’enseigner, interdit l’usage de ses ouvrages dans les universités ou les écoles. Qu’un Ripert ou un triste paltoquet tel qu’Abel Bonnard se fassent les exécuteurs de basses besognes, on ne s’en étonne pas. Mais on s’afflige de voir qu’un grand savant qui a donné tant de lustre aux études romaines ait pu apporter sa caution à la persécution des Français israélites ». Cité par Stéphanie Corcy-Debray dans son ouvrage «Jérome Carcopino, un historien à Vichy » (L’Harmattan, 2001). « À la Libération, il est révoqué de ses fonctions pour sa participation au gouvernement de Vichy. Emprisonné à Fresnes en août 1944, dans la même cellule que Sacha Guitry, il obtient sa libération provisoire en février 1945. Le 11 juillet 1947, la Haute cour de justice rend un arrêt de non-lieu pour services rendus à la Résistance. En 1951, il est réintégré dans ses fonctions » nous dit Wikipedia.



Certes. Il y eu aussi Marc Bloch. Historien et résistant. Après la Campagne de France de 1940, il est - en tant que juif - exclu de la fonction publique par le gouvernement de Vichy en octobre 1940. Son appartement parisien est réquisitionné par l'occupant, sa bibliothèque expédiée en Allemagne. Il est cependant rétabli dans ses fonctions, pour services exceptionnels, par le secrétaire d'État à l'Éducation nationale Jérôme Carcopino, ancien élève de son père. Il est alors nommé à la Faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Il y continue ses recherches dans des conditions de vie très difficiles et en proie aux pires inquiétudes. Du fait de la santé de sa femme, il demande et obtient une mutation à Montpellier en 1941.

 
Il rédige par la suite, sans documents et dans des conditions difficiles, « Apologie pour l'histoire, ou Métier d'historien », publié en 1949 par les soins de Lucien Febvre, livre dans lequel il résume avec brio les exigences singulières du métier d'historien.

Il entre dans la clandestinité fin 1942, quand les Allemands envahissent la zone libre. En 1943, après l'invasion de la zone sud qui ne le laisse en sécurité nulle part, il s'engage dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein de « Franc-Tireur », puis dans les « Mouvements unis de la Résistance » (MUR). Il est arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par la Gestapo, torturé, et meurt le 16 juin, fusillé par la Milice aux côtés de trente-deux autres résistants. Il tomba le premier en criant « vive la France ! » nous dit encore Wikipédia.



Ces deux cas sont bien documentés. Rien par contre s’agissant de la corporation historienne sous Vichy. Cela est semble-t-il un secret. Les bouches ne se sont pas encore ouvertes. Ce n’est pas que Vichy ne s’intéressait pas à l’Histoire de France. Bien au contraire, on a pu s’en rendre compte avec l’histoire des archéologues pendant la Seconde guerre mondiale. On le verra encore dans la chronique suivante à propos des manuels d’histoire sous Vichy. Ce n’est pas non plus qu’après guerre les historiens ne se soit pas intéressés à l’histoire du régime de Vichy. Bien au contraire. Pourtant, pas trace d’ouvrage (au singulier) quant aux historiens sous Vichy, comme chercheurs individuels ou regroupés dans des institutions. 

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RAPPEL : CES INFORMATIONS RÉGULIÈRES SONT DIFFUSÉES ACTUELLEMENT À UN GROUPE DE PLUS DE 930 RELATIONS DE 1ER NIVEAU ET, SI VOUS Y VOYEZ UN INTÉRÊT, À PLUS DE 200 000 AUTRES RELATIONS DE 2ÈME NIVEAU, SI BIEN SÛR CELLES-CI SONT PAR VOUS RELAYÉES.



À SUIVRE…

 

 

Transmis par Armand Ajzenberg

 

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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