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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 10:04

 

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 11



QUE LES BOUCHES S’OUVRENT ! ELLES S’OUVRENT (SUITE 2)

 

 



LA MUSIQUE ? Là encore un tabou tombe. La Cité de la Musique a consacré en mai 2013 un cycle de concerts (et un colloque) à « La musique pendant l’occupation ». Il s’agit d’un secret de famille méconnu ou caché de « La vie musicale sous Vichy ». Là, comme dans d’autres disciplines, « beaucoup de musiciens sont restés dans l’entre-deux, ont eu quelquefois une sorte de résistance passive, parfois sont passés à une forme de coopération plus conciliante… » souligne Emmanuel Hondré, le directeur de la Production à la Cité de la Musique.



« Même si aucune « esthétique officielle » n’est imposée, la période est caractérisée par un néoclassicisme dont les formes sont variées : affirmation de l’harmonie tonale, recours aux mélodies populaires et d’une manière générale, nostalgie de la période antérieure à la Révolution française » écrit Yannic Simon dans la présentation du cycle des concerts. Ce qui correspond précisément à l’idéologie de l’État d’alors : celui de Vichy. Si certains musiciens choisissent la voie de la collaboration (Arthur Honnegger, Marcel Delannoy, Florent Schmitt…), d’autres choisissent une voie alternative (Roger Désormière, Elsa Barraine, Louis Durey…) et fondent un mouvement de résistance musicale. « Pour autant, les engagements opposés n’empêchent pas les collaborations » ajoute Yannic Simon. Où l’on retrouve l’ambivalence déjà rencontrée : un pied dans la collaboration, un pied dans la résistance.

 



« Certains d’entre eux, encouragés par un État français plus que jamais interventionniste, veulent profiter de l’occasion pour redéfinir le paysage institutionnel de la musique française. C’est l’ère des comités d’organisation dont les dirigeants sont nommés par l’État. Le pianiste Alfred Cortot est l’un des plus attachés à la réforme de la vie musicale. Pour y parvenir, il s’appuie sur le modèle de la Chambre de la musique du Reich instituée par les nazis dès leur arrivée au pouvoir en Allemagne » précise Yannic Simon. Il signale que «Dès les premiers jours de leur installation dans la capitale française, les autorités allemandes encouragent la reprise des activités artistiques alors que dans le même temps, les Français n’ayant pas fui Paris veulent empêcher l’accaparement des institutions artistiques. C’est ainsi que quelques professeurs réussissent à rouvrir le Conservatoire le 24 juin 1940 et à y organiser le premier concert dans Paris occupé le 18 juillet ».

 



Le conservatoire ? Tiens parlons-en :

« Le Conservatoire se présente comme le seul établissement – le seul établissement de l'enseignement public, en France, qui a, entre 1940 et 1944, exclut tous les Juifs.
Encore faut-il, ici, préciser de quelle manière. Le 14 octobre 1940, soit 4 jours avant la publication officielle du statut des Juifs de Vichy le 18 octobre 1940 – statut qui exclut tous les professeurs juifs de l'enseignement public – le 14 octobre 1940, donc, 4 jours avant, Henri Rabaud, le directeur du Conservatoire, prend contact avec les autorités nazies. On rappellera, ici, au passage, que le Conservatoire ne dépend pas des autorités nazies mais des autorités de Vichy. Henri Rabaud, donc, prend tout de même contact avec les autorités nazies en vue de remettre, à celles-ci, la liste des professeurs juifs du Conservatoire. Comme on voit, au Conservatoire, ça ne traîne pas… Il y a trois professeurs juifs. Ils seront, tous les trois, renvoyés, ils seront, tous les trois, démissionnés en décembre 1940.

 



Mais il y a mieux. En parallèle à la liste des professeurs juifs, Henri Rabaud, assisté de Jacques Chailley, dresse, aussi, de sa propre initiative, la liste très précise de tous les étudiants juifs et étudiants demi-juifs. A cette époque, on le rappellera, là encore, en octobre 1940, aucune loi, ni des autorités de Vichy, ni des autorités nazies, ne réclame l'établissement d'une liste de ce genre. Le Conservatoire, ici, précède – ou plutôt : le Conservatoire excède, ici, la loi raciale. La liste des étudiants juifs sera, par la suite, d'une grande utilité à Claude Delvincourt, le directeur du Conservatoire à partir de 1941, lorsque, sur recommandation de Vichy, il exclura, en 1941, les étudiants juifs des concours, avant de les exclure, par la suite, en 1942, sur recommandation de Vichy, là encore, du Conservatoire lui-même… » écrit François Coadou.
http://www.musicologie.org/publirem/coadou_musique_france_occupation.html

 

Claude Delvincourt est un exemple, encore, de l’ambivalence régnant alors chez certains. En effet, celui-ci était aussi membre du « Front National de la Musique». «Très vite, après la guerre, c'est devenu une légende : le Conservatoire a résisté – très vite, après la guerre, c'est devenu une légende : c'est même toute la musique française qui a résisté, qui a lutté.



Sans doute. Mais qu'a-t-elle fait ? Qu'a fait le Front National de la Musique ?
Si on essaie de faire la somme de ses actions de résistance, le fait est que l'on ne trouve rien » constate François Coadou.

 



L’exemple de la musique sous Vichy illustre ce que l’on a déjà pu voir dans d’autres disciplines. Et on pourrait en rajouter. Vichy avait une idéologie et a trouvé (ou retrouvé) des idéologues chargés d’alimenter celle-ci dans chacune de ces institutions. Les travaux de ces chercheurs visaient moins à convaincre l’ensemble des Français et plus ceux que nous nommons aujourd’hui «les élites».

 



François Coadou, traitant des raisons d’ordre sociologique intéressant l’Occupant nazi – ces mêmes raisons valent aussi pour l’État vichyste -, explique : « Au plan sociologique, le public de la musique dite classique est un public qui appartient à l'élite socio-économique ; c'est un public qui appartient à la bourgeoisie. Or, c'est bien l'élite socio-économique – or, c'est bien la bourgeoisie que l'Occupant cherche, en priorité, à séduire. C'est elle dont l'Occupant cherche, en priorité, à s'attirer les bonnes grâces, dont il cherche à s'attirer la sympathie. C'est de cette France-là que l'Allemagne a le plus besoin au niveau de la soumission politique ; c'est de cette France-là que l'Allemagne a le plus besoin au niveau de la collaboration économique ». Cela s’applique selon-lui en priorité à la musique, mais on peut étendre cette réflexion bien au-delà de cette institution. « Seule la classe ouvrière dans sa masse aura été fidèle à la France profanée » disait Mauriac en août 1943.

 

 

 

Transmis par Armand Ajzenberg

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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