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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 10:18

Des mensonges de Jean-Pierre Azéma, comme manières de fabriquer l’Histoire

Bonjour,

Le Président de la République avait chargé l’historien Jean-Pierre Azéma de lui faire un rapport à propos de la création d’un mémorial dédié aux personnes handicapées mentales « victimes du régime nazi et de celui de Vichy ». Cette demande faisait suite à une pétition initiée par l’anthropologue Charles Gardou. L’historien, dans le rapport qu’il a remis aux ministres chargés d’instruire le Chef de l’État, ne va ni dans le sens de cette pétition ni, semble-t-il, de celle de M. François Hollande. C’est son droit. Mais, pour justifier sa prise de position, pourquoi a-t-il tant besoin de recourir aux mensonges ?

« La préface de Michel (?) Guyader (un psychiatre et psychanalyste, qui allait répondre vigoureusement au discours par lequel Nicolas Sarkozy, le 2 décembre 2008, annonçait une réforme sécuritaire de la psychiatrie en France) constituait une charge contre la ‘corporation’ des historiens » écrit dans son rapport M. Azéma. Qui ajoute et cite alors le préfacier : « Nous n’en avons pas fini avec les universitaires, historien(ne)s ou non, qui au nom d’une certaine scientificité, d’une certaine impartialité, voilent les vérités, couvrent les crimes… ». Quelle mouche l’a piqué pour attribuer à Michaël Guyader une citation non pas fausse mais inexistante dans cette préface, ce que l’on peut facilement vérifier ? Est-ce pour unir la corporation historienne derrière les thèses du rapporteur ? À moins que M. Azéma n’ait malicieusement voulu prouver, avec sa fausse citation mais vraie opinion exprimée par un blogueur (qui n’est ni le préfacier ni moi même) que cette opinion n’était pas totalement fausse.

Pour ceux qui veulent vérifier dans le texte, p. 6 : http://www.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport-Azema_20102015.pdf

Jean-Pierre Azéma a ici visiblement un problème avec les préfaces et les introductions à propos desquelles il ne peut s’empêcher de mentir ! Ça se soigne Docteur ? Autre exemple en effet. Quel besoin a-t-il encore d’attribuer à l’auteur d’une introduction à un autre livre (de moi en l’occurrence) un propos également inexistant dans le texte : « ne jugeant pas suffisant le déplacement officiel… », il s’agissait du déplacement, en 1999, d’un Secrétaire d’État aux Anciens combattants invité par le maire de Clermont-de-l’Oise à inaugurer une stèle érigée à la mémoire des 3 063 malades mentaux morts là-bas sous Vichy ? « Le troisième Reich a pratiqué sur son territoire l’extermination des malades mentaux. Le régime de Vichy, hélas sur ce point, comme sur bien d’autres, a tenté d’obtenir les mêmes résultats, en aggravant, pour les malades mentaux, les conditions de vie fort difficile d’une France occupée… » avait alors déclaré le maire de cette ville. Et il ajoutait : « Curieusement, l’extermination systématique de ces misérables victimes dans leurs ‘oubliettes’ n’a été que peu évoquée par les historiens ». Ne jugeant donc pas suffisant ce déplacement, « Il sommait la République (rien que cela) de reconnaître les responsabilités de l’État français, donc de Vichy, dans ‘l’abandon à la mort’… » ajoutait l’historien à mon propos. On peut là encore désespérément chercher dans l’introduction en question cette autre affirmation que M. Azéma me somme d’assumer.

En fait, il s’agissait alors, en 2001, d’une pétition ne figurant ni dans mon introduction ni dans le livre (Le train des fous) de Pierre Durand. Pétition dont j’étais le plus obscur des premiers signataires. Bref, ces mensonges de l’historien, parmi d’autres encore, n’ont visiblement comme but, en apparence, que de déconsidérer un individu. Apparence en effet, car il s’agit surtout de décrédibiliser un point de vue bien plus admis généralement et ainsi pouvoir mieux crédibiliser les conclusions d’un rapport. Un individu ni coupable de ce M. Azéma dit qu’il a dit, puisque l’individu ne l’a pas dit, ni victime car, quand même, quelle aubaine que ces mensonges à répétition pour rétablir la vérité historique. Plus sérieusement, pourquoi tant en parler… avec mensonges interposés dans un rapport demandé par le Président de la République si ce n’est pour tenter de fausser le jugement des ministres ayant à proposer au Président de la République des mesures qu’il aura à prendre ?

L’historien met, paradoxalement, l’accent sur un essai-pamphlet dont le titre est L’abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy et le sous-titre Réponse à quelques historiens qui le nient. Ouvrage dont il dit le plus grand mal : « cet ouvrage ne m’a pas convaincu » […] « En tout cas, il n’apporte pas la preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant ‘l’hécatombe’ des malades mentaux ». La preuve écrite, sinon rien ? Faut-il rappeler à l’historien qu’il suffisait alors de s’abstenir d’allouer à des personnes internées, quels qu’elles soient, des suppléments alimentaires pour aboutir à une hécatombe.

