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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 15:34

 

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 16



Pas né sous X



On a vu que nombre d’institutions et corporations sont nées sous X. Elles ont, sous Vichy, continué à fonctionner, « normalement ». Nombre d’individus, intellectuels ou non, les constituant se mettant alors au service du régime pétainiste et de l’occupant nazi. D’autres, silencieux, se contentant d’attendre des jours meilleurs. D’autres enfin se sont engagés dans la Résistance, sauvant l’honneur de ces institutions et corporations.

On a vu que dans celles-ci, nées sous X, la défaite nazie consommée et la Libération arrivée, nombre de ceux qui avaient collaboré retrouvèrent postes, responsabilités et respectabilités. Ce qui explique précisément les re-naissances sous X.



Une institution et corporation a échappé à cette naissance sous X : celle des psychiatres. Ce n’est pas que là il n’y eut pas des collaborateurs et des «attentistes». Probablement dans les mêmes proportions que dans les autres institutions. Mais c’est dans la matrice saint-albanaise que se forme ce qui sera dans l’après-guerre la « révolution psychiatrique ». Marie-Claude George et Yvette Tourne, dans leur « Que sais-je » (1994) sur le secteur psychiatrique soulignent : pendant la guerre, « L’hôpital de Saint-Alban, en Lozère, est le premier établissement psychiatrique qui, par son engagement dans la Résistance, devient effectivement un asile en accueillant juifs et résistants traqués par la Gestapo, et du même coup perd sa fonction de ségrégation et d’isolement ». Lucien Bonnafé, après Paul Balvet, était alors Directeur de cet établissement. Elles ajoutent : « “il devenait par opposition au monde extérieur perturbé, le lieu de haute sociabilité. Du point de vue de la thérapeutique psychiatrique, il devenait alors un instrument plus efficace de réadaptation sociale, il se désaliénait“. Le resserrement des liens de solidarité entre médecins, infirmiers et administratifs devient plus généralement bénéfique pour la santé mentale de tous. Dans ces conditions socio-historiques exceptionnelles, au sein d’un groupe appelé ironiquement « la société du Gévaudan » animée par F. Tosquelles, républicain catalan, tous les concepts de la psychiatrie et les types d’action possibles sont passés au crible ». « Dans cet effervescent creuset intellectuel auquel participe Daumézon qui travaille dans le même sens à Fleury-les-Aubrais, s’élabore une pratique de type sectoriel dénommée géo-psychiatrie… » écrivent-elles.

Après la guerre, Lucien Bonnafé, avec bien d’autres, milite pour faire évoluer l’institution psychiatrique vers ce qui deviendra notamment le « secteur ». Ce combat résulte du drame vécu (comme grand témoin) de l’extermination douce sur laquelle il a été l’un des premiers à tenter de briser le silence. On peut ici citer un tout petit extrait de l’intervention qu’il a fait au Congrès des Médecins Aliénistes et Neurologistes tenu à Genève et Lausanne du 22 au 27 juillet 1946 et intitulé “Sur l’unité de la théorie et de la pratique en psychiatrie?: « Il ne serait pas juste, enfin, de ne pas souligner un des aspects les plus saisissants de l’apport français à la rénovation psychiatrique contemporaine. Si le malade mental nous paraît si plein de possibilités, si nous le considérons avec un désir si passionné de lutter contre sa condition d’étranger, c’est assurément que, parmi les expériences qui nous ont le plus rapprochés de lui et nous ont le plus incités à pénétrer dans son monde, l’une atteignait le comble de l’intensité : le drame vécu sous l’occupation, où la vie même de nos malades était perdue. Rien ne pouvait mieux nous révéler leur humanité, rien, à nos yeux, ne pouvait les faire moins aliénés ». Ainsi le « secteur » est né de l’expérience dramatique tirée pendant la guerre.



Le secteur ? L'un des objectifs de la psychiatrie de secteur est d'assurer le plus souvent possible, le traitement des patients en dehors de l'hôpital psychiatrique et au plus près de son milieu de vie habituel. En cas d'hospitalisation, intervient un des principes constituants de la psychiatrie de secteur : le principe de continuité. " Il n'y a pas de raison pour qu'une personne prise dans la difficulté relationnelle ne soit pas suivie par la même équipe à la fois dehors et dedans. " (BONNAFÉ L., « L'esprit du secteur », Interview donné à la revue Santé Mentale n° 51, Octobre 2000) peut-on lire sur le site du SERPSY : http://www.serpsy.org/psy_levons_voile/hopital/secteur.html

Le combat fut long et rude. Ce n’est qu’en mars 1960, sous la présidence de Charles de Gaulle et sous le gouvernement de Michel Debré, qu’une simple circulaire ministérielle institua officiellement la psychiatrie de secteur. Cela résultait du travail militant d’un certain nombre de psychiatres regroupés sous l’appellation du « Groupe de Sèvres » (composé entre autres de Lucien Bonnafé, Georges Daumezon, Louis Le Guillant, Jean Oury, François Tosquelles…). Mais ce n’est qu’en 1985, sous la présidence de François Mitterrand, que la «sectorisation psychiatrique» est véritablement mise en place.



Dans une étude d’août 2009 (« Cinquante ans de sectorisation psychiatrique en France », l’IRDES souligne que « cinquante ans après l’introduction en France de la politique de sectorisation […] en matière de lutte contre les maladies mentales, les secteurs psychiatriques, unités de base de la délivrance de soins en psychiatrie publique, se caractérisent par d’importantes disparités ». Ainsi, selon l’IRDES, les disparités de moyens et d’engagement dans les objectifs « contribuent à faire de la sectorisation française une politique de santé en partie inachevée ». Et aujourd’hui en régression peut-on ajouter. Ce que confirme l’un des psychiatres membre du réseau (il se reconnaîtra) : « Je demeure frappé de la situation perpétuellement menacée des patients que nous accompagnons. Certes, nous sommes, et heureusement, loin de "l'extermination douce" mais devant la raréfaction programmée du nombre de psychiatres, l'invasion par des concepts classificateurs déshumanisants et la misère où sont réduites nombre d'institutions psychiatriques ou assimilées, il nous faut garder en mémoire la possibilité de voir ces drames se répéter : nous savons tous que certains de nos patients peuvent se retrouver abandonnés à la rue ou simplement jetés en prison... ».

 

RAPPEL : CES INFORMATIONS RÉGULIÈRES SONT DIFFUSÉES ACTUELLEMENT À UN GROUPE DE PLUS DE 900 RELATIONS DE 1ER NIVEAU ET, SI VOUS Y VOYEZ UN INTÉRÊT, À PLUS DE 180 000 AUTRES RELATIONS DE 2ÈME NIVEAU, SI BIEN SÛR CELLES-CI SONT PAR VOUS RELAYÉES.



À SUIVRE…

 

 

Transmis par Armand Ajzenberg

 

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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