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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 17:56

Le diarisme en ligne

 

 

« Mille respects pour vos opinions !
Mais de petites actions non-conformistes valent mieux »
Nietzsche

 

Intervenir dans ce forum prend la forme d’une chronique hebdomadaire dans un contexte diariste qui suppose l’écriture au jour le jour. Nous sommes supposés écrire chaque fois que cela est possible, mais le fait de choisir tel ou tel support ne va pas de soi, idem pour les sujets traités. Je me demande parfois s’il ne faut pas transformer cette tribune en journal hebdomadaire, c’est-à-dire en un support comme un journal où je décris ce que j’aurais fait la semaine qui vient de s’écouler.


Certes, il est plus facile comme le prône Marc-Antoine Jullien, de se donner un peu de temps avant d’aller se coucher, pour écrire le vécu de la journée, mais il faut noter que le mode de vie entre le 19ème et le 21ème siècle a beaucoup changé. Que l’on soit en poste ou non, notre contexte de vie quotidienne, de relations sociales, culturelles et techniques, est complètement transformé. En une journée, nous voyons et entendons tellement de choses que nous n’arrivons plus à suivre. Nous sommes gagnés par la dissociation, concept auquel Georges Lapassade a consacré beaucoup de temps et à présent nous savons pourquoi.


Par quoi vais-je commencer ? La semaine passée, après avoir rédigé et mis en ligne ma contribution dans ce forum, j’ai eu des réactions encourageantes vis-à-vis de la démarche qui consiste à mettre en ligne des journaux et à participer aux débats théoriques sur le diarisme. Michel Lobrot commence par rappeler qu’il est diariste depuis longtemps. Sa réaction me renvoie à l’une de ses interventions lors du colloque de l’AI, intervention que j’ai commenté par ailleurs. Dans son discours théorique sur le journal, il a mis l’accent sur les Surréalistes comme précurseurs du diarisme. Il a expliqué qu’à la différence du journal intime, les Surréalistes s’amusaient en écrivant et écrivaient en s’amusant pour casser la sacralisation de l’écriture des formes et des genres. C’est l’écriture libérée de toute contrainte.


Ce que les Surréalistes ont tenté volontairement, nous, nous le vivons lorsque nous nous mettons à écrire librement. Nous devons cela aussi aux diaristes qui nous ont précédés : René Lourau très influencé par les Surréalistes, Michel Lobrot, Georges Lapassade et Remi Hess. J’avance cette idée en vue de participer à la discussion sur la place du surréalisme dans les références institutionnalistes et diaristes.


Un échange avec Augustin Mutuale m’a conduit à commencer à mettre en ligne mon Journal philosophique ; il en a lu le premier volume et m’a suggéré de le mettre à la disposition des internautes. Je tente le coup sans pour autant me débarrasser des questions relatives à la publication ou non des journaux. Mais l’histoire de ce Journal mérite d’être contée. En effet, j’ai commencé à l’écrire par hasard. Sachant que pendant les vacances, je ne suis pas très sollicité, pas obligé de me déplacer ; s’y ajoute le caractère anarchique du Journal de lecture, je me décide d’écrire le Journal philosophique en m’imposant un programme et une rigueur, impossible à tenir en temps normal. C’est ainsi que ce Journal a vu le jour.


Je rappelle cela, car dans ce forum, nous avons évoqué la difficulté que nous rencontrons lorsque nous écrivons plusieurs journaux. Remi Hess, s’appuyant sur la théorie des moments, crée le moment du journal et le journal du moment, qui restent valables et vérifiables dans la pratique du journal, encore faut-il y introduire la dialectique des moments car le passage d’un moment à l’autre ne peut se faire d’une manière absolue. La complexité de la posture reste ouverte.


Pour rester dans la semaine passée, en lien avec ce que j’ai annoncé auparavant sur mon implication dans les affaires de la cité, j’assiste à une soirée débat organisée par l’Association Quartiers du Monde. C’est une association locale qui intervient dans des pays pauvres ou en guerre. Les membres sont des jeunes des quartiers de la commune où je réside. Ils présentent deux documentaires : l’un sur leur travail dans une école d’un quartier dans les territoires palestiniens occupés et l’autre sur les bombardements de Gaza. Ce qui a attiré mon attention au cours de cette soirée bien organisée, c’est la participation des jeunes à toutes les tâches d’organisation, ce qui a fait de la soirée une réussite. Des membres de l’association présentent leurs chantiers en cours et à venir, expliquent comment récolter l’argent, comment faire pour aller en Palestine en passant soit par Israël ou par un pays arabe limitrophe : leur but étant d’aller sur le terrain avec des projets à réaliser sur place auprès des enfants,  et dans le même temps de voir et d’expliquer ce qui s’y passe concrètement.


La première leçon que je retiens de cette soirée consiste à tordre le coup à une idée très répandue sur les jeunes de banlieue, selon laquelle ces jeunes ne s’intéressent à rien, car ils désertent les activités culturelles et politiques. Pour ceux qui cherchent à comprendre, l’engagement des jeunes dépend du type de cause qu’il faut défendre et notamment des causes humaines. Leur action est une démonstration.


