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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 14:27

Augustin Mutuale : Conversation avant vacances sur l'éducation 

 

« Aujourd’hui le risque consiste plus à défendre l’école que les gens qui la fréquentent… »  Augustin Mutuale, docteur en philosophie et en sciences de l’éducation, enseigne à l’université Paris VIII et à l’Institut Supérieur de Pédagogie. Il est coauteur  de Conversations sur l'éducation (1). C’est précisément une conversation qu’il accepte d’avoir avec le Café Pédagogique sur la mission de l'école, le métier enseignant, la part de l'ennui…

 

0207147

 

 

Les enseignants terminent l’année scolaire. Selon vous, sur quels points doivent-ils porter prioritairement leur vigilance pour la rentrée prochaine ?

 


Je ne suis pas à l’aise avec cette question. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle suscite en moi une culpabilité qui m’est propre en tant qu’adulte ou bien encore en tant que parent ! Je ne sais pas si j’esquive la question en répondant par un cri du cœur concernant le respect du temps consacré aux vacances de l’enfant. L’école perd en effet sa fonction quand il y a trop d’école : l’école devient une corvée et fait perdre le désir à l’enfant. Trop d’école tue l’école en quelque sorte. Une formule dont j’ai conscience qu’elle est facile mais qui recèle une part importante de vérité à éclairer.

 

L’école représente seulement « un moment » de l’année mais pas tous les moments de l’enfant ; sinon, il y a phagocytage. Je me réfère par exemple au succès rencontré par les différentes sortes de stages organisés pendant les vacances scolaires et autres cours d’été dont les séjours linguistiques auxquels les parents soucieux de l’avenir de leurs enfants inscrivent ces derniers, etc. L’enseignant peut, dans la mesure du possible, se rendre vigilant de ce que les enfants vont faire de leur temps de repos pour ne pas les laisser s’enfermer dans les angoisses des adultes.  Cela pourrait signifier réfléchir avec les parents et les enfants sur la façon d’occuper ce temps des vacances en se construisant d’autres découvertes, en faisant des choses différentes ; bref, en profitant du temps des vacances pour d’autres loisirs que ceux liés à l’école.

 

La pensée des grands pédagogues  n’est-elle pas acquise aujourd’hui ?

 

À l’occasion d’une contribution sur Jean-Jacques Rousseau (2), j’ai fait une lecture critique de l’Émile.  Il s’agissait de poser la question d’actualité relative aux « nouveaux enjeux traversés par les structures scolaires et les formations d’aujourd’hui ». Faut-il en effet se lancer dans une course effrénée pour trouver des réponses adaptées à une société devenue hyper qualifiante avec des savoirs changeants et des compétences morcelées dans un contexte mondial mouvant ? Ou bien, convient-il de résister au sein d’une école devenue incertaine dans sa promesse d’ascenseur social notamment pour les couches populaires ? Quel héritage culturel transmettre ? Les pédagogies nouvelles sont-elles légitimes pour répondre à ces questions ou bien faut-il faire le constat qu’elles sont dépassées ?

 

Je continue à penser qu’il est possible de trouver de quelle façon une relecture de l’Emile ou d’un autre classique de la pédagogie constitue une porte d’entrée féconde pour poser la question du sens des pédagogies nouvelles aujourd’hui. Relire, revisiter la pensée de certains  pédagogues à partir d’un aujourd’hui est un moyen pour l’enseignant d’être et de rester en questionnement sur sa pratique et de se remettre en question sur son moment de l’école.

 

Actuellement, force est de constater que beaucoup de discussions ont trait aux politiques éducatives…

 

 Oui ! Ainsi qu’à la relation entre la démocratisation et l’éducation, à l’égalité du système, à la didactique, etc.  Toutefois, il n’est pas possible d’éluder le fait que se pose, encore et toujours, la question du sens même de l’école pour ses acteurs, du moment éducatif, de la reconnaissance mutuelle en tant qu’acteur de l’éducation ou encore du travail de subjectivisation pour une humanisation dans une communauté cosmopolitique universelle comme l’écrirait Kant. Aujourd’hui le risque consiste plus à défendre l’école que les gens qui la fréquentent !  Nous sommes dans un modèle libéral qui pense plus l’école et sa rentabilité que les acteurs de l’école et le sens qui se met en scène.

 

La pensée est une question qui se cherche dans la réponse. Par exemple, aujourd’hui, avec les interrogations sur le développement et les enjeux pédagogiques des TICE, les débats sur la neutralité religieuse et le genre ainsi que des questions relatives au sens de l’école pour les acteurs qui y vivent. Nous affirmons que la pensée pédagogique est convoquée à élaborer de nouvelles réponses face aux enjeux actuels. En témoigne d’ailleurs l’engouement aux débats que connaît l’espace du café pédagogique.

 

(...)

 

Propos recueillis par Gilbert Longhi

 

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/07/02072014Article635398824756340259.aspx

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Published by Benyounès Bellagnech - dans Education
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