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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 11:25

 

CHRONIQUE POLITIQUEMENT INCORRECTE No 10



QUE LES BOUCHES S’OUVRENT ! ELLES S’OUVRENT (SUITE 1)

 



« Disons-le tout net, ce livre provoque la sidération.

Ce livre est gênant. Il déterre un cadavre. Il s’en prend aux monstres […] Ce livre s’aventure dans la nuit brune comme vers la pièce condamnée du château de Barbe-Bleue, nous jetant sous les yeux un méchant secret. Maintenant nous avons vu ce que nous n’aurions pas dû savoir. C’est que même la science des choses passées a été empoisonnée, contaminée, irradiée » écrit d’entrée de jeu Jérôme Prieur dans sa préface au livre de Laurent Olivier « Nos ancêtres les germains, les archéologues au service du nazisme ».

http://www.tallandier.com/ouvrages.php?idO=657

 


« Un vieux secret de famille », c’est ainsi qu’il intitule son premier chapitre. En effet, « Pendant près de cinquante ans, un silence embarrassant a pesé sur l’archéologie européenne de la période de l’après-guerre, en Allemagne et en France. On le savait sans le savoir vraiment, en tout cas sans que cela surtout puisse être dit ». Cela aurait pu être écrit aussi à propos de l’abandon à la mort par Vichy des 76 000 fous.

 


Laurent Olivier traite d’abord de l’archéologie allemande complice du nazisme où près de 90 % des archéologues avaient servi leur spécialité sous l’uniforme SS ou en étant membres du parti nazi. Mais cela n’avait rien d’exceptionnel. Les psychiatres allemands, ceux qui envoyaient les malades mentaux vers les chambres à gaz, l’étaient dans une proportion encore plus grande.

 



Il s’intéresse ensuite aux archéologues dans la France occupée. Il s’agit d’un milieu minuscule d’environ 150 personnes. Il y a ceux qui collaborent directement avec les archéologues allemands, pour qui l’objectif est de légitimer les annexions immédiates par de prétendues ascendances germaniques (Alsace, Lorraine, Moselle, Nord de la France), mais encore la Bretagne et la Bourgogne et ceci avec l’aide d’archéologues locaux militants séparatistes. « Qu’allaient faire ces chercheurs français en prêtant leur concours à des fouilles allemandes dont l’arrière-plan idéologique était aussi évident ? » interroge Laurent Olivier. Se désintéressant des enjeux idéologiques que cela impliquait, ils préféraient bénéficier sur le moment de la considération et du prestige que cela leur apportait, répond l’auteur.

 



Il y a aussi ceux se mettant au service de Vichy. «Comme en Allemagne, l’archéologie française se voit dotée par le régime d’institutions, de moyens financiers et d’un programme scientifique nouveau. […] Comme en Allemagne enfin, la discipline archéologique est instrumentalisée par le régime pour servir, avec les Arts et Traditions populaire (ATP), d’appui à sa politique idéologique dans le domaine de la culture ». Pour Vichy, les origines nationales de la France constituent un enjeu essentiel : le régime cherche à fonder sa légitimité dans un retour aux valeurs ancestrales, « en même temps qu’il s’attaque à une réécriture complète de l’histoire nationale » écrit encore Laurent Olivier.

 



Vichy, d’un côté il magnifie le passé gaulois pour en faire un symbole national et, de l’autre, il fait un parallèle entre la défaite de 1940 devant l’Allemagne et celle de 52 av. J.-C. devant les Romains. « La victoire nazie est vue comme l’occasion d’une renaissance du peuple français, enfin débarrassé de l’héritage néfaste de la Révolution et du socialisme, et intégré à une nouvelle Europe » constate l’auteur. Vichy justifie ainsi la collaboration : « La Gaule accepta sa défaite : Jules César apporta la paix romaine ; vainqueurs et vaincus s’entendirent et de ce grand choc naquit la civilisation gallo-romaine qui nous a fait ce que nous sommes. Nous nous retrouvons après deux millénaires dans la même position que les Gaulois nos pères, et nous souhaitons de tout cœur que, de l’accord des vainqueurs et des vaincus, naisse enfin la paix européenne qui seule peut sauver le monde » déclara le 19 janvier 1941 Pierre Gaziot, ministre de l’Agriculture. « Ces deux axes de recherche ne se rencontraient pas. On ignorait alors du côté français – ou peut-être préférait-on ne pas le savoir – que cette particularité archéologique «française» n’avait aucun avenir dans le projet de la «Grande Allemagne».

 



Où l’on voit que des archéologues français d’alors se sont mis directement au service de l’Allemagne et que d’autres, eux, se sont mis au service de Vichy. Avec des buts concrets affichés pour les uns et les autres : justifier l’amputation de la France et légitimer la collaboration. Ils apportaient ainsi leur caution théorique à ce régime qui rêvait d’une France, même amputée, brillante seconde d’une Allemagne nazie.

 


Ce qui dans le panorama de la collaboration n’a rien de nouveau et n’est pas différent de ce qui s’est passé ailleurs, par exemple chez des anthropologues et des médecins pour qui « il fallait éliminer les déficients, les déviants et empêcher tout métissage avec des étrangers, le juif étant l’étranger absolu ». Servant ainsi, eux, de caution scientifique à l’abandon à la mort de 76000 fous et à l’envoi vers les camps de la mort de 76000 juifs de France. Mme von Bueltzingsloewen signale dans « L’hécatombe des fous » que des psychiatres (elle cite André Requet et Léon Reverdy) se sont réjouis de ce que la sélection naturelle ait repris ses droits dans le contexte de pénurie régnant sous Vichy. Ils servaient eux aussi, ainsi, de caution scientifique à ce régime.

 

 

Transmis parArmand Ajzenberg

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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