Comprendre la ville pour moi, c’est observer ce qui s’y passe en réalité. Je n’ai pas écrit cela ailleurs, et c’est pour cette raison que je le livre dans cette intervention qui tend à prendre la forme du journal.


Autre manifestation de femmes qui s’est déroulée la même journée et à laquelle j’ai assisté, mu par la même curiosité. Il s’agit d’une association, intitulée Femmes solidaires, qui milite pour les droits des femmes. Je connais les animatrices de l’association, mais c’est la première fois que j’assiste à l’une de leurs actions. L’une des caractéristiques de cette association est la présence de ses militantes sur plusieurs terrains de lutte : école, enfance, logement, Réseau éducation sans frontière, etc. Visiblement, ce type d’activité n’est pas permanent, ne relève pas de la vie quotidienne dans la cité, mais la multiplication d’interventions de ces femmes sur plusieurs fronts fait que dans leur vie quotidienne à elles, l’action est une constance.


Au cours de la même semaine, j’assiste à une assemblée générale d’enseignants et parents d’élèves, où il a été question de débattre sur les modes d’action au niveau des communes relevant de la circonscription et également au niveau national avec la préparation de la mobilisation de la journée du 19 mars. Cette fois-ci, j’ai pris des notes dans le Journal du militant.


Par ailleurs, des états généraux sur l’école dans le Val de Marne ont lieu samedi. J’avais prévu d’y participer, mais j’ai été empêché par une action décidée à la dernière minute sur la ville. Je vais essayer d’obtenir des documents sur cette journée.


Ce lundi je vais assister toujours à Orly à un forum débat sur l’articulation entre les mouvements sociaux et la perspective politique. Y participeront : un représentant du LKP en France, un universitaire syndicaliste, un représentant des parents d’élèves et la sénatrice du Val de Marne.


En écrivant sur la ville, je m’interroge sur ma position. Si je me situe en tant que chercheur, il s’agirait de l’observation participante, mais dans quel but ? S’il s’agit de la position du militant, il faudrait réfléchir presque d’une manière quantitative sur les résultats obtenus par ce type d’action, ou encore s’agit-il du mélange des deux et c’est la synthèse qui manquerait. En tout cas, l’écriture du journal permet ce type de question. La perspective de l’écriture et de l’action se dessine dans la pratique. Ceci étant, il y a un sujet qui m’intéresse et sur lequel je compte travailler c’est celui de l’articulation entre le local et le global : autrement-dit, le lien entre ce qui se passe sur le plan local dans la commune et ce qui se passe au niveau global. Pour ce faire, j’ai recours aux méthodes acquises dans la formation en analyse institutionnelle, mais pas exclusivement : l’observation participante, l’immersion, l’écriture du journal, les entretiens non directifs, les histoires de vie…Mon laboratoire de recherche est le terrain : la ville.


Par ailleurs, je lis attentivement les textes mis sur ce forum de diaristes.

Pour cette semaine, je dois d’abord saluer Claire qui est dans une démarche semblable à la mienne, montrant par écrit le potentiel offert à l’écriture du journal.

Nadine fait un effort pour comprendre ce qui se passe en Guadeloupe et j’avoue que je suis comme elle, j’ai essayé cette semaine de me renseigner sur la plateforme du LKP et leurs modalités d’action unitaire qui ont conduit à la victoire.

Stef, ton journal touche à l’essentiel. Car en décrivant comment tu vis la situation actuelle à partir de ton travail et de tes activités, tu donnes à ton journal la dimension que souhaite tout diariste. C’est un journal institutionnel et cela est très intéressant.

Marie, tu poses de vraies questions auxquelles nous devons répondre ensemble en théorie et dans la pratique.

Je suis d’accord avec Catherine lorsqu’elle dit qu’il faut analyser la période actuelle avec des outils de l’analyse institutionnelle, ainsi qu’avec Florence qui propose d’étudier et de comprendre le contexte dans lequel nous sommes.


Un dernier mot sur l’orientation de l’écriture diaristique. J’estime que ce type d’écriture ne se soumet pas à l’orientation, car il est par nature une aventure. Bien que je puisse me dire que je vais écrire demain ou après-demain sur tel événement, lors de l’écriture je me rends compte que j’écris des phrases ou des paragraphes imprévus, ce qui donne une dimension au texte du journal toute autre que celle prévue initialement. Ce fait est à mettre en relation avec la pédagogie ; on parle beaucoup d’orientation qui suppose un orientateur : prof, animateur, guide… En revanche, on ne parle pas d’auto-orientation. Il me semble qu’en pratiquant l’écriture du journal, on se dirige vers l’orientation de soi-même. La question reste posée.

 

Pour suivre le Journal philosophique au jour le jour, s’inscrire à la newsletter : http://lesanalyseurs.over-blog.org/

 

A bientôt

Benyounès Bellagnech

                                   

 

 

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