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  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 10:20

 

Toute pensée qui reconnaît loyalement son incapacité à justifier le mensonge et le meurtre est amenée à cette conclusion, pour peu qu’elle ait le souci de la vérité. Il lui reste donc à se conformer tranquillement à ce raisonnement.

 

Elle reconnaîtra ainsi : 1˚ que la politique intérieure, considérée dans sa solitude, est une affaire proprement secondaire et d’ailleurs impensable. 2˚ que le seul problème est la création d’un ordre international qui apportera finalement les réformes de structure durables par lesquelles la révolution se définit ; 3˚ qu’il n’existe plus, à l’intérieur des nations, que des problèmes d’administration qu’il faut régler provi- soirement, et du mieux possible, en attendant un règlement politique plus efficace parce que plus général.

Il faudra dire, par exemple, que la Constitution française ne peut se juger qu’en fonc- tion du service qu’elle rend ou qu’elle ne rend pas à un ordre international fondé sur la justice et le dialogue. De ce point de vue, l’indifférence de notre Constitution aux plus simples libertés humaines est condamnable. Il faudra reconnaître que l’orga- nisation provisoire du ravitaillement est dix fois plus importante que le problème des nationalisations ou des statistiques électorales. Les nationalisations ne seront pas viables dans un seul pays. Et si le ravitaillement ne peut pas se régler non plus sur le seul plan national, il est du moins plus pressant et il impose le recours à des expédients, même provisoires.

Tout cela peut donner, par conséquent, à notre jugement sur la politique intérieure le critérium qui lui manquait jusque-là. Trente éditoriaux de L’Aube auront beau s’opposer tous les mois à trente éditoriaux de L’Humanité, ils ne pourront nous faire oublier que ces deux journaux, avec les partis qu’ils représentent  et les hommes qui les dirigent, ont accepté l’annexion sans référendum de Brigue et Tende, et qu’ils se sont ainsi rejoints dans une même entreprise de destruction à l’égard de la démocratie internationale. Que leur volonté soit bonne ou mauvaise, M. Bidault et M. Thorez favorisent également le principe de la dictature internationale. De ce point de vue, et quoi qu’on puisse en penser, ils représentent dans notre politique, non pas la réalité, mais l’utopie la plus malheureuse.

Oui, nous devons enlever son importance à la politique intérieure. On ne guérit pas la peste avec les moyens qui s’appliquent aux rhumes de cerveau. Une crise qui déchire le monde entier doit se régler à l’échelle universelle. L’ordre pour tous, afin que soit diminué pour chacun le poids de la misère et de la peur, c’est aujourd’hui notre objectif logique. Mais cela demande  une  action et  des  sacrifices, c’est-à- dire des hommes. Et s’il y a beaucoup d’hommes aujourd’hui, qui, dans le secret de leur cœur, maudissent la violence et la tuerie, il n’y en a pas beaucoup qui veuillent reconnaître que cela les force à reconsidérer leur pensée ou leur action. Pour ceux qui voudront faire cet effort cependant, ils y trouveront une espérance raisonnable et la règle d’une action.

Ils admettront qu’ils n’ont pas grand-chose à attendre des gouvernements actuels, puisque ceux-ci vivent et agissent selon des principes meurtriers. Le seul  espoir réside dans la plus grande peine, celle qui consiste à reprendre les choses à leur début pour refaire une société vivante à l’intérieur d’une société condamnée. Il faut donc que ces hommes, un à un, refassent entre eux, à l’intérieur des frontières et pardessus elles, un nouveau contrat social qui les unisse suivant des principes plus raisonnables.

Le mouvement pour la paix dont j’ai parlé devrait pouvoir s’articuler à l’intérieur des nations sur des communautés de travail et, pardessus les frontières, sur des communautés de réflexion, dont les premières, selon des contrats de gré à gré sur le mode coopératif, soulageraient le plus grand nombre possible d’individus et dont les secondes s’essaieraient à définir les valeurs dont vivra cet ordre international, en même temps qu’elles plaideraient pour lui, en toute occasion.

Plus précisément, la tâche de ces dernières serait d’opposer des paroles claires aux confusions de la terreur et de définir en même temps les valeurs indispensables à un monde pacifié. Un code de justice internationale dont le premier article serait l’abolition générale de la peine de mort, une mise au clair des principes nécessaires à toute civilisation du dialogue pourraient être ses premiers objectifs. Ce travail répondrait aux besoins d’une époque qui ne trouve dans aucune philosophie les justifications nécessaires à la soif d’amitié qui brûle aujourd’hui les esprits occiden- taux. Mais il est bien évident qu’il ne s’agirait pas d’édifier une nouvelle idéologie. Il s’agirait seulement de rechercher un style de vie.

Ce sont là, en tout cas, des motifs de réflexion et je ne puis m’y étendre dans le cadre de ces articles. Mais, pour parler plus concrètement, disons que des hommes qui décideraient d’opposer, en toutes circonstances, l’exemple à la puissance, la prédication à la domination, le dialogue à l’insulte et le simple honneur à la ruse

; qui refuseraient tous les avantages de la société actuelle et n’accepteraient que les devoirs et les charges qui les lient aux autres hommes ; qui s’appliqueraient à orienter l’enseignement surtout, la presse et l’opinion ensuite, suivant les principes de conduite dont il a été question jusqu’ici, ces hommes-là n’agiraient pas dans le sens de l’utopie, c’est l’évidence même, mais selon le réalisme le plus honnête. Ils prépareraient l’avenir et, par là, feraient dès aujourd’hui tomber quelques-uns des murs qui nous oppressent. Si le réalisme est l’art de tenir compte, à la fois, du pré- sent et de l’avenir, d’obtenir le plus en sacrifiant le moins, qui ne voit que la réalité la plus aveuglante serait alors leur part ?

 

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Published by Benyounès Bellagnech - dans Histoire
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