Voici à propos de ce livre l’avis d’un psychiatre, mais aussi historien que Jean-Pierre Azéma apprécie. Il s’agit de Michel Caire qui sur son site a analysé le livre en question. Il commence ainsi : « Une contribution polémique au débat sur l'hécatombe dont les hôpitaux psychiatriques furent le théâtre sous l'Occupation, dont le régime de Vichy porterait la responsabilité directe. Bien que très axée sur la dénonciation des thèses opposées et de leurs auteurs, l'étude d'A. Ajzenberg, acteur engagé de longue date dans le combat initié par Lucien Bonnafé et Pierre Durand, et poursuivi par Max Lafont, Patrick Lemoine, Antoine Spire et autres, est intéressante et documentée, comme le texte d'A. Castelli consacré à Montfavet (publié en 1996 dans la revue Chimères) ».

Cet essai, qui, de l'aveu même de son auteur, "se veut aussi un pamphlet" (p.102), pourra aussi sans doute être considéré comme partisan et manichéen par ceux qu'il cite à de multiples reprises, pour certains accusés d'erreurs méthodologiques, d'aveuglement, de contradictions, d'ignorance, de "mauvaises manières" (p.102, p.105 et suiv.), de manipulation (p.103, p.113, p.116, p.117, p.148, p.190), de mensonge (p.79, p.102, p.113, p.117, p.119, p.125, p.126, p.137, p.140, p.143, p.190), etc. : Henry Rousso, - « exécuteur sans jugement » (p.30) des livres de Lafont et Durand et suspect d'incompétence en la matière - et Eric Conan, et surtout Isabelle von Bueltzingsloewen, dont le nom revient à de si nombreuses reprises que l'historienne apparaît comme la principale cible de l'auteur, particulièrement pour avoir "innocenté" Vichy sur la question étudiée : « L'abandon à la mort... peut apparaître comme un réquisitoire contre le livre de Mme Von Bueltzingsloewen. Ça l'est effectivement » (p.27) : « Cet essai-pamphlet" se veut « une lecture critique » de ce livre » (p.102) ».

Et Michel Caire ajoute à propos de la preuve absolue de l’innocence de Vichy invoquée par I. von Bueltzingsloewen et J.-P. Azéma :« L'auteur discute aussi le rôle possible d'Hélène Bonnafous, fille du grand aliéniste Paul Sérieux et elle-même médecin du cadre des hôpitaux psychiatriques, dont l'intervention auprès de son époux Max, Secrétaire d'État à l'Agriculture et au Ravitaillement aurait pu être à l'origine de cette circulaire. Mais cette hypothèse n'a jamais été prouvée, écrit à juste titre Ajzenberg (p.76), et d'autant plus douteuse, précise-t-il, que la psychiatre et le ministre étaient alors déjà séparés.

Préférée à la « fable Bonnafous », « l'hypothèse Heuyer » fait l'objet d'un développement intéressant (pp.81-99). A. Ajzenberg nous rappelle que le président Laval avait commandité auprès de son ministre de la santé Raymond Grasset la création d'un « Conseil technique de l'enfance déficiente et en danger moral », où siègeront Louis Le Guillant, médecin directeur de l'hôpital de La Charité, Jean Dublineau et Georges Heuyer, qui tous trois réclamèrent par ailleurs des mesures pour sauver les malades des hôpitaux psychiatriques. L'auteur postule que ces trois importantes personnalités purent, avant-même la mise en place de ce Conseil (25 juillet 1943) faire des démarches auprès de l'autorité centrale : Heuyer lui-même "fréquenta Vichy dès 1941" (p.83). Laval, tenant à ce projet, aurait ainsi par intérêt, "nécessité politique" oblige, accordé ces suppléments alimentaires ».

Donc Michel Caire, historien, ne cautionne pas la preuve des deux autres historiens. Dont acte. En effet, si les milliers de juifs étrangers arrêtés le 13 mai 1941 (« le billet vert ») par les autorités vichystes d’alors, puis « concentrés » dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande en vertu d’une loi du 4 octobre 1940 (c’était au lendemain de la publication du « statut des juifs ») spécifiant que « Les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux… », n’avaient pas été livré aux allemands mais étaient restés internés avec les mêmes rations alimentaires que celles attribuées aux malades mentaux, ils auraient subi le même sort que ces derniers. Sans autre preuve écrite que celle de devoir être internés, parce que juifs, comme les fous parce que fous. Mais ils ont été livrés, permettant à l’État vichyste de passer du statut de responsable de leur mort à celui de complice. S’ils n’avaient pas été livré et seraient cependant pour la plupart morts (environ 80 %, comme dans les asiles psychiatriques, ou plus puisque juifs), M. Azéma pourrait aujourd’hui affirmer, sans rire : « pas de preuves écrites ».

Les ministres destinataires du texte de M. Azéma vont-ils avaliser un rapport miné par les mensonges, ce qui ne serait pas banal ?

Je vous souhaite bonne lecture du courrier ci-joint, le second adressé aux ministres destinataires du rapport. On peut retrouver le premier, adressé aux mêmes ministres, sur : http://blogs.mediapart.fr/blog/armand-ajzenberg/291015/un-rapport-ideologiquement-tres-oriente-de-lhistorien-jean-pierre-azema

Cordialement.

Armand Ajzenberg, novembre 2015

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Published by Armand Ajzenberg - dans Histoire